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Fragile cessez-le-feu en Libye

Les forces de sécurité libyennes patrouillent près du site d'une attaque contre un poste de contrôle dans la ville de Zliten, à 170 km à l'est de la capitale Tripoli, le 23 août 2018.

L'annonce par l'ONU d'un fragile cessez-le-feu près de Tripoli ne résout pas les dissensions entre les multiples groupes armés en l'absence d'une solution pérenne au chaos, dans un pays où la communauté internationale semble naviguer à vue, selon des analystes.

Malgré des échanges de tirs sporadiques dans la soirée de mardi, au sud de la capitale, ce cessez-le feu semble globalement respecté par les groupes armés impliqués dans les combats qui ont fait au moins 63 morts et 159 blessés depuis le 27 août, selon un nouveau bilan du ministère de la Santé.

Les analystes jugent toutefois cette trêve très précaire, et la Mission de l'ONU (Manul), qui affirme avoir rassemblé mardi tous les belligérants, a elle-même admis le caractère minimaliste de sa démarche.

La réunion "ne visait pas à résoudre tous les problèmes de sécurité de la capitale" mais à "s'accorder sur un cadre" pour des pourparlers plus larges, a-t-elle commenté.

Issu d'un accord politique libyen (APL) signé fin 2015 au Maroc sous l'égide de l'ONU, le Gouvernement d'union nationale (GNA) a échoué à mettre en place des forces de sécurité unifiées et a continué à s'appuyer sur des milices, pour sa sécurité et celle de la capitale.

Les grandes milices tripolitaines se sont dès lors transformées en cartels, infiltrant les cercles du pouvoir politique et de l'économie.

Il est en particulier reproché au GNA de ne pas avoir mis en oeuvre des "arrangements de sécurité" de l'accord de 2015, qui prévoyaient le départ des groupes armés des grandes villes et l'intégration des miliciens dans des forces de sécurité régulières.

"Statu quo insoutenable"

"Les combats ont bouleversé ce qui constituait un statu quo insoutenable à Tripoli", affirme à l'AFP Wolfram Lacher, chercheur à l'Institut allemand de politique internationale et de sécurité (SWP).

Co-auteur d'un récent rapport intitulé "capitale des milices", il relève que des groupes armés de certaines villes ont constaté leur mise à l'écart "dans l'accès aux richesses et au pouvoir" dans la capitale.

Les combats au sud de Tripoli ont ainsi opposé des groupes venus, notamment, de Tarhouna et de Misrata à des milices tripolitaines théoriquement sous l'autorité du GNA.

Pour M. Lacher, "bien que catastrophiques, les combats actuels ont aussi ouvert une fenêtre d'opportunité pour négocier des arrangements de sécurité plus durables à Tripoli".

Mais "cette opportunité peut se refermer rapidement", car "le cessez-le-feu est très fragile et le risque d'une nouvelle escalade est réel", prévient-il.

L’ONU "pourrait aider à superviser de tels arrangements", à la condition qu'ils se doublent de négociations politiques et du soutien actif des pays occidentaux, dit encore M. Lacher.

"Nouveau plan de sécurité"

Mais "il semble évident que la +communauté internationale+, après avoir failli à toutes ses obligations envers la Libye, est aujourd’hui impuissante et dépassée par les événements", affirme Karim Bitar, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

Tahar El-Sonni, un conseiller de Fayez al-Sarraj, le chef du GNA, a fustigé ceux qui ont "failli, selon lui, à leurs promesses" de mettre fin aux divisions, et demandé des comptes à ceux qui veulent saper le processus politique en Libye, sans mentionner de noms.

"Au-delà d'un cessez-le-feu immédiat, il faut maintenant un nouveau plan de sécurité pour la capitale et une forme de remaniement politique", juge Claudia Gazzini, du centre de réflexion International Crisis Group (ICG).

Omran Khalil, un analyste libyen, déplore toutefois la politique à courte vue de la communauté internationale dont la priorité est, selon lui, de "préserver ce qui reste du GNA".

Dans une déclaration commune publiée mardi soir, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France et l'Italie ont réaffirmé leur soutien à ce gouvernement.

Sept ans après la chute de la dictature de Mouammar Kadhafi au terme d'une intervention armée, ils n'en continuent pas moins de diverger sur les origines du chaos, et les moyens d'y remédier.

Mardi, le ministre italien de l'Intérieur, Matteo Salvini, a lancé une nouvelle charge contre Paris.

La France, qui pousse à l'organisation --illusoire à ce jour-- d'élections d'ici la fin de l'année, s'est défendue de toute visée personnelle sur l'ancienne colonie italienne, dont les ressources pétrolières aiguisent les convoitises.

Avec AFP

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Soudan: "accord" entre militaires et civils, aux contours encore vagues

Un des leaders de la contestation présents à la réunion, déclaré que les deux parties ont convenu de former un conseil conjoint.

Le Conseil militaire au pouvoir au Soudan a annoncé sans le préciser "un accord sur la plupart des exigences" présentées par les leaders de la contestation lors d'une réunion mercredi, qui s'est achevée avec la démission de trois membres de ce Conseil.

