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Liberté sous caution pour le journaliste zimbabwéen Hopewell Chin'ono

Le journaliste Hopewell Chin'ono lève le poing devant ses collègues, sa famille et ses amis alors qu'il monte dans un véhicule de prison, le 23 juillet 2020, devant le tribunal de Harare. (Photo: Columbus Mavhunga/VOA)

La Haute Cour du Zimbabwe a exigé mercredi une caution de 10 000 dollars zimbabwéens (environ 31 dollars américains) au journaliste Hopewell Chin'ono, en détention depuis le 20 juillet.

Le gouvernement l’accuse, ainsi que l’opposant Jacob Ngarivhume, d'avoir incité à la violence par Twitter dans le cadre d’une manifestation prévue le 31 juillet contre la mauvaise gouvernance au Zimbabwe.

M. Ngarivhume a également été libéré sous caution en échange de 50 000 dollars zimbabwéens (environ 155 dollars américains).

Selon l'avocate Beatrice Mtetwa, cette caution est assortie de conditions très strictes.

Le journaliste doit, entre autres exigences, remettre son passeport et le titre de propriété de sa maison au tribunal ; il doit se présenter aux autorités judiciaires deux fois par semaine, et il lui est interdit de tweeter quoi que ce soit qui ait un rapport avec des manifestations.

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Zimbabwe: deux séjours en prison, mais le journaliste Hopewell Chin'ono n'est "pas brisé"

Le journaliste zimbabwéen Hopewell Chino'ono s'adresse aux médias d'État à Harare, le 10 octobre 2018.

Le parti au pouvoir l'a déclaré ennemi de l'État. La détermination du journaliste Hopewell Chin'ono, sorti vendredi de prison, reste entière: il va continuer son travail.

"Je ne vais pas arrêter de traquer la corruption" d'État, affirme le lanceur d'alerte de 49 ans, crâne rasé et barbichette, dans un entretien à l'AFP au lendemain de sa libération de la prison de haute sécurité de Chikurubi, dans la banlieue d'Harare, où il effectuait sa deuxième période de détention en moins de quatre mois.

Il est resté 17 jours dans la section D, réservée aux condamnés à perpétuité ou à mort, une situation dénoncée par son avocate à chaque audience avant sa libération sous caution.

Détenu pour un tweet

Cette fois, il était emprisonné pour entrave à la justice, après la publication d'un tweet dénonçant l'intervention du gouvernement auprès de magistrats enquêtant sur une affaire de contrebande d'or.

"Exposer la corruption, c'est la nature du travail, sinon je ne suis plus journaliste", répète-t-il d'une voix calme, assurée.

"Le séjour en prison est épouvantable. Quand ils arrêtent des gens comme des journalistes, ils savent que ça va vraisemblablement les briser. Mais je suis décidé. La corruption est une cause à laquelle je tiens, je ne les laisserai pas faire".

Derrière lui, dans son bureau, une affiche de Bob Marley et ses paroles contre l'oppression. "Don't give up the fight" (N'abandonne pas le combat).

Fin juillet, des policiers avaient fracassé la baie vitrée de sa salle à manger pour l'arrêter. Il avait filmé avec son téléphone et diffusé en direct leur irruption. Les autorités l'accusaient alors d'avoir incité "à la violence publique" pour avoir relayé des appels à manifester contre la corruption d'Etat.

Ces manifestations n'ont jamais eu lieu, le président Emmerson Mnangagwa ayant imposé un couvre-feu, déployé policiers et soldats sur des barrages routiers, dans le cadre du confinement.

Un mois avant son arrestation, un haut responsable du parti au pouvoir (Zanu), Patrick Chinamasa, dénonçait "les attaques systématiques" contre "l'intégrité de la famille" du président "par des personnages sans scrupules tels que Hopewell Chin'ono".

"Briser ton esprit"

A cette époque, le reporter, plusieurs fois primé, enquêtait sur une affaire de corruption présumée autour d'achats par le gouvernement de matériel de protection et de tests Covid, qui a abouti à la démission du ministre de la Santé.

En prison, où il a passé 45 jours depuis juillet, il a vécu ce qu'il décrit comme "la pire expérience possible".

"Les gens dorment comme des rats. Il n'y a pas d'eau dans les cellules, prévues pour 16 mais où s'entassent 46 détenus. Pas de place pour bouger", raconte-t-il, et les maladies se propagent, bronchites et coronavirus en tête. Sans traitement.

Quand Chin'ono a eu de la fièvre, son médecin a pu lui rendre visite. Mais dans le bâtiment renfermant 2.700 détenus, selon lui, pas le moindre tensiomètre pour calculer sa pression artérielle.

