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Tchad

Le maréchal Haftar reçu au Tchad par le président Déby

Le président tchadien, Idriss Déby Itno, salue des officiers de l’armée à la base militaire sergent-chef Adji Kosseï de N’Djaména, 17 octobre 2018. (Facebook/Idriss Déby Itno)

Le maréchal Khalifa Haftar, l'homme fort de l'est libyen, a été reçu par le président tchadien Idriss Déby Itno à N'Djamena, selon une source proche de la présidence tchadienne.

C'est la deuxième fois qu'ils se rencontrent dans la capitale tchadienne en moins de deux mois, sans qu'aucun contenu de leur échange ne filtre, selon la même source.

Idriss Déby s'est plusieurs fois affiché comme étant proche de Khalifa Haftar.

Bête noire des islamistes, le maréchal Haftar soutient en Libye un gouvernement parallèle qui exerce son pouvoir dans l'est du pays et qui conteste l'autorité du gouvernement d'union nationale (GNA), reconnu par la communauté internationale et basé à Tripoli (ouest).

Le sud libyen abrite plusieurs groupes rebelles tchadiens, dont certains d'entre eux accusent N'Djamena d'"utiliser" son allié libyen pour mater les rebellions aux portes du Tchad.

En août, l'un de ces groupes armés rebelles, le Conseil de commandement militaire pour le salut de la République (CCMSR), a lancé depuis la Libye une offensive sur la région du Tibesti, dans l'extrême-nord du Tchad, avant de repartir s'abriter dans le sud libyen.

Là-bas, des groupes armés rivaux combattent régulièrement, notamment pour le contrôle de la contrebande dans cette région du Sahel peu contrôlée par les armées nationales.

Comme le sud libyen, le nord du Tchad est également propice à de nombreux trafics entre le Tchad, le Soudan, le Niger et la Libye.

Mardi à N'Djamena, le président Déby a également reçu en audience le ministre soudanais des Affaires étrangères, Al-Dierdiry Al-Dhikheri, selon la même source.

Enfin, un conseiller spécial du président égyptien, Abdel Fattah Al-Sissi, était présent mercredi à N'Djamena, où il doit rencontrer M. Déby, a indiqué la source proche de la présidence tchadienne.

L'objet de cette visite n'a pas été précisé. L'Egypte est un acteur clé dans le règlement de la crise libyenne, et soutient le maréchal Khalifa Haftar.

Avec AFP

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Arrivée du président malien Bah Ndaw pour les obsèques d'Idriss Déby

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Mahamat Idriss Déby, nouvel homme fort tchadien

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Le Conseil militaire de transition ne convainc pas certains Tchadiens

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Le Nigeria, les yeux rivés sur sa frontière depuis la mort d'Idriss Deby

Des soldats tchadiens sur des chars lors de leur retour du Niger voisin où ils combattaient le mouvement islamiste Boko Haram, à N’Djamena, 11 décembre 2015.

Dès l'annonce de la mort du président tchadien Idriss Déby, son homologue et voisin nigérian Muhammadu Buhari lui a rendu hommage et a reconnu que son décès laisserait un "grand vide" dans le combat contre le jihadisme qui prospère dans la région, et particulièrement dans le nord-est du Nigeria.

Déby a fait de l'armée tchadienne une force moteur contre la menace jihadiste dans la région du Sahel et du lac Tchad. Et pour le Nigeria, géant de 200 millions d'habitants, sa mort pourrait avoir de lourdes conséquences dans la lutte contre Boko Haram et contre le groupe État islamique en Afrique de l'Ouest (Iswap).

Son fils Mahamat a rapidement pris les commandes du pays à la tête de l'armée, mais les questions sur la stabilité politique du Tchad et ses engagements en matière de sécurité régionale restent ouvertes.

"L'armée (nigériane) est en alerte dans le nord-est, surtout à la frontière avec le lac Tchad", a confié à l'AFP un soldat sous couvert d'anonymat. "Si le Tchad sombre dans le chaos, ça aura des conséquences directes sur le Nigeria et le Niger".

Sous Déby, les troupes tchadiennes ont joué un rôle clé pour chasser Boko Haram des principales villes de l'État de Borno, aux confins du lac Tchad, lors d'une importante campagne militaire, menée en 2015 dans le cadre d'un accord de coopération régionale.

