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Les poupées gonflables enflamment la très prude Zambie

Thierry Reverdi, propriétaire de la société Dreamdoll, ajuste les lunettes de soleil d'une poupée gonflable dans son atelier de Duppigheim près de Strasbourg, le 2 décembre 2014.

Aucun magasin ne les vend ouvertement, personne n'admet en posséder et la police n'en a saisi aucune. N'empêche. La Zambie a déclaré la guerre aux poupées gonflables, des tentatrices siliconées jugées "contre nature" par le gouvernement de ce pays très conservateur.

La ministre des Affaires religieuses Godfridah Sumaili a pris la tête de cette croisade il y a quelques semaines, fermement décidée à empêcher tout commerce et toute utilisation de ces accessoires sexuels.

Même si aucun texte ne les prohibe explicitement, les poupées gonflables tombent, selon les autorités, sous le coup d'une loi qui interdit l'importation, la fabrication et la vente d'"objets obscènes", réprimées d'un maximum de 5 ans de prison.

"En tant que nation chrétienne, la moralité et l'éthique sont ancrées dans nos valeurs", explique la ministre à l'AFP, "l'utilisation de poupées gonflables est absolument contraire à notre héritage culturel et à nos principes". "La loi interdit à quiconque de les commercialiser et de les utiliser", insiste Mme Sumaili, "c'est pourquoi nous disons aux Zambiens que c'est une chose contre nature".

>> Lire aussi : La Zambie expulse une danseuse sud-africaine se produisant sans sous-vêtements

La ministre a décidé d'intervenir après la récente publication d'informations sur l'arrivée en Zambie de poupées gonflables d'importation, apparemment en provenance d'Asie. Ces informations ont enflammé les réseaux sociaux.

De plus en plus sophistiqués, ces accessoires de désir sont largement l'apanage, pour des raisons évidentes de coût, des pays occidentaux. Selon leurs concepteurs, ils comblent la solitude d'hommes en manque de relations féminines réelles.

Leur apparition sur le continent africain, réelle ou simplement fantasmée, suscite régulièrement l'émoi.

En 2016, la vente présumée de poupées gonflables sur le grand marché de Casablanca avait passionné les réseaux sociaux au Maroc et déclenché une opération de police pour retirer ces objets de plaisir interdits dans le pays comme tous les autres sex-toys. Mais les policiers avaient fait chou blanc.

'Immoral'

Les limiers de la police zambienne n'ont pas été plus efficaces. A ce jour, aucun n'a réussi à mettre la main sur une seule de ces Barbies géantes, obstinément absentes des vitrines de Lusaka...

Qu'importe. La ministre n'en démord pas, il faut barrer la route à ces impies objets de désir, même virtuels. "Dieu a créé l'homme et la femme pour qu'ils puissent mutuellement assouvir leurs désirs sexuels (...) utiliser un objet sans vie est immoral", insiste-t-elle, "alors n'importons pas des croyances et des expériences étrangères".

La morale très rigide de la ministre n'a pas tardé à susciter les railleries de l'opposition. Et, qui l'eût cru, les poupées gonflables sont devenues un sujet de polémique politique.

Pour le parti libéral zambien des Patriotes du progrès économique (PEP), l'attitude du gouvernement vis-à-vis de ces objets coquins n'est qu'un énième exemple de la nature de plus en plus autoritaire du régime du président Edgar Lungu.

"L'argument selon lequel la Bible n'autorise pas l'utilisation d'objets est fausse", affirme son chef, Sean Tembo. "La même Bible encourage la liberté individuelle et ce serait une erreur d'emprisonner des gens sous prétexte qu'ils ont recours à des poupées gonflables", avance-t-il.

Le patron des PEP va même plus loin: à l'en croire, les poupées gonflables pourraient même avoir des vertus, notamment dans la lutte contre le sida qui infecte 12,4% de la population du pays. "Les hommes peuvent utiliser des poupées gonflables et cela réduira les cas de sida", affirme Sean Tembo.