Le journaliste rappelle que sous Robert Mugabe, qui a dirigé le pays d'une main de fer pendant 37 ans avant d'être dégagé par un coup d'État fin 2017, il n'a jamais été arrêté. Et pourtant "j'ai réalisé des documentaires critiques" à son égard, dit-il.

Mais le régime Mnangagwa craint l'exposition de la corruption, assure-t-il: "Quand vous touchez au pillage de fonds publics ou des ressources nationales et que la famille du président est impliquée, vous vous faites arrêter".

Il relève l'impact des réseaux sociaux pour désarmer les autorités. "J'atteins bien plus de monde que le quotidien contrôlé par le gouvernement", poursuit le journaliste. "Quand ils vendent 5.000 exemplaires, mes messages ou mes vidéos sont vus 100.000 fois".

Chin'ono (@daddyhope) compte plus de 170.000 followers sur Twitter. "Si vous en avez dix comme moi, vous atteignez 1,7 million de personnes, qui à leur tour retwittent. Ces gens vont lire des histoires de corruption, voir des preuves, voir qui est impliqué".

Effrayant pour un "régime tyrannique, corrompu". Donc "ils t'arrêtent pour briser ton esprit".

Quand il arrive à débrancher de sa prochaine enquête, Chin'ono aime prendre sa voiture et partir à la campagne, dans son élevage de chèvres Boer, typiques d'Afrique australe.

Les Prix internationaux de la liberté de la presse honorent la bravoure

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Le journaliste Hopewell Chin'ono arrêté pour un tweet libéré sous caution au Zimbabwe

Le journaliste zimbabwéen Hopewell Chin 'ono s'entretient avec les médias après sa libération de prison, le 3 septembre 2020.

Un tribunal zimbabwéen a ordonné vendredi la libération sous caution d'un célèbre journaliste et lanceur d'alerte zimbabwéen, Hopewell Chin'ono, arrêté début novembre après un tweet critiquant l'intervention du gouvernement auprès de magistrats enquêtant sur une affaire de contrebande d'or.

Il était incarcéré depuis 17 jours dans une prison de haute sécurité, accusé d'avoir violé les conditions d'une précédente remise en liberté sous caution.

Hopewell Chin'ono, qui a remporté de nombreux prix de journalisme, avait auparavant été frappé d'une interdiction de tweeter des messages incitant à la violence ou encourageant des manifestations.

Selon les termes de sa nouvelle libération conditionnelle, il s'est vu interdire toute utilisation de son compte Twitter pour écrire des messages entravant le cours de la justice.

Son tweet portait sur l'arrestation fin octobre à l'aéroport de Harare d'Henrietta Rushwaya, une responsable du secteur minier, qui allait embarquer pour Dubaï avec six kilos d'or dans son bagage à main, d'une valeur de plus de 300.000 euros sur le marché international.

Le journaliste indiquait avoir été informé par le parquet de la prochaine libération sous caution d'Henrietta Rushwaya - qui avait affirmé aux policiers que l'épouse du président Emmerson Mnangagwa, Auxillia, et leur fils Collins, étaient les propriétaires présumés de cet or - compromettant la poursuite de l'enquête.

Cette affaire intervient alors que les autorités cherchent à neutraliser une importante contrebande d'or dans le pays, estimée autour de 100 millions de dollars par mois.

Hopewell Chin'ono, 49 ans, avait déjà été arrêté en juillet, et emprisonné pendant 45 jours, pour avoir, selon les autorités incité "à la violence publique" avant des manifestations antigouvernementales.

Liberté de la presse: tollé après des propos du ministre de l'Intérieur français

Des communiqués de presse sont présentés le 25 avril 2018 à Paris lors d'une conférence de presse de Reporters sans frontières (RSF) pour présenter son indice mondial de la liberté de la presse pour 2018.

Le ministre de l'Intérieur français Gérald Darmanin a provoqué un tollé dans la presse en estimant que les journalistes devaient prévenir les autorités avant de couvrir une manifestation, avant de rétropédaler en soulignant qu'il ne s'agissait pas d'une "obligation".

La déclaration de M. Darmanin a alimenté la tension entre l'exécutif et un collectif de plusieurs dizaines d'organisations (syndicats de journalistes, associations de défense des droits humains, sociétés et collectifs de journalistes, de réalisateurs de documentaires...) qui dénonce une proposition de loi sur la "sécurité globale", examinée depuis mardi par l'Assemblée nationale.

