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Les orthèses du futur en impression 3D au Togo


Un technicien rejoint Adjovi Koudahe avec un nouveau support prothétique imprimé en 3D au CNAO (centre national d'orthopédie et de physiothérapie du Togo) à Lomé, le 19 juin 2018.

Dans le lit d'une salle de consultations de Lomé, Emmanuel Géraldo, 5 ans et handicapé depuis la naissance, attend patiemment qu'on prenne l'empreinte numérique de sa jambe droite. Grâce à la 3D, il pourra peut-être marcher normalement d'ici quelques mois.

"L'enfant marche sur la pointe des pieds. Donc, je fais le scanner de sa jambe pour qu'on lui confectionne une orthèse par la technique de l'imprimante 3D" afin de corriger sa malformation, explique Enyonam Ekpoh, orthoprothésiste au Centre national d'appareillage orthopédique (CNAO) du Togo.

Quelques heures plus tard, Adjovi Koudahé, 46 ans, se prête à des examens pour recevoir elle aussi une orthèse 3D, qui devrait offrir une nouvelle vie à sa jambe droite paralysée depuis 2012, à la suite d'un accident de la route.

"J'ai complètement laissé mes activités, parce que je souffre, je n'arrive plus à marcher correctement", explique cette ancienne commerçante qui se déplace péniblement, à l'aide d'une béquille.

>> Lire aussi : Une imprimante 3D pour fabriquer les prothèses d'Handicap international

"Malgré tous les soins dans les centres de santé, ma jambe ne répond plus et racle le sol. Mais avec l'orthèse qu'on veut me fabriquer ici, j'ai grand espoir".

L'impression 3D de prothèses et d'orthèses - des appareillages qui compensent une amputation, une paralysie ou la malformation d'un membre - est une technique initiée par Handicap international. Elle permet de les fabriquer plus vite et d'atteindre un plus grand nombre de patients à travers le monde.

Dans les pays à faibles revenus, seules 5 à 15% des personnes ayant besoin d'une prothèse ou d'une orthèse ont en bénéficient, selon cette ONG française.

Handicap international s'est donc lancé dans des recherches depuis 2015 et l'essai clinique de trois prothèses de membres inférieurs, réalisé en 2016 dans trois pays (Madagascar, Syrie et Togo) au profit de 20 patients, a donné des résultats encourageants.

Le projet "Impacte 3D", lancé en novembre dernier au Togo, au Mali et au Niger, va plus loin en expérimentant cette fois des orthèses imprimées sur mesure, qui seront gratuitement offertes à 100 patients grâce à un financement de 700.000 euros de la coopération belge.

Les orthopédistes togolais font les derniers ajustements au support prothétique imprimé en 3D pour Adjovi Koudahe au CNAO de Lomé, le 19 juin 2018.
Les orthopédistes togolais font les derniers ajustements au support prothétique imprimé en 3D pour Adjovi Koudahe au CNAO de Lomé, le 19 juin 2018.

"Gagner du temps"

Au Togo, où beaucoup de handicaps sont liés à des maladies infectieuses comme la polio ou à des accidents vasculaires cérébraux (AVC), 50 patients vont bénéficier de ces orthèses censées améliorer la mobilité des genoux ou des chevilles, explique à l'AFP le chef de projet, Simon Miriel.

La 3D représente une petite révolution pour les médecins opérant dans des zones de guerre ou tout simplement reculées: le scanner, qui fait environ le volume de deux téléphones portables, est très facile à transporter.

Un de ces appareils est ainsi testé à Dapaong, à plus de 600 km au nord de Lomé, et permet d'atteindre les patients même les plus éloignés des centres de traitement hospitaliers, contrairement au moulage traditionnel, qui les oblige à se déplacer.

"Cela permet de gagner beaucoup de temps", souligne Simon Miriel. "Au besoin, les résultats du scanner peuvent être envoyés directement par téléphone au spécialiste chargé de concevoir l'orthèse numérique" sur une imprimante 3D.

Au total, quatre scanners sont utilisés dans les trois pays pilotes, mais les deux imprimantes du projet se trouvent dans un laboratoire d'Avépozo (à environ 15 km de Lomé), où sont fabriqués tous les modèles d’orthèses.

"Le Togo est un des rares pays d'Afrique de l'Ouest disposant de bonnes structures orthopédiques, notamment l'Ecole Nationale des Auxiliaires Médicaux (Enam), qui est partenaire du projet et forme des spécialistes venus de toute la région", précise Simon Miriel.

Alors que la phase de test devrait s'achever d'ici la fin de l'année 2018, plusieurs études sont parallèlement en cours pour déterminer les pays et les patients ciblés, mais aussi minimiser les coûts des orthèses 3D - plus chères qu'un appareillage classique - lorsqu'elles seront mises sur le marché.

Les prothèses testées en 2016 et imprimées à l'étranger oscillaient entre 1.500 et 2.000 euros pièce, une fortune dans une région où le revenu moyen ne dépasse généralement pas 100 dollars par mois. Selon M. Miriel, les orthèses seront toutefois "beaucoup plus accessibles", car intégralement fabriquées sur place au Togo.

Avec AFP

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