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Législatives sous haute tension mercredi au Pakistan


Conférence de presse de la Commission des droits de l'homme du Pakistan (HRCP) sur des allégations de fraude pré-électorale. Juillet 16,2018

Le Pakistan se rend mercredi prochain aux urnes pour des élections législatives sous haute tension, marquées par des attentats meurtriers et des accusations d'ingérence de l'armée qui pourraient remettre en cause leur légitimité.

Le scrutin du 25 juillet ne représentera que la seconde transition démocratique d'un gouvernement civil à un autre dans ce pays à l'histoire ponctuée de coups d'Etat militaires et d'assassinats politiques.

Mais, à moins d'une semaine du vote, les ingrédients pour une transition sereine semblent loin d'être réunis et certains observateurs s'inquiètent ouvertement de "flagrantes" tentatives de manipulation, voire de nouveaux risques d'instabilité pour ce pays doté de l'arme nucléaire.

La série d'attentats qui a endeuillé plusieurs meetings électoraux à la mi-juillet, tuant 175 personnes, a encore alourdi l'atmosphère. Elle pourrait affecter la participation, même si la situation sécuritaire demeure bien meilleure qu'il y a quelques années.

>> Lire aussi : L'attentat a fait 149 morts au Pakistan selon un nouveau bilan

Quelque 106 millions de Pakistanais, dont près de 20 millions de primo-votants, sont appelés à choisir un successeur au parti PML-N, aux manettes depuis 2013 et qui espère emporter un nouveau mandat sous la houlette de son chef de file Shahbaz Sharif.

Son principal rival est le parti Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI), emmené par l'ancien champion de cricket Imran Khan. Connu comme ancien playboy en Occident, il se présente dans son pays comme un musulman conservateur flirtant parfois avec des thèses extrémistes.

Si MM. Sharif et Khan font office de favoris, une troisième formation, le PPP de Bilawal Bhutto Zardari, fils de l'ex-Première ministre assassinée Benazir Bhutto, pourrait être appelée à former une coalition avec le vainqueur.

"Putsch silencieux"

La campagne électorale qui s'achève, brève et acrimonieuse, a été marquée par un bras-de-fer entre deux acteurs pourtant censés ne pas y participer: l'ancien Premier ministre Nawaz Sharif, destitué pour corruption il y a un an et depuis interdit de se représenter, et la puissante armée pakistanaise.

M. Sharif accuse les forces armées et la justice pakistanaises d'avoir tout fait pour nuire à son parti, y compris en forçant ses candidats à changer d'allégeance, en particulier dans son fief du Pendjab, province-clé.

La saga a atteint son point culminant début juillet avec sa condamnation à dix ans de prison alors qu'il se trouvait à Londres, et son retour au Pakistan une semaine plus tard pour se livrer à la justice, qui l'a aussitôt mis sous les verrous.

>> Lire aussi : L'ex-Premier ministre Sharif placé en détention à son arrivée au Pakistan

Mais M. Sharif n'est pas le seul à incriminer l'armée: plusieurs grands médias pakistanais et militants politiques se sont plaints ces derniers mois d'avoir subi enlèvements, censure et menaces.

Ces pressions, comparées par certains à un "putsch silencieux", visaient selon eux à infléchir leur couverture de certains thèmes et partis avant le scrutin.

"Il est clair que l'armée essaie de créer une nouvelle génération de dirigeants", estime l'analyste Ayesha Siddiqa, spécialisée dans les questions de sécurité.

M. Bhutto s'est lui aussi plaint mi-juillet que tous les partis n'étaient pas traités "sur un pied d'égalité", avec plusieurs de ses candidats entravés dans leur campagne.

Imran Khan est à l'inverse perçu comme faisant l'objet d'un traitement de faveur, libre de faire l'article de son projet d'"Etat-providence islamique" dans tout le pays. Ses chances de diriger le pays sont aujourd'hui jugées meilleures que jamais.

Les militaires, qui ont gouverné le Pakistan pendant près de la moitié de son histoire, affirment pour leur part ne jouer "aucun rôle direct" dans les élections. Ils assureront toutefois la sécurité le jour du scrutin avec 370.000 soldats déployés.

Défis pressants

Mais la Commission pakistanaise des droits de l'Homme, un organisme public indépendant, s'est déclarée "gravement préoccupée par ce qu'elle voit comme des tentatives flagrantes, agressives et éhontées de manipuler le résultat des élections".

"Il y a désormais des bases solides pour douter de sa légitimité - avec des implications alarmantes pour la transition du Pakistan vers une réelle démocratie", a-t-elle ajouté.

Pour l'ancien diplomate pakistanais Husain Haqqani, "quel que soit leur résultat, les élections ne feront qu'accroître l'instabilité du Pakistan". "Ce seront des élections sans gagnant", estime-t-il.

Même s'il parvient à échapper à une nouvelle phase de turbulences, le pays fait face à de nombreux défis pressants.

Le plus aigu est sans doute son économie. Le prochain gouvernement devra agir très rapidement s'il veut enrayer le risque de crise de la balance des paiements et éviter ainsi de devoir requérir un nouveau prêt auprès du FMI, estiment les analystes.

A court et moyen terme, il devra aussi s'attaquer aux problèmes engendrés par le boom de sa population, conjugué à une raréfaction alarmante de l'eau disponible et aux conséquences du changement climatique.

Il lui reste aussi à venir à bout des problèmes d'extrémisme et d'islamisme toujours prégnants dans le pays en dépit de l'amélioration sécuritaire obtenue ces dernières années.

Avec AFP

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