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L'armée se défend de commettre des exactions dans la crise anglophone au Cameroun

Des soldats devant une prison de Yaoundé, Cameroun, le 1er septembre 2017

L'armée camerounaise s'est défendue vendredi des accusations d'exactions lors d'opérations contre les séparatistes des régions anglophones alors que l'Union européenne a réclamé un usage proportionné de la force et que des témoignages à charge se multiplient dans la presse et sur les réseaux sociaux.

"Ces accusations d'exactions relèvent du rêve, nous sommes victimes de la désinformation" et des "fake-news", a déclaré le colonel Didier Badjeck, porte-parole de l'armée à l'AFP, joint par téléphone depuis Libreville.

>> Lire aussi : L'UE recommande à l'armée un "usage proportionné de la force" au Cameroun

Depuis plus d'un an, les régions camerounaises anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest sont secouées par une crise socio-politique alimentée de velléités séparatistes.

Au fil des mois, et en réaction au fort déploiement de troupes opéré par Yaoundé, la cause indépendantiste a pris du poids, et la crise s'est peu à peu muée en conflit armé de basse intensité avec des attaques isolées contre les symboles de l'Etat.

Jeudi, un militaire a été tué à Bamenda "d'un coup de poignard dans l'oeil", selon le colonel Badjeck. Sa mort porte à 23 le nombre d'éléments des forces de sécurité tués par des séparatistes présumés en régions anglophones depuis le début de la crise, selon un décompte de l'AFP sur la base des déclarations officielles de Yaoundé.

"Nos soldats se font abattre tous les jours. Nous sommes harcelés. Cela peut arriver qu'il y ait des réactions sur le terrain, qu'un soldat perde ses moyens. Mais ce n'est pas encore arrivé", a déclaré le colonel Badjeck.

>> Lire aussi : Les avocats sans nouvelles de 47 séparatistes camerounais extradés du Nigeria

Jeudi, l'Union européenne a jugé "essentiel que les forces de sécurité fassent un usage proportionné de la force dans l'exercice de leurs fonctions".

Le porte-parole de l'armée a invité les partenaires du Cameroun à avoir un regard impartial.

"Il faut que les organes, avec qui nous maintenons de bonnes relations, n'écoutent pas qu'un seul camp", au risque d'être victime de désinformation, a-t-il dit, tout en déclarant que ce n'était pas à lui d'apporter une réaction officielle.

"On nous rappelle ce qu'on doit faire, mais il n'y a pas besoin. L'armée est professionnelle. Nous avons une culture de respect des droits de l'homme", a-t-il encore déclaré.

>> Lire aussi : L'UE recommande à l'armée un "usage proportionné de la force" au Cameroun

Selon différentes sources, au moins quatre civils ont été tués début février par les forces de sécurité dans le nord-ouest anglophone après la mort de deux gendarmes. Des témoins ont aussi fait état de maisons détruites, de vitres cassées, de radios, téléviseurs et ordinateurs brûlés.

"Nous sommes scandalisés par les fake-news", a dit le colonel Badjeck, qui a estimé que "grâce aux rafles, nous arrivons à mettre la main sur de l'armement".

Les séparatistes "sont forts dans la désinformation ! Les gens ont peur. Il nous faut gagner la guerre des coeurs", a-t-il encore dit.

Avec AFP

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Le Soudan célèbre l'accord historique, la désignation du Conseil souverain retardée

Le lieutenant-général Abdel Fattah Al-Burhan, président du Conseil militaire, et le chef de la coalition de l'opposition soudanaise Ahmad al-Rabiah célèbrent la signature de l'accord de partage du pouvoir qui ouvre la voie à un gouvernement de transition

Le Soudan a célébré dimanche l'accord historique signé la veille par les dirigeants militaires et la contestation en vue de la transition vers un pouvoir civil, mais la désignation attendue du Conseil souverain censé piloter cette transition a été reportée à lundi.

