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Les avocats des officiers tchadiens condamnés dans une affaire de trafic de drogue dénoncent un vice de procédure


Palais de justice de N'Djamena, 11 trafiquants de drogue sont condamnés de 5 à 10 de prison, le 11 janvier 2018. (VOA/André Kodmadjingar)

Au Tchad, 11 personnes ont été condamnées pour trafic de drogue à des peines allant de 5 à 10 ans par le tribunal de grande instance de N’Djamena. Le collectif d’avocat des prévenus dénonce une procédure entachée d’irrégularités.

L’affaire remonte à janvier 2020, quand un véhicule allant vers la Libye est intercepté par les services de sécurité. A bord, les agents trouvent une importante quantité de cartons de tramadol et un antidouleur utilisé comme drogue dans plusieurs pays africains.

Des procédures sont engagées contre ces présumés trafiquants. Ils sont poursuivis pour délit de trafic de drogue, détention illégale d’arme, faux et usage de faux.

D'autres personnes sont aussi poursuivies pour complicité de trafic de drogue, blanchissement d’argent et tentative de corruption.

Six ont écopé de 10 ans de prison ferme et quatre sont condamnés à 5 ans de prison dont un avec sursis pour des raisons de santé. Certains sont condamnés à payer des amendes lourdes.

Un général, deux colonels et un responsable de l'ANS

Un général de l'armée tchadienne, deux colonels et un responsable de l'Agence nationale de sécurité (ANS, services de renseignement) font partie des personnes condamnées à 10 ans de prison.

Maitre Alain Kagombé, l’un des avocats des prévenus à N'Djamena, le 20 juillet 2020. ((VOA/André Kodmadjingar)
Maitre Alain Kagombé, l’un des avocats des prévenus à N'Djamena, le 20 juillet 2020. ((VOA/André Kodmadjingar)


"C’est une distribution des peines qui est extrêmement décevante. Elle est décevante et nous a semblé que le tribunal a répondu à l’attente publique. C’est une décision beaucoup plus politique que juridique. C’est sans surprise", a déclaré Maitre Alain Kagombé, l’un des avocats des prévenus.

Il informe avoir a déjà fait appel et se dit prêt à aller jusqu’à la Cour d’appel, voire à la Cour suprême.

"Beaucoup d’innocents ont été injustement condamnés", déplore le juriste.

"Une parodie de justice"

Maitre Max Loalngar, président de la Ligue tchadienne des droits de l’homme, avocat au barreau du Tchad qui défendait aussi les prévenus, a claqué la porte au début de la procédure.

"Nous avions dès l’entame de la procédure soulevé les exceptions qui tenaient donc à la garantie d’un procès équitable. Malheureusement, ces exceptions ont été rejetées non pas parce qu’elles n’étaient pas fondées mais uniquement parce que les gens voulaient coûte que coûte faire un procès pour donner je ne sais quel exemple", a indiqué Max Loalngar. Il estime que "c’est une parodie de justice".

A l’audience, le procureur de la République avait déclaré que l’un des prévenus a tenté de le corrompre avec une somme d’un milliard de francs CFA pour que le dossier soit classé sans suite. "Je suis à ma 17e année de service et je n’ai jamais accepté des pots de vin venant de qui que ça soit", a déclaré Youssouf Tom, indigné.

La juridiction a ordonné la confiscation du véhicule servant le transport de ces drogues et les armes utilisées par les trafiquants, ainsi que la mise sous scellé d’une somme de 600 millions de francs CFA, correspondant à une partie de la somme destinée à corrompre les autorités judiciaires pour le classement du dossier au profit de l’état.

Selon nos informations, 24 heures seulement après leur condamnation, ils ont été transportés vers la prison de haute sécurité de Korotoro dans le Nord.

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