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L'OIF déplore le recul du français à l'ONU


Michaelle Jean, secrétaire général de l’OIF au Quai Branly, Paris, 6 décembre 2016.

Le français est "en recul" à l'ONU et dans d'autres instances internationales, au profit de l'anglais, mettant en jeu sa "crédibilité" et "la démocratie", selon Michaëlle Jean, secrétaire générale de l'Organisation Internationale de la Francophonie.

"Ce qui pose problème, c'est d'assister au recul du respect de l'obligation de tenir compte du français comme langue officielle et de travail dans les organisations internationales", estime Michaëlle Jean, qui s'en est entretenue mardi avec le patron de l'ONU, le francophile Antonio Guterres.

Pour faire des économies, l'ONU aurait récemment décidé de ne plus avoir à l'avenir de vidéos sur internet en plusieurs langues des réunions publiques hors Conseil de sécurité, selon des sources concordantes. Elles ne seront accessibles qu'en anglais, imposant pour retrouver des séances de n'avoir recours sur des moteurs de recherche qu'à des mots-clés dans la langue de Shakespeare.

"Avec le secrétaire général de l'ONU, nous tentons de rattraper cette situation", ajoute la patronne de l'OIF, en évoquant des propositions de "mécanismes". "Pour nous, ce n'est pas convaincant de dire que l'ONU connait des compressions budgétaires considérables" et que cela affecte "l'interprétation, la traduction des documents".

"Ce qui est en jeu est plus grave que cela, quand on fait cela, c'est grave, même pour la crédibilité de l'Organisation", insiste Michaëlle Jean.

Au Conseil de Sécurité, les interprétations des langues originales, russe, chinois par exemple, se font en anglais et c'est à partir de l'anglais que sont données avec un décalage infime les traductions en français. Cette double traduction laisse passer parfois des approximations, voire des erreurs.

- pacte mondial en une seule langue -

Selon Michaëlle Jean, le recul vient d'un "laisser-faire et d'une Organisation qui est devenue très sélective. Elle invite mais elle va privilégier ceux et celles qui sont en capacité de s'exprimer en anglais plutôt que dans leur langue". "C'est tout à fait contreproductif et cela va à l'encontre de la vocation de cette Organisation internationale multilatérale", assène-t-elle.

A l'ONU, il arrive trop souvent que des intervenants lors de réunions ne parlent qu'en anglais, y compris parfois Antonio Guterres, relève aussi la patronne de l'OIF.

Il n'a pas été possible d'avoir dans l'immédiat un commentaire des Nations Unies sur le "recul" du français.

"Ce qui est mis en péril, c'est la démocratie internationale", poursuit Michaëlle Jean. "La démocratie internationale et une langue unique, ce n'est pas compatible. C'est un déficit de participation, de perspectives. Dès lors que les documents ne sont produits qu'en anglais, beaucoup de pays se trouvent désavantagés".

A l'ONU, comme ailleurs, les textes sont effectivement souvent diffusés en anglais avant de l'être en français, lorsqu'ils le sont. Ainsi, le projet en 25 pages d'un Pacte mondial sur les migrations censé être adopté à la fin de l'année n'a été diffusé qu'en anglais.

"En ne prenant que l'anglais, avec 1.500 mots, on referme le cercle et ça avantage certains pays par rapport à d'autres", estime Michaëlle Jean.

L'OIF, basée à Paris, compte 58 Etats et gouvernements membres et 26 pays observateurs. Dans le cadre de missions de paix, elle fournit à l’ONU médiateurs et juristes parlant français, et est aussi en étroite coopération avec l'Union Européenne et des organisations régionales comme le secrétariat ibéro-américain, la Communauté de langue portugaise ou le Commonwealth.

Avec Afp

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