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Tchad

Les autorités tchadiennes ferment les marchés pour éviter la propagation du coronavirus

Ecoles et universités hermétiquement fermés, au Tchad, le 26 mars 2020. (VOA/André Kodmadjingar)

Au Tchad, après la fermeture des établissements d’enseignements, des bars et alimentations, les lieux de culte, le regroupement de plus de 50 personnes, les marchés sont fermés. Certains commerçants profitent pour faire la spéculation des prix des produits de première nécessité.

Le président Idriss Deby a mis en garde les commerçants qui augmentent de façon vertigineuse les prix des denrées alimentaires. "Cette pratique est inadmissible", dit-il.

"J’instruis fermement les services compétents à l’effet de traquer et traduire en justice tous les commerçants qui s’adonnent à ce jeu. Les opération de surveillance de prix doivent s’intensifier sur toute l’étendue du territoire national pour mettre fin à cette pratique qui n’honore pas le secteur privé", avertit le président Déby.

Face à la gravité de la situation, certains consommateurs affirment à VOA Afrique que "ça va être trop compliqué mais on est obligé d’admettre ces mesures de précaution pour notre santé". Ils lancent un appel à toute la population de respecter ces mesures usuelles d’hygiène.

"C’est pour notre santé donc moi j’accepte, et quand ça va passer on va toujours ouvrir nos salons, les bars, les marchés et consorts", a indiqué une tenancière de salon de coiffure.

Dr Sitack Yombatina Béni, enseignant chercheur à l'ENA, au Tchad, le 26 mars 2020. (VOA/André Kodmadjingar)
Dr Sitack Yombatina Béni, enseignant chercheur à l'ENA, au Tchad, le 26 mars 2020. (VOA/André Kodmadjingar)

Pour l’universitaire Sitack Yombatinan Béni, le gouvernement doit penser aux mesures d’accompagnement avant de s’en prendre aux commerçants qui font de la spéculation.

"Le gouvernement devrait plutôt mettre en place un plan de sauvetage", déclare-t-il.

La lutte contre le covid-19 pénalise également les détenus préventifs qui attendent d’être jugés. Toutes les audiences publiques sont suspendues jusqu’à nouvel ordre, sauf les audiences des flagrants délits.

Selon les dernières données de l'Organisation mondiale de la santé, le Tchad comptabilise trois cas de coronavirus. Aucun décès n'a été enregistré dans le pays à ce jour.

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Les Tchadiens qui se rétablissent du coronavirus ont du mal à être acceptés

Un local d'un hôpital public de N'Djamena, le 27 juillet 2017. (VOA/André Kodmadjingar).

Les malades guéris de la maladie Covid-19 au Tchad sont marginalisés par leur entourage. Même certains agents de santé qui ont été contaminés en plein exercice de leurs fonctions ne sont pas épargnés. Des malades guéris sont rejetés par leur famille et trouvent refuge dans les lieux de culte.

Mathias Dourang, étudiant en 4e année de droit à l’université de N’Djamena, dit avoir été stigmatisé toutes les fois qu’il sort dans le quartier. On l’appelle "coronavirus", "Covid-19" en terme de moquerie alors qu’il avait été déclaré guéri par les autorités médicales.

Attestation en main, il devient sans domicile fixe. Rejeté par sa famille qui dit avoir subi beaucoup de préjudices et d’humiliation à cause lui, il trouve refuge à l’église depuis trois semaines. Mathias Dourang demande au gouvernement d’accorder une protection juridique aux personnes qui sont victimes de cette maladie. Il invite aussi ceux qui se sont rétablis à briser le silence afin que cette stigmatisation s’arrête.

Abba Zène, oncle du jeune étudiant guéri, affirme que sa famille était confinée, à cause de lui, pendant 14 jours et il considère cela comme une humiliation. Il dénonce la manière dont son neveu est parti se faire dépister et mettre en quarantaine et se dit découragé par son comportement.

Les Tchadiens guéris du coronavirus sont stigmatisés
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Profitant de la fermeture des lieux de culte, Mathias Dourang a élu domicile à l’église de l’Assemblée évangélique de Pentecôte du Tchad. Pour l’apôtre de l'église, Bamaré Jacques, il faut simplement avoir confiance aux médecins qui l’ont traité et ont attesté qu’il est totalement guéri. Il lance un appel à tous les Tchadiens afin qu'ils arrêtent de rejeter les malades guéris de la maladie covid-19.

Même le personnel soignant n’est pas épargné.

Manguelso Bang Beni, technicien supérieur en soins infirmiers, guéri après s’être infecté dans le cadre de la prise en charge d’un patient qui avait cette maladie, affirme à VOA Afrique qu’il est souvent stigmatisé par ses collègues.

Il témoigne que ses collègues se méfient de lui et le surnomment "corona". Il se dit choqué, et préfère ignorer ce surnom.

Pour Bessimbaye Nadlaou, chef de service du laboratoire à l’hôpital général de référence national, les personnes guéries ne présentent aucun risque pour leur entourage.

