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Ethiopie: la "ville des coureurs de fond" tente de distancer la pandémie


Addis Abeba, la capitale éthiopienne.

Il y a huit mois, Hanna Awugichew, qualifiée à 16 ans pour une compétition nationale sur 400 mètres, se voyait déjà en nouvelle étoile montante de la course éthiopienne, avec en tête la trajectoire de Kenenisa Bekele, une des idoles de leur ville Bekoji.

Mais cette trajectoire a été stoppée par la pandémie de coronavirus, qui a obligé les autorités à annuler l'épreuve et à instaurer un État d'urgence qui, entre autres, restreignait les conditions d'entraînement des athlètes.

"Nous nous étions préparés pour la compétition, bien entraînés, mais nous n'avons pas pu concourir en raison du coronavirus, c'était très décevant", dit-elle, ajoutant qu'elle était "très excitée de gagner".

Une histoire banale à Bekoji, une ville modeste située à 225 kilomètres au sud d'Addis Abeba, célèbre pour avoir enfanté des stars éthiopiennes de la course à pieds, qui ont collectivement raflé pas moins de 18 médailles olympiques.

Dimanche, Kenenisa Bekele, enfant chéri du coin et quintuple champion du monde, affrontera lors du marathon de Londres l’icône kényane et détenteur du record mondial sur cette distance Eliud Kipchoge.

Fatiya Abdi, qui entraîne Hanna Awugichew et 40 autres jeunes filles, espère que cet événement va sortir ses athlètes de la torpeur du coronavirus et amorcer un retour à la normale.

"La course dans laquelle Kenenisa va concourir motivera les habitants de la ville et les athlètes", dit-elle.

"Cela va encourager nos athlètes à travailler dur et les motiver à se préparer pour leurs propres compétitions."

Pour les centaines de jeunes, qui aspirent à mettre leurs pas dans ceux des grands noms de Bekoji - Derartu Tulu, Fatuma Roba ou Tirunesh Dibaba -, 2020 fut une année blanche, jusqu'à la levée de l’État d'urgence, et donc la reprise de l'entraînement, en septembre.

- S'entraîner seul -

En temps normal, les coureurs de Bekoji transforment chaque matin les forêts d'eucalyptus de la ville en gigantesque terrain d'entraînement. Rapides, les athlètes se faufilent entre les arbres, répondant aux injonctions de leur coach aux "genoux hauts", "jambes tendues" et autres exercices.

Mais cette institution s'est largement vidée dès l'arrivée du virus en Ethiopie, mi-mars.

"Lorsque le Covid est apparu nous avons pensé que ce serait fini une ou deux semaines plus tard", dit Fatiya Abdi. Elle a finalement passé des mois à tenter de maintenir un programme pour ses athlètes, sans les voir, mais en gardant le contact par téléphone.

"Je leur ai dit que ce coronavirus était mortel, mais que nous ne devions pas être négligentes sur notre entraînement", dit-elle.

Même s'ils étaient utiles, les appels "ce n'était pas la même chose", regrette Sada Adem, 17 ans, qui s'était qualifiée sur un 1.500 mètres au niveau national. Courir avec ses amies lui a également manqué.

"Quand on s'entraîne en groupe, on est en compétition contre ses partenaires, ça vous encourage", dit-elle.

- Un mystère -

Les prouesses des athlètes de Bekoji sur les longues distances sont légendaires et firent l'objet d'un documentaire primé de Jerry Rothwell, "La ville des coureurs", en 2012.

Mais la raison même de ce succès reste un mystère pour les résidents, qui avancent l'altitude -2.800 mètres au plus haut- ou encore le régime alimentaire local, riche en blé et en sorgho. Ces caractéristiques sont cependant loin d'être rares en Ethiopie, un paradis pour marathoniens.

Une autre explication serait le désir des jeunes de rééditer les exploits et les succès de leurs aînés.

C'est bien pourquoi Fatiya Abdi, l'entraîneure, désire tant la reprise de grands événements sportifs comme le marathon de Londres.

Dimanche, à Bekoji, l'excitation s'étendra d'ailleurs bien au-delà des seuls coureurs. Au Tola Cafe, l'un des deux endroits de la ville équipés de la télévision satellite, la course sera synonyme de caisse bien remplie.

Zeray Eshetu, l'un des serveurs, s'attend à ce qu'il y ait de l'électricité dans l'air pendant ce match Kenenisa Bekele-Eliud Kipchoge.

"Les gens deviennent très émotifs lorsqu'un athlète éthiopien gagne une compétition. Ils frappent dans leurs mains, ils sautent, ils crient, ils enlèvent leur tee-shirt et le font tourner", dit-il.

L'enfant du pays n'est cependant pas favori face au marathonien kényan, qui a déjà remporté 4 fois le marathon de Londres.

Mais Hanna Awugichew, qui aspire à devenir une star du 400 mètres, croit au triomphe du héros de Bekoji. "Dans cette course, notre athlète Kenenisa (Bekele) gagnera. J'en suis certaine."

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