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Etat de siège en RDC: en trois mois, "rien n'a changé"


Un véhicule blindé des FARDC, les troupes gouvernementales de la République Démocratique du Congo, lance un missile lors d'un combat contre des rebelles des ADF, près de Kokola, à 50km de Beni dans l'est du pays.

"Rien n'a changé !" L'immense espoir au début de l'état de siège décrété dans le Nord-Kivu et l'Ituri s’émousse trois mois après, à cause de l'incapacité de l'armée à briser le cycle des massacres dans l'est de la République démocratique du Congo.

Le président Félix Tshisekedi a recouru depuis le 6 mai à cette mesure exceptionnelle, la plus forte prévue dans la Constitution congolaise, pour faire face à une grave situation d'insécurité dans le pays.

Mais après 90 jