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L'Afrique entérine la victoire annoncée de Tshisekedi

Les chefs d’Etat et de Gouvernement de la SADC lors du sommet de la Double Troïka, à Luanda, Angola. 24 avril 2018. (Twitter/Présidence RDC)

L'Afrique a commencé à se ranger dimanche derrière Félix Tshisekedi, après la validation de son élection à la présidence par la Cour constitutionnelle, malgré les virulentes contestations du perdant Martin Fayulu, dont les appels à manifester sont pour l'instant restés sans écho.

L'opposant Félix Tshisekedi, 55 ans, devrait donc prêter serment mardi comme prévu, d'après son entourage. Il a devancé avec 38,5% l'autre opposant Martin Fayulu (34,8%) et le candidat du pouvoir Emmanuel Ramazani Shadary (23%), selon les résultats de la Commission électorale, validés tels quels par la Cour constitutionnelle.

M. Tshisekedi, cinquième président congolais, va prendre la succession du président sortant Joseph Kabila, au pouvoir depuis 18 ans après l'assassinat de son père Laurent-Désiré le 16 janvier 2001.

Il s'agit de la première transmission pacifique du pouvoir d'un président à l'autre, et a fortiori de la première alternance.

M. Fayulu conteste ce scénario officiel. Il revendique la victoire avec 61% des voix, et s'estime victime d'un "putsch" électoral orchestré par M. Kabila, qui garde la majorité à l'Assemblée nationale, avec la "complicité" de Félix Tshisekedi.

L'opposant se proclame le "seul président légitime" et a appelé la communauté internationale à ne pas reconnaître M. Tshisekedi.

Raté: des pays africains ont félicité M. Tshisekedi, dont l'Afrique du Sud et le Kenya, ainsi que la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) dont fait partie la RDC.

Il s'agit d'un désaveu pour les deux principales figures de l'Union africaine (UA), qui avaient demandé en vain jeudi la "suspension" des résultats électoraux entachés à leurs yeux de "sérieux doutes".

L'UA a indiqué qu'elle "prend note" de la proclamation des résultats et qu'elle "reporte" l'envoi d'une délégation de haut-niveau à Kinshasa prévue ce lundi.

La délégation devait être conduite par le président en exercice de l'UA, le Rwandais Paul Kagame, et le président de la Commission de l'UA, Moussa Faki Mahamat.

- Le calme règne -

L'Union européenne (UE) a elle estimé que "des doutes subsistent sur la conformité du résultat" du scrutin du 30 décembre.

M. Fayulu a aussi appelé les Congolais à organiser des "manifestations pacifiques" sitôt après le rejet dans la nuit par la Cour constitutionnelle de son recours contestant la victoire de M. Tshisekedi.

Mais le dimanche a été parfaitement ordinaire à Kinshasa. Les habitants se sont rendus à leurs lieux habituels de culte et la circulation était fluide sur les grandes artères, a constaté un journaliste de l'AFP.

Seul le siège de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le parti historique d'opposition du président élu M. Tshisekedi, était un peu animé.

Le calme régnait aussi à Béni et Butembo (est), où l'élection présidentielle a été annulée en raison de l'épidémie d'Ebola et de massacres de civils, ainsi qu'à Goma plus au sud, selon un correspondant de l'AFP.

Aucun incident n'a été signalé, pas même à Kikwit (ouest), l'un des fiefs de M. Fayulu, où un important déploiement policier avait été observé samedi soir.

Dans ses premières réactions, le président élu Tshisekedi a cherché l'apaisement.

"Ce n'est pas la victoire d'un camp contre un autre", a-t-il déclaré dans la nuit devant ses supporteurs dans un hôtel.

- 'Un Congo réconcilié' -

"Demain, le Congo que nous allons former ne sera pas un Congo de la division, de la haine et du tribalisme. Ce sera un Congo réconcilié, un Congo fort, un Congo tourné vers le développement, son développement, dans la paix et la sécurité pour tous".