Cette proposition de loi limite notamment la diffusion d'images de policiers en opération, une disposition considérée par les médias et les défenseurs des droits de l'Homme comme une possible entrave au droit à l'information.

D'autant qu'elle intervient après la publication en septembre d'un nouveau "schéma national de maintien de l'ordre" (SNMO), document destiné aux gendarmes et policiers, qui rappelle que "le délit constitué par le fait de se maintenir dans un attroupement après sommation ne comporte aucune exception, y compris au profit des journalistes ou de membres d'associations". Les journalistes estiment qu'ils ne peuvent ainsi plus couvrir les fins de manifestations et les éventuelles violences qui se produisent à ce moment-là.

Dans plusieurs villes de France, des milliers de manifestants ont protesté mardi contre la nouvelle proposition de "loi liberticide" et, à Paris, une trentaine de personnes ont été interpellées, dont plusieurs journalistes qui se sont vu opposer les nouvelles règles du SNMO.

Un journaliste de la télévision publique France 3 qui filmait ces interpellations a passé 12 heures en garde à vue.

Interrogé mercredi à ce sujet, M. Darmanin a alors estimé que les journalistes "doivent se rapprocher des autorités" en amont des manifestations qu'ils veulent couvrir afin de pouvoir en "rendre compte" et "faire (leur) travail" en étant "protégés par les forces de l'ordre".

Ces déclarations ont fait bondir des journalistes, nombre d'entre eux interpellant le ministre sur Twitter pour souligner que la couverture de manifestations sur la voie publique était libre et ne pouvait être subordonnée à une "accréditation" auprès de la préfecture.

La nouvelle loi sur la sécurité globale prévoit des mesures destinées à répondre aux récriminations des syndicats policiers, qui se plaignent de menaces et agressions de plus en plus fréquentes.

La disposition la plus polémique est son article 24 qui entend pénaliser par un an de prison et 45.000 euros d'amende la diffusion de "l'image du visage ou tout autre élément d'identification" d'un policier ou d'un gendarme en intervention lorsque celle-ci vise à porter "atteinte à son intégrité physique ou psychique".

Le Collectif StopLoiSécuritéGlobale dénonce une mesure qui s'appliquera non seulement aux médias mais à tout citoyen qui photographiera ou filmera une opération policière. Il fait aussi valoir que plusieurs cas de violences policières ont été dévoilés grâce à des captures vidéo ou photo des incidents.

Jeudi, l'entourage de M. Darmanin a fait savoir que le ministre allait proposer d'amender le texte pour garantir la liberté de la presse. Pas question pour autant de supprimer l'article polémique: "C'est tranché, il n'y a pas de suppression", a affirmé à l'AFP une source proche du dossier.

Taïwan refuse de renouveler la licence d'une chaîne proche de la Chine

Des cyclistes font du vélo à Taipei au coucher du soleil, Taiwan, 6 août 2020.

L'autorité taïwanaise de régulation des télécommunications a refusé mercredi pour la première fois de renouveler l'autorisation d'émettre d'une chaîne de télévision considérée proche de la Chine, CTi, accusant son propriétaire de s'immiscer dans ses couvertures.

"C'est un message que nous adressons à tous les groupes qui souhaitent acquérir des médias: respectez l'indépendance et le professionnalisme des journalistes, gardez vos distances", a déclaré le président de la Commission nationale des communications (NCC), Chen Yaw-Shyang après la publication de cette décision prise à l'unanimité.

La NCC a accusé le milliardaire Tsai Eng-meng, propriétaire de la chaîne d'alimentation Want Want et principal actionnaire de la chaîne de télévision CTi, d'intervenir dans ses couvertures avec un biais ouvertement pro-Chine.

La chaîne de télévision CTi a condamné la décision de la NCC affichant sur sa page facebook: "La liberté de la presse est morte" et annonçant sa décision de faire appel.

Contrairement à la Chine, à Taïwan les médias sont indépendants, mais Pékin exerce des pressions sur les patrons de presse taïwanais qui ont pour la plupart des intérêts commerciaux importants sur le continent, selon Reporters sans frontières.

La Chine a accentué ses pressions militaires et diplomatiques sur Taïwan depuis l'élection en 2016 de la présidente Tsai Ing-wen. Celle-ci rejette la vision de Pékin et du précédent gouvernement taïwanais selon laquelle l'île et le continent font partie d'une "seule Chine".

Taïwan est peuplé de quelque 23 millions d'habitants. L'île est dirigée depuis 75 ans par un régime qui s'y était réfugié durant la guerre civile chinoise après la prise du pouvoir sur le continent par les communistes.

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