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Guinée: l’ONU veut "un gouvernement de consensus"

Photo d’archives : des affiches montrant le président réélu de la Guinée, Alpha Condé, placardées dans un restaurant de Conakry - 17 octobre 2015.

Le représentant du secrétaire général de l'ONU pour l'Afrique de l'Ouest, Mohamed Ibn Chambas, a exhorté lundi à Dakar le président guinéen réélu Alpha Condé à former "un gouvernement de large consensus" pour favoriser la stabilité dans le pays.

La Cour constitutionnelle a proclamé samedi Alpha Condé vainqueur dès le premier tour de la présidentielle du 11 octobre face à sept autres candidats, confirmant les résultats annoncés deux semaines auparavant par la Commission électorale, contestés par l'opposition.

Mohamed Ibn Chambas, qui s'exprimait au cours d'une rencontre avec l'Association de la presse étrangère au Sénégal (APES), a rappelé que M. Condé avait rencontré le 23 octobre un des chefs de l'opposition, l'ex-Premier ministre Sidya Touré, arrivé en troisième position.

"J'espère que c'est juste le début d'une large consultation de la part du président pour un gouvernement de large consensus après sa victoire", a déclaré M. Ibn Chambas, jugeant que ce serait "bon pour la Guinée et pour la sous-région aussi".

Il y aurait ainsi "un peu plus de stabilité en Guinée", une nécessité "après Ebola, qui a créé beaucoup de problèmes au niveau de (son) économie", a-t-il estimé, en référence à l'épidémie qui s'est déclarée dans le pays en décembre 2013.

Fodé Oussou Fofana, directeur de campagne du chef de l'opposition Cellou Dalein Diallo, arrivé deuxième, a réaffirmé samedi soir que son parti ne reconnaîtrait "jamais les résultats de cette mascarade électorale".

"La démocratie a reculé dans notre pays, c'est dommage pour la Guinée", a-t-il déclaré à des journalistes.

Dès le lendemain du scrutin, les sept adversaires de M. Condé ont dénoncé une "mascarade" et refusé par avance d'en reconnaître les résultats. M. Diallo avait prévenu le 17 octobre qu'il ne saisirait pas la Cour constitutionnelle et avait promis d'appeler à des manifestations "le moment venu".

Rappelant le risque de violences lors de manifestations politiques en Guinée, le responsable de l'ONU a exhorté autorités et opposants à agir pour changer cette donne, mais aussi poursuivre le dialogue, et faire en sorte que les élections locales prévues en 2016 se tiennent dans un climat apaisé.

Il faut "que la Guinée arrive à être un pays où la manifestation sera pacifique, paisible", a-t-il dit, demandant "aux acteurs politiques de s'abstenir de toute instrumentalisation des clivages ethniques, et d'incitation à la violence".

D'après Amnesty International, au moins 13 personnes ont été tuées et environ 80 blessées dans les violences électorales en octobre en Guinée.

Avec AFP

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Le sortant Azali grandissime favori de la présidentielle aux Comores

Le président des Comores, Azali Assoumani, arrive à un bureau de vote lors du référendum constitutionnel, à Mitsoudje, près de Moroni, Comores, le 30 juillet 2018

Le président du petit archipel des Comores Azali Assoumani sollicite dimanche son maintien à la tête du pays dans un scrutin lourd de tensions avec l'opposition, qui l'accuse de dérive autoritaire et redoute un "hold-up électoral".

Au pouvoir depuis 2016, M. Azali, 60 ans, fait figure de grandissime favori au terme d'une campagne qu'il a écrasée de tous les moyens de l'Etat.

Sûr de sa force, le chef de l'Etat sortant a rassemblé vendredi plusieurs milliers de personnes dans la capitale Moroni autour du slogan "un seul jour, un seul tour, un seul homme". "Nous gagnerons cette élection dès le 24 mars", a-t-il assuré à ses partisans.