"En virologie, lorsque qu’un malade est guéri par réaction anticorps, il y a certains de ces anticorps qui circulent dans le sang après guérison. Même si quelques années après la même maladie va revenir, les anticorps sont là donc ils vont réagir automatiquement pour l’éliminer. C’est quand la personne devient de plus en plus vieille que les anticorps diminuent, c’est en ce moment qu’on est exposé. C’est ceux qui n’ont pas encore fait la maladie qui vont s’inquiéter", a-t-il déclaré.

Les Tchadiens guéris du coronavirus sont stigmatisés

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Covid-19: les autorités tchadiennes ont décidé d’alléger certaines mesures prises

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C'est la reprise!: témoignage d'une jeune couturière tchadienne en difficulté

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Les médias privés tchadiens plaident pour un plan de sauvetage

Les responsables des journalistes tchadiens demandent au gouvernement d'appuyer les médias privés à N'Djamena, au Tchad, le 19 mai 2020. (VOA/André Kodmadjingar)

Les mesures barrières prises par le gouvernement tchadien pour lutter contre la propagation du coronavirus ont un impact négatif sur les médias. Certains responsables des médias privés procèdent à la réduction de salaires de leurs employés et se débarrassent du personnel jugé non essentiel. Les responsables des radios et télévisions privées affirment qu’ils risquent de fermer si le gouvernement ne leur vient pas en appui.

Depuis l’avènement du nouveau coronavirus, avec son corollaire de mesures barrières, les journalistes tchadiens -- surtout ceux des médias privés -- broient du noir. Certains journaux revoient leur production à la baisse en raison de la mévente et réduisent de manière drastique les salaires de leurs employés, allant de 20 à 40%.

Coronavirus: la presse tchadienne en difficultés
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Des radios privées en revanche, augmentent leur temps d’antenne pour sensibiliser la population au respect strict des mesures barrières.

Dénémadji Yolande, chargée de programme à la radio Arc-en-ciel à N'Djamena, au Tchad, le 19 mai 2020. (VOA/André Kodmadjingar)
Dénémadji Yolande, chargée de programme à la radio Arc-en-ciel à N'Djamena, au Tchad, le 19 mai 2020. (VOA/André Kodmadjingar)


Pour Dénémadji Yolonde, chargée des programmes de la radio "Arc-en-ciel", une radio confessionnelle, la grille de programmes a été modifiée pour accompagner le gouvernement dans sa politique de sensibilisation, mais aucun financement n'a été débloquer pour combler ce vide. La rédaction fait le travail avec les moyens de bord.

Djimet Wiché, directeur de publication du journal "Alwhida", un média en ligne, lui, met une partie de son personnel au chômage technique. Il s'agit surtout les collaborateurs externes et du personnel non essentiel. Sur le plan financier, il déclare n’avoir pas reçu des annonces et des publicités qui constituent la force principale de chaque organe de presse. Ce qui affecte négativement les activités de sa rédaction, a t-il déploré.

Si quelques journaux tiennent encore le coup, c’est un travail de sacrifice estime Samory Ngaradoumbé, président de l’Association des éditeurs de la presse privée du Tchad.

"Si nous fermons les portes, qui va porter le message nécessaire à la population? Il y a un travail de sacrifice qui est là et c’est au mérite des journalistes qu’il faut reconnaître", a-t-il déclaré.

Leubnodji Tah Nathan, responsable d'une organisation des journalistes reporter à N'Djamena, au Tchad, le 19 mai 2020. (VOA/André Kodmadjingar)
Leubnodji Tah Nathan, responsable d'une organisation des journalistes reporter à N'Djamena, au Tchad, le 19 mai 2020. (VOA/André Kodmadjingar)


Pour Leubnodji Tah Nathan, qui dirige une organisation des journalistes reporters, la presse tchadienne est en train de mourir à petit feu.

Il explique que certaines rédactions sont menacées d’expulsion parce qu’elles n’ont pas payé le loyer. Il précise pour une dizaine de journaux, il est impossible d'aller à l’imprimerie parce qu’ils ont des dettes à payer.

Les responsables des télévisions et radios privées du Tchad demandent au gouvernement un appui financier à ces médias.

Selon Mekondo Sony, président de l’Union des radios privées du Tchad, les médias privés accordent un sursis de trois jours à compter du lundi 18 au nouveau Comité de gestion de la crise sanitaire pour répondre à leurs revendications. A défaut d’une réponse favorable, tous les médias privés se verront dans l’obligation d’engager des actions conséquentes, menace le patron des radios privées du Tchad.

Le président Déby vient de mettre sur pied, par décret, un Comité de gestion de crise sanitaire placé sous son autorité en lieu et place de la cellule de veille qui a montré ses limites dans cette lutte. Selon le communiqué officiel publié ce dimanche 17 mai, les autorités médicales parlent de 503 cas d’infection au Covid-19 et 53 de décès au Tchad.

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