A plusieurs reprises ces dernières années, l'homme fort du Tchad s'est même agacé publiquement que son armée se batte "seule" au Sahel et sur le lac Tchad, en allant jusqu'à retirer ses troupes du Nigeria tout début 2020.

Supériorité militaire

Déby et Buhari, deux militaires, entretenaient un respect cordial et s'étaient rencontrés le mois dernier. Mais le Nigeria a toujours vu d'un mauvais oeil la supériorité militaire tchadienne sur son propre territoire. "Les troupes tchadiennes étaient censées revenir au Nigeria. Elles étaient attendues", explique Vincent Foucher, chercheur pour le CNRS et spécialiste de la région. "L'armée nigériane subit de nombreux revers et l'aide des voisins serait surement appréciée, mais maintenant je pense qu'il est très peu probable qu'ils reviennent".

Face à la potentielle instabilité causée par la mort de son chef d'Etat, au pouvoir depuis trente ans, N’Djamena va surement "alléger ses positions le long du lac Tchad, donnant plus de marge aux combattants de Boko Haram et d'Iswap pour opérer", commente le chercheur.

Dans le nord de l'État de Borno, les forces nigérianes ont déjà été durement touchées par une récente vague d'attaques d'Iswap, qui ont pris d'assaut des villes stratégiques et des garnisons militaires dans la région du lac Tchad.

4.800 morts

Damasak, à l'extrême nord-est du Nigeria, avait été libérée par les Tchadiens en 2015 et abrite aujourd'hui un de ces "super-camps" fortifiés de l'armée nigériane.

Toutefois, la ville a été attaquée trois fois la semaine dernière, forçant des dizaines de milliers de personnes à fuir, notamment vers le Niger.

"Le Tchad sous Déby a été un rempart contre l'afflux de terroristes venant du Sahel vers la région du lac Tchad", rapporte à l'AFP un haut responsable du gouvernement de Borno.

"Les 'terroristes' ont peur des Tchadiens. Mais si cela tombe, ça va affecter chacun d'entre nous dans la sous-région", ajoute-t-il.

L'année dernière, la région du lac Tchad, composée d'îlots marécageux difficilement praticables, a subi une augmentation de 60% du nombre de ces attaques, faisant plus de 4.800 morts, selon le Centre d'études stratégiques de l'Afrique, une institution de recherche du département américain de la Défense.

La succession à la tête du pouvoir au Tchad et la lutte contre les rebelles issus du nord, aura également un impact direct sur la sécurité dans la région du lac Tchad.

"Il est presque certain que nous allons assister à une bataille de succession" à N’Djamena, note le cabinet de conseil en risques nigérian SBM Intelligence dans un rapport publié cette semaine. "Cela signifie que les insurgés auront tout loisir de consolider leur base sur le lac et pourront se déplacer dans la zone pour attaquer l'armée nigériane".

Idriss Déby mort, l'incertitude gagne du terrain au Sahel

Le président tchadien Idriss Deby assiste à une séance de travail du sommet du G5 Sahel le 30 juin 2020 à Nouakchott.

Interventions militaires et stabilité en question: après la mort d'Idriss Déby Itno, influent président du Tchad, analystes et acteurs des conflits voisins s'inquiètent des conséquences du changement de leadership dans ce pays pivot entre Sahel, Afrique centrale et méditérannéenne.

Déby avait un "poids incontestable" au Sahel, dit à l'AFP Moussa Ag Acharatoumane, chef d'un groupe armé actif dans le nord du Mali en conflit, qui s'inquiète: "il y a eu la mort de Kadhafi et ses conséquences (arrivée massive au Sahel d'armes et de combattants quand la Libye s'est effondrée, ndlr)... il faut espérer que cela ne se passe pas comme cela au Tchad!"

Au pouvoir durant trente ans, le leader tchadien était devenu au fil du temps un pion essentiel sur l'échiquier africain. Il intervenait, personnellement ou par son armée jugée l'une des plus aguerries du continent, dans les conflits voisins.

L'avenir de cette armée, au coeur du système politique tchadien et désormais au pouvoir par l'entreprise d'un Conseil militaire de transition (CMT), est au centre des préoccupations. Sa stabilité "sera le point le plus important", pense Moussa Ag Acharatoumane, pour que l'équilibre précaire de l'îlot tchadien dans une région troublée soit maintenu.

