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Mort suspecte de 12 détenus au Faso: soupçons d'épuration ethnique


Le Premier ministre Christophe Dabiré au parlement, Ouagadougou, le 20 mai 2020. (VOA/Lamine Traoré)

La mort suspecte de 12 détenus soupçonnés de terrorisme dans les locaux d’une gendarmerie dans l’Est du Burkina Faso cristallise l’opinion. Des condamnations fusent de toutes parts, y compris des parents des victimes, des organisations de la société civile et de l’opposition politique.

Les Burkinabè ont appris le 12 mai, à travers un communiqué du procureur du Faso près le tribunal de grande instance de Fada N’Gourma, le décès la veille de 12 personnes dans leurs cellules. Elles faisaient partie d'une vingtaine de personnes arrêtées pour suspicion de terrorisme par les forces de défense et de sécurité à Tanwalbougou, dans l'Est du pays.

"Parmi les victimes figurent un de mes cousins qui a été exécuté. J’étais à la morgue avec le procureur et les agents de santé. Nous avons vu qu’il a été exécuté d’une balle dans la tête. Je fais partie de ceux qui ont assisté à l’enterrement de toutes les 12 victimes et il n’y a eu aucune identification des victimes", a déclaré depuis l’hémicycle Aziz Diallo, l’un des parents des victimes. Il est aussi le député et maire de la circonscription de Dori, dans le Sahel.

Des organisations de la société civile sont vite montées au créneau pour dénoncer ce qu’elles appellent un massacre ciblé dirigé contre une seule ethnie.

"Nous glissons progressivement vers un massacre systématique de pauvres gens victimes de leur origine sociale et ethnique si rien n’est fait et à temps. L’exemple de Tanwalbougou, orchestré par les forces armées étatiques appuyées par les volontaires pour la défense de la patrie, risque de faire tâche d’huile sur l’ensemble de la région de l’Est", a déploré Dr Daouda Diallo, secrétaire général du Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés.

L’opposition politique aussi pour sa part réclame la vérité. "L’opposition exige que toute la lumière soit faite sur la mort des 12 personnes à Tanwalbougou et que les éventuels coupables soient punis conformément à la loi", a indiqué Me Gilbert Noël Ouédraogo, président de l’ADF/RDA.

"Chaque fois qu’il y a eu des présomptions d’exactions, d’incidents graves ou de manquements, des procédures administratives et judiciaires ont été diligentées pour faire la lumière sur la situation. Il en a été ainsi du cas récent des morts suspectes des 12 présumés terroristes à Tanwalbougou dans la région de l’Est. Le gouvernement saisi de l’affaire a instruit les ministres compétents d’engager des enquêtes sans délai tant sur le plan administratif que sur le plan judiciaire", a rassuré mardi le Premier ministre Christophe Dabiré lors de son discours sur la situation de la nation à l’Assemblée nationale.

Selon le procureur, l’enquête a été confiée à des officiers de police judiciaire de la gendarmerie de Fada. Mais plusieurs observateurs notent qu'il y a là un conflit d'intérêt, vu que c’est dans un poste de gendarmerie que les 12 personnes ont été retrouvées mortes.

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