"Il a une vision pour le pays, lui seul est capable d'offrir un avenir meilleur à tous", s'est enthousiasmée une de ses fidèles, Fatoumia Alibazi, chapeau bleu à larges bords aux couleurs de son champion sur la tête.

La machine Azali s'est mise en marche avec la réforme constitutionnelle approuvée par référendum l'an dernier.

Très controversée, elle a étendu d'un à deux mandats de cinq ans la durée de la présidence attribuée successivement à chacune des trois îles de l'archipel (Grande-Comore, Mohéli, Anjouan).

Ce système a donné un coup de canif au fragile équilibre institutionnel instauré en 2001 pour mettre fin aux crises séparatistes et aux coups d'Etat à répétition qui agitaient l'archipel depuis son indépendance en 1975.

- 'Mascarade' -

L'opposition a hurlé au loup mais rien n'y a fait. Au contraire. M. Azali a riposté à la contestation en embastillant nombre de ses détracteurs, à commencer par son ennemi de toujours, l'ancien président Ahmed Abdallah Sambi, accusé de corruption.

Sur sa lancée, l'ex-putschiste, élu en 2016, a remis son quinquennat en jeu dès cette année. En cas de succès, il pourrait garder les rênes du pays jusqu'en 2029.

L'opposition espère bien l'en empêcher. Mais, prise de cours par l'accélération du calendrier politique, elle s'est lancée dans la bataille en ordre dispersé. Et la Cour suprême l'a encore fragilisée en écartant quelques-uns de ses champions de la route du président.

Patron de l'Union de l'opposition, l'ancien vice-président Mohamed Ali Soilihi a été interdit de scrutin. Assigné à résidence, il ne décolère pas.

"Cette élection est une grosse mascarade", se lamente-t-il. "Le scénario est écrit d'avance: le 24 mars au soir, il y aura une déclaration de victoire (d'Azali Assoumani) au premier tour, c'est un passage en force."

C'est l'antienne reprise par tous les adversaires du président. "Tout le monde est contre lui, si le scrutin est transparent, il ne peut pas gagner", assure lui aussi le candidat du parti Juwa, l'avocat Mahamoudou Ahamada, 48 ans. "Azali n'a d'autre choix que de voler les élections".

Plus que la crainte de fraudes, les partisans de l'opposition reprochent au pouvoir sortant la pauvreté persistante de la population et le train de vie des dirigeants du pays.

- 'Plus que Macron' -

"Tu ne peux pas m'expliquer que je vais avoir une vie sans électricité, sans eau. C'est pas possible", se lamente Mahmoud Mze, chômeur de 48 ans. "Et lui (M. Azali), il gagne 34.000 euros par mois, plus que (le président français Emmanuel) Macron. Ca ne va pas !"

Privée par la réforme de présidence tournante en 2021, l'île d'Anjouan, la plus pauvre de l'archipel, bouillonne.

En octobre, des civils armés hostiles au président ont fait le coup de feu avec l'armée pendant six jours à Mutsamudu, la capitale de l'île, avant de s'évaporer mystérieusement dans la nature.

En campagne à Anjouan, le colonel Soilihi Mohamed, dit "Campagnard" pour ses origines rurales, a mis en garde contre les risques d'un passage en force du président.

"Le peuple va s'exprimer par une révolution dans les urnes", prédit l'ancien officier, aussi raide que le sortant est bonhomme. Mais "si jamais le président tente de faire autrement, on risque une révolution populaire".

La menace fait sourire le ministre de l'Intérieur Mohamed Daoudou, qui promet "la transparence totale".

"Il y a trop de mensonges de l'opposition, notre pays n'est pas une dictature", déclare le secrétaire général de la Mouvance présidentielle, Ali Mliva Youssouf.

Plus de 800 observateurs de la société civile comorienne, financés par l'Union européenne (UE), sont annoncés dans les 731 bureaux de vote du pays pour garantir la régularité du scrutin. Les premiers résultats sont attendus lundi.

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