M. Tshisekedi est le fils d'Etienne Tshisekedi, l'opposant historique qui avait contesté la réélection de M. Kabila en 2011.

"C'est l'aboutissement du combat du père fondateur, mais c'est aussi le commencement d'un autre combat dans lequel je veux engager le peuple congolais", a-t-il ajouté. "Le combat pour un mieux-être. (...) Au travail".

A part son noyau dur de sympathisants, aucune expression massive de liesse n'a encore eu lieu, contrairement au passé, y compris lors des victoires en 2006 et 2011 de l'actuel président Joseph Kabila.

M. Tshisekedi devra cohabiter avec un Premier ministre issu de l'actuelle majorité pro-Kabila, qui a obtenu une vaste majorité (337 sièges sur 500) à l'Assemblée nationale d'après la Commission électorale.

"Le gouvernement va démissionner et l'Assemblée nationale fera sa rentrée. Le nouveau président de la République doit nommer un informateur pour identifier la majorité", a détaillé l'actuel porte-parole du gouvernement Lambert Mende cité par le site actualité.cd.

La rejet par la Cour constitutionnelle du recours de M. Fayulu contestant les résultats de la Céni et réclamant un recomptage des voix, est sans surprise, car elle est largement considérée comme acquise au président Kabila.

Des estimations de l'influente Église catholique et celles du Groupe des experts sur le Congo (GEC) de l'université de New York, à partir de documents qui auraient fuité de la Céni, donnaient elles la victoire à M. Fayulu avec 60% des voix.
Avec AFP

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La société civile congolaise veut sa part de la redevance minière

Une mine de cuivre à ciel ouvert à 110 kilomètres au nord-ouest de Lubumbashi, dans le sud de la RDC.

La société civile de la République démocratique du Congo a demandé un meilleur partage des richesses tirées de l'exploitation des mines lors d'une rencontre mercredi et jeudi à Lubumbashi (sud-est), la capitale économique de l'industrie extractive.

Dans la province de Lubumbashi, le Lualaba, "116 millions de dollars (de redevance minière) ont été versées depuis deux ans", a déclaré un représentant de la société civile dans cette région du Katanga première productrice mondiale de cobalt.

Dans son intervention,l'archevêque de Lubumbashi Jean-Pierre Tafunga a constaté que des "entités territoriales décentralisés" utilisaient bien la redevance minière, mais que d'autres l'ont "détourné de son objectif initial, qui est le financement des projets de développement communautaire", selon un résumé de cette rencontre Alternative Mining Indaba lu par un participant.

L'homme d'église a demandé des "solutions concrètes pour faire de la redevance minière une porte de développement réel".

L'église s'était "réjouie" de la révision du code minier en mars 2018, a-t-il rappelé.

En réponse, le ministre des mines Willy Kitobo Samsoni a indiqué qu'un projet de loi était à l'étude pour fixer "les modalités pratiques de gestion" de la redevance minière versées aux provinces.

Les participants ont aussi constaté que la pandémie de Covid-19 "n'a pas eu un impact négatif majeur sur la filière d'exploitation industrielle et sur la redevance minière, à l'exception de la filière diamantifère au Kasaï oriental", selon le résumé de la rencontre.

Le FMI envisage cependant une récession de –2,2% en 2020 pour la RDC, contre une croissance de 4,4% en 2019.

Malgré la richesse des sous-sols de la RDC, "en 2018, 72 % de sa population vivait avec moins de 1,9 dollar par jour, surtout dans les régions du Nord-Ouest et des Kasaï", selon la Banque mondiale.

Encouragé par les Etats-Unis, le président Félix Tshisekedi a promis de lutter contre la corruption et le mauvais "climat des affaires" qui bloquent le développement du potentiel économique du pays. Il s'agit, entre autres, du harcèlement administratif sur les entrepreneurs, des détournement de fonds, et de la multiplication des taxes.

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