'Fidèles pour l'éternité'

"La loi n'interdit pas l'importation ou l'utilisation des poupées gonflables. Pas plus qu'elle n'interdit la masturbation", affirme-t-il, "l'utilisation des poupées gonflables restera confinée aux chambres à coucher et ne débordera pas sur la place publique".

La Zambie est un bastion conservateur notoire d'Afrique australe. Elle interdit toute "relation charnelle contre l'ordre naturel", en clair l'homosexualité, et son code pénal sanctionne la sodomie - bannie depuis la colonisation britannique - d'une peine pouvant aller jusqu'à 14 ans de prison.

Le quotidien d'Etat Zambia Daily Mail a repris à son compte la campagne de la ministre. "On ne badine pas avec les poupées gonflables", a-t-il récemment ordonné à ses lecteurs sur toute la largeur de sa Une, avant de se faire l'écho du débat brûlant qu'elles suscitent...

"J'en commanderais une sans hésiter!", a confié au journal le passager d'un bus, forcément anonyme. "Elle m'offre la garantie d'une relation protégée de toute maladie, parce qu'elle ne me trompera pas", a-t-il ajouté. Ces poupées "ne sont pas matérialistes et restent fidèles pour l'éternité".

Jane Kaluba, 25 ans, considère les poupées gonflables comme un test d'équilibre difficile entre la moralité et les droits individuels. "Je ne défends pas l'utilisation" de ces poupées, dit-elle à l'AFP, "mais je pense que chacun devait être libre de faire ce que bon lui semble".

"Et puis, ajoute-t-elle, on ne sait jamais, ce pourrait être une solution contre le fléau du sida..."

Avec AFP

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Un chef coutumier et 4 civils tués dans deux attaques à Beni

Soldats des FARDC à Paida, près de Beni, dans la province du Nord-Kivu en RDC, le 7 décembre 2018.

Un chef traditionnel et quatre civils ont été tués dans la nuit de samedi à dimanche dans deux attaques dans le territoire de Beni, théâtre de violences permanentes dans l'est de la République démocratique du Congo, a-t-on appris des sources militaire et administrative.

"Nous avons repoussé la nuit une attaque des ADF (Allied Democratic Forces, rebelles musulmans ougandais) à Magboko près d'Oicha. Les combats se sont poursuivis jusqu'à la fuite de l'ennemi que nous poursuivons. Malheureusement, deux civils ont été exécutés", a déclaré à l'AFP le major Mak Hazukay, porte-parole de l'armée dans le Nord-Kivu (est).

A Eringeti, situé à 30 km de cette première localité attaquée et à 60 km au nord de la ville de Beni, un chef coutumier a été tué avec deux autres civils dont une femme", a indiqué Donat Kibwana, administrateur du territoire de Beni.

"Si à Magboko, l'incursion des ADF ayant fait deux morts a débuté vers 23 heures, pour le cas d'Eringeti, les enquêtes sont en cours pour identifier les auteurs de cet acte", a précis M. Kibwana.

"Les victimes de Magboko ont été tuées à la machette alors que celles d'Eringeti ont été tuées par balles tirées par des éléments en uniformes non encore identifiés", a souligné Teddy Kataliko, l'un des responsables de la société civile du territoire de Beni.

"C'est inconcevable qu'un chef du village soit abattu dans un milieu où l'armée est déployée", a-t-il ajouté.

Miliciens musulmans ougandais présents dans l'est de la RDC depuis 1995, les ADF sont accusés par le gouvernement congolais et la mission de l'ONU, la Monusco, d'être responsables des massacres des civils dans la région de Beni, ayant fait plus de mille morts depuis octobre 2014.

Cette appréciation est remise en cause par un rapport du Groupe d'étude sur le Congo (GEC) de l'Université de New York, selon lequel les ADF portent effectivement une part très importante de responsabilité dans ces tueries, mais au côté d'autres éléments armés, parmi lesquels des soldats de l'armée régulière.

Le village de Mukoko déserté à Beni après les massacres (vidéo)
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Dans l'est congolais, plusieurs dizaines de groupes armés locaux et étrangers sont actifs depuis plus de deux décennies.

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