"Nous avons un accord avec la plupart des exigences présentées dans un document de l'Alliance pour la liberté et le changement (ALC)", a indiqué à la presse le général Shamseddine Kabbashi, porte-parole du Conseil militaire de transition, à l'issue d'une réunion entre les militaires et l'opposition, qui réclame un transfert du pouvoir à une autorité civile.

Un des leaders de la contestation présents à la réunion, Ahmed al-Rabia, a ajouté que les deux parties avaient également convenu de former un conseil conjoint, sans développer.

Quelques minutes après, dans un communiqué, le Conseil militaire a annoncé la démission de trois de ses membres, les lieutenants-généraux Omar Zain al-Abdin, Jalaluddin Al-Sheikh et Al-Tayieb Babikir.

A cette réunion participaient les militaires et les leaders de l'Alliance pour la liberté et le changement (ALC), qui regroupe les principales formations de la contestation. Elle s'est tenue en soirée au palais présidentiel, selon un vidéaste de l'AFP.

Ce Conseil militaire de transition est au pouvoir au Soudan depuis le renversement par l'armée du président Omar el-Béchir le 11 avril sous la pression de la rue.

Depuis, les relations entre militaires et manifestants ont connu des soubresauts. Les responsables du mouvement de contestation avaient annoncé dimanche la suspension des discussions avec le Conseil militaire, en raison de son refus de transférer le pouvoir immédiatement à une autorité civile.

Dans la journée de mercredi, lors d'une conférence de presse, un haut responsable de l'opposition, Omar el-Digeir, avait déclaré que les leaders de la contestation étaient prêts à parler directement avec le chef du Conseil militaire, le général Abdel Fattah al-Burhane. La réunion s'est déroulée ensuite.

Depuis le 6 avril, des manifestants sont rassemblés jour et nuit devant le quartier général de l'armée à Khartoum. Après avoir demandé dans un premier temps le départ du président, ils réclament désormais que les militaires abandonnent le pouvoir.

Mercredi, des centaines de personnes venues de la ville de Madani (centre) ont rejoint les manifestants dans la capitale en scandant "nous sommes venus de Madani et nous réclamons le pouvoir civil", selon des témoins.

Interrogé avant la réunion lors d'une conférence de presse sur les actions prévues en cas de refus du Conseil militaire d'accéder aux revendications des manifestants, l'un des leaders de la contestation, Siddiq Farouk, a menacé d'une "escalade". "Nous nous préparons à une grève générale" à travers le pays, a-t-il affirmé.

Ahmed al-Rabia, figure de l'Association des professionnels soudanais (SPA), fer de lance de la contestation, a lui appelé à une "marche d'un million de personnes pour jeudi".

Ayman Ali Mohamed, un manifestant, a indiqué mercredi qu'il prendrait part à cette marche. "Nous avons peur que le Conseil militaire nous vole la révolution, donc nous devons participer (aux manifestations) jusqu'à ce que que le transfert à un pouvoir civil soit achevé", a-t-il dit.

Pour la première fois, des juges devraient rejoindre les manifestants. Ils se mobiliseront "pour soutenir le changement et pour (réclamer) un système judiciaire indépendant", selon un communiqué diffusé mercredi par une association professionnelle de juges.

Dimanche, le général Burhane avait promis que l'armée répondrait dans la semaine aux demandes des manifestants.

La contestation au Soudan, déclenchée le 19 décembre après la décision du gouvernement Béchir de tripler le prix du pain, s'est rapidement transformée en contestation inédite du président aujourd'hui déchu et emprisonné, et plus largement du système en place.

- "Demande légitime" -

Le mouvement a reçu le soutien de Washington qui a dit appuyer "la demande légitime" des Soudanais d'un gouvernement dirigé par des civils.

"Nous sommes ici pour encourager les parties à oeuvrer ensemble afin de faire avancer ce projet au plus tôt", a déclaré mardi à l'AFP Makila James, responsable du département d'Etat américain chargée de l'Afrique de l'Est en visite à Khartoum.

"Le peuple du Soudan a formulé clairement sa demande", a-t-elle souligné. "Nous voulons le soutenir dans cela, c'est la meilleure voie pour aller vers une société respectueuse des droits humains".

Un responsable américain avait indiqué plus tôt en avril que les Etats-Unis étaient prêts à retirer le Soudan de leur liste des pays accusés de soutenir le terrorisme si le Conseil militaire engageait un "changement fondamental" de gouvernance.

Arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en 1989, M. Béchir a dirigé d'une main de fer un pays miné par une situation économique désastreuse et par des rébellions dans plusieurs régions. La Cour pénale internationale (CPI) a lancé des mandats d'arrêt contre lui pour "crimes de guerre" et "génocide" dans la région du Darfour (ouest).

Plusieurs pays africains réunis sous la houlette de l'Egypte ont appelé mardi à une "transition pacifique et démocratique" d'ici trois mois au Soudan, un délai plus long que les 15 jours accordés récemment par l'Union africaine (UA) aux militaires pour céder le pouvoir.

Avec AFP

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