Au Sahel comme en Afrique centrale, le Tchad et son armée font en effet figure de pilier sur lequel s'appuient partenaires et Etats.

Idriss Deby: vie et mort d’un président-rebelle
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"Relâchement dans la lutte"

"Quand Boko Haram (groupe jihadiste présent au Tchad, au Niger et au Cameroun, ndlr) devenait assez nuisible, le président Déby prenait sur lui d'aller au front", rappelle Sévérin Tchokonté, universitaire camerounais, pour qui sa disparition sera inéluctablement symbole de "relâchement dans la lutte".

Quand la menace est intérieure, N'Djamena n'a également jamais caché que les déploiements étrangers passaient au second plan. Début 2020, Déby avait fait rebrousser chemin à ses 1.200 soldats en cours de déploiement sous mandat de la force sous-régionale antijihadiste du G5 Sahel, pour faire face à une attaque jihadiste sur le Lac Tchad.

Ils sont finalement arrivés au Niger un an plus tard. 1.400 autres Tchadiens sont déployés au sein de la mission de l'ONU au Mali, la Minusma. Quel avenir pour ces soldats en mission tandis que l'avenir politique tchadien se dessine en pointillés?

Des bruits de bottes, non confirmés par N'Djamena, ont été entendus dans la zone dite des trois frontières entre Mali, Niger et Burkina Faso. Plusieurs sources ont affirmé à l'AFP que les Tchadiens de la Force conjointe seraient sur le départ, deux mois à peine après leur arrivée sur zone.

Qu'ils rentrent ou non, "l'effort récent de 'sahélisation' du contre-terrorisme" insufflé par la France (présente au Sahel avec 5.100 soldats et qui veut y réduire son empreinte), "vient de prendre un coup dans l'aile", dit Yvan Guichaoua, chercheur à l'Université de Kent.

Le Tchad continuera-t-il ainsi d'envoyer ses hommes traquer les fantassins de Boko Haram dans le nord du Nigeria, les jihadistes de l'organisation Etat islamique (EI) au Sahel, ou bien sécuriser avec le casque onusien sur la tête des camps retranchés sur la frontière Mali-Algérie?

A Bamako, un observateur du conflit sahélien s'interroge: "le Tchad était un verrou sécuritaire -rouillé, mais quand même-, va-t-il le rester?"

"Profonde préoccupation"

L'autre conséquence, indirecte, concerne le sud de la Libye, grand voisin du nord du Tchad d'où est partie la rebellion qui a abouti à la mort du président Déby: s'il devient théâtre d'un "débordement des rivalités tchadiennes ou d'une recrudescence" du groupe Etat islamique, prévient le chercheur Jalel Harchaoui, "personne n'ira (le) sécuriser".

La région, vaste zone désertique de non-droit où ont proliféré groupes armés, trafiquants et jihadistes, est un refuge des rebelles tchadiens. Ceux-là, qui ont déjà par le passé tenté de marcher sur N'Djamena, pourraient profiter du moment pour reprendre du service, disent les experts. Certains ont déjà proclamé leur soutien à la rebellion du moment.

La crainte de retombées néfastes se ressent aussi à l'est, au Soudan, où les autorités ont exprimé leur "profonde préoccupation" vis-à-vis de la situation au Tchad.

N'Djamena et Khartoum entretiennent depuis des décennies des relations en dents de scie, et la frontière tchado-soudanaise a souvent été un territoire de conflits.

La mort de Déby pourrait enfin avoir un impact au sud du Tchad, en Centrafrique, également en conflit. L'armée et ses supplétifs russes combattent sur une large partie du territoire des groupes armés sur lesquels, pour certains, plane l'ombre tutélaire du dirigeant tchadien décédé.

Le président, lui-même ancien chef rebelle réputé inquiet de la porosité de ses frontières, cultivait des accointances avec certains chefs de groupes armés dans le nord de la RCA. Des mercenaires tchadiens sont également largement présents dans les milices centrafricaines.

Déby "faisait la pluie et le beau temps" sur certaines milices, souligne un diplomate ouest-africain anciennement basé à Bangui.

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