Comme la veille, de nouvelles scènes de liesse ont eu lieu dimanche dans les rues de Khartoum pour fêter la signature samedi par les généraux au pouvoir et les meneurs de la contestation d'un accord prévoyant une transition de 39 mois, qui doit être menée par le "Conseil souverain" composé de 11 membres -six civils et cinq militaires.

Attendue dimanche, l'annonce de la composition de ce Conseil souverain n'avait cependant toujours pas eu lieu en fin de soirée. Selon des sources de l'opposition, seuls cinq des onze membres ont été choisis pour le moment, et la composition complète devrait être connue lundi.

La cérémonie de signature, qui avait s'était déroulée samedi dans la capitale en présence de nombreux dignitaires étrangers, a constitué le plus grand événement du genre à être organisé depuis des années, tranchant avec les années d'isolement du Soudan.

De nombreux pays ont salué la signature de l'accord, considéré comme le point de départ d'un "nouveau Soudan", après les 30 ans de pouvoir d'Omar el-Béchir, détenu depuis sa destitution en avril par l'armée sous la pression de manifestations massives.

"Cet accord répond aux demandes du peuple soudanais, qui a appelé sans relâche au changement et à un avenir meilleur", a écrit le secrétaire d'Etat britannique pour l'Afrique, Andrew Stephenson.

Sur Twitter, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a promis que Washington soutiendrait l'établissement "d'un gouvernement qui protège les droits de tous les Soudanais et mène vers des élections libres et équitables".

- Nouvelles institutions -

D'après les documents signés samedi, plusieurs étapes précèderont les élections prévues en 2022.

La première est la formation du Conseil souverain. Remplacant le Conseil militaire, qui avait pris les rênes du pays après la destitution de Omar el-Béchir, ce Conseil souverain sera d'abord dirigé pendant 21 mois par un général, puis par un civil pendant les 18 mois restants.

Abdallah Hamdok, un ex-économiste de l'ONU choisi jeudi par la contestation comme Premier ministre, devrait ensuite être officiellement désigné mardi par ce Conseil.

Le gouvernement doit lui être formé le 28 août, avec 20 membres au maximum, pour permettre aux nouvelles institutions d'affronter les principaux défis du pays, en priorité la relance d'une économie en crise.

Les huit mois de manifestations ont fait plus de 250 morts, selon un comité de médecins proche de la contestation

- Euphorie de courte durée? -

Quelques membres de l'Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation, craignent toutefois que l'euphorie ne soit de courte durée, et des tensions persistent.

Alors que l'accord de transition conclu début juillet a été salué comme le meilleur que le Soudan puisse espérer, certains contestataires estiment qu'il a nui à leur révolution.

Ils pointent notamment l'omniprésence dans le processus de transition du général Mohammed Hamdan Daglo, à la tête d'une force paramilitaire et numéro deux du Conseil militaire. Celui-ci a d'ailleurs cosigné l'accord samedi.

Les redoutés paramilitaires des Forces de soutien rapide (RSF) qu'il dirige sont accusés d'avoir réprimé plusieurs manifestations. Beaucoup craignent que le général Daglo, dit "Hemeidti", ne tente de s'accaparer ensuite le pouvoir et de tuer dans l'oeuf le processus démocratique.

Mais pour l'analyste soudanais Abdel Latif al-Buni, le plus grand risque dans l'immédiat pour la transition est la volonté de se venger de certains.

"Un esprit de revanche contre l'ancien régime est dangereux", estime-t-il. "Cela mènera vers un affrontement entre l'ancien régime et les nouveaux dirigeants".

Omar el-Béchir, qui fait l'objet de mandats d'arrêt internationaux émis par la Cour pénale internationale pour "génocide", "crimes contre l'humanité" et "crimes de guerre" au Darfour (ouest), doit être jugé au Soudan pour corruption. Mais la date de son procès est indéterminée.

Avec AFP

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