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Présidentielle nigérienne : vers une transition pacifique, avec des bémols


Des soldats nigériens montent la garde devant l'aéroport de Diffa dans le sud-est du Niger, près de la frontière nigériane, le 23 décembre 2020.

Pays parmi les plus pauvres du monde, miné par des attaques jihadistes, le Niger va réaliser au terme de l'élection présidentielle la première transition démocratique pacifique de son histoire, Mahamadou Issoufou quittant le pouvoir après ses deux mandats constitutionnels.

Ce pays sahélien à l'histoire marquée par de nombreux coups d'Etat n'a jamais vu deux présidents élus se succéder depuis l'indépendance en 1960.

"Passer le pouvoir en 2021 à un successeur démocratiquement élu (...) sera ma plus belle réalisation, ce sera une première dans l'histoire de notre pays", a souligné M. Issoufou dont le retrait a été unanimement salué sur la scène internationale alors que de nombreux chefs d'Etat africains s'accrochent au pouvoir.

L'activiste Moussa Tchangari est toutefois sceptique. "Le retrait de M. Issoufou est simplement le respect de la norme, il y a d'autres normes à respecter pour être démocratique : les libertés et les droits ne sont pas respectés. Nous, activistes, nous avons fait des séjours en prison et les manifestations sont souvent interdites. Le Niger est une 'démocrature'".

Deux attaques meurtrières, une à l'Ouest (7 soldats tués le 21 décembre) où sévit régulièrement l'Etat islamique au Grand Sahara (EIGS) et une à l'Est revendiquée par Boko Haram (34 morts le 12 décembre) se sont produites à l'approche du scrutin, rappelant l'importance de la question sécuritaire.

Trente candidats se disputeront les suffrages des quelque 7,4 millions d'électeurs, sur environ 23 millions d'habitants.

Le grand favori est Mohamed Bazoum, ancien ministre de l'Intérieur et des Affaires étrangères, considéré comme le bras droit du président Issoufou et comme plus puissant que le Premier ministre.

Il vise une victoire dès le premier tour, ce qui n'est jamais arrivé dans l'histoire du pays. Même le président Issoufou ou le très populaire Mamadou Tandja, décédé récemment, avaient dû attendre le second tour pour l'emporter lors de leurs réélections triomphales.

"Après nous, c'est nous", dit un des slogans de campagne de Mohamed Bazoum. Fort de l'écrasante victoire de son parti aux élections locales du 13 décembre, cet homme de 60 ans, qui bénéficie de la machine électorale de son parti et de l'Etat, se place "dans les traces d'Issoufou" et a promis de mettre l'accent sur l'éducation, notamment pour les jeunes filles, ainsi que sur la sécurité.

"Pays à la dérive"

"On est dans une drôle de campagne", souligne un connaisseur de la politique nigérienne. "On a l'impression que seul Bazoum (qui se targue de s'être rendu dans 240 des 266 communes du pays, ndlr) fait campagne".

Cette source souligne l'absence de renouvellement de la classe politique, avec en lice pas moins de deux ex-présidents, deux anciens chefs de l'Etat et sept anciens ministres, pour une moyenne d'âge de plus de 60 ans dans un pays où la population est très jeune.

"Je ne supporte aucun candidat. Je pense à moi... à ce que je vais pouvoir manger", affirme Mahamadou Issoufou, chômeur à Niamey (homonyme du président, NDLR).

Une partie de l'opposition a choisi d'attaquer Bazoum sur son appartenance à la minorité arabe, bien qu'il soit incontestablement né au Niger.

"Les contestations sont sérieuses", affirme un de ses concurrents, l'ancien président Salou Djibo, soulignant que la justice a été saisie.

Pour Moussa Tchangari, il est "malheureux que le débat porte là-dessus et pas sur le bilan de 10 ans au pouvoir d'Issoufou". "Nous sommes dans un pays à la dérive, ça ne va pas au niveau sécuritaire, des libertés, du développement social, du système de santé, de l'éducation, de la corruption", affirme-t-il.

"l y a 20 ans, le Niger était dernier à l'Indice de développement humain de l'ONU, et il l'est toujours aujourd'hui", rappelle l'ancien Premier ministre Abouba Albadé, que certains voient comme l'adversaire principal de M. Bazoum, en l'absence de l'opposant le plus connu, Hama Amadou. La candidature de ce dernier a été écartée par la Cour constitutionnelle en raison de sa condamnation en 2017 dans une affaire de trafic de bébés, qu'il qualifie de jugement politique.

Ex-ministre d'Issoufou, Ibrahim Yacouba, un des outsiders, est passé dans l’opposition, critiquant "la gabegie, la corruption et l'injustice. Nous sommes durs avec ce régime parce qu'il est dur avec les Nigériens, il est intraitable sur les préoccupations sociales et sur la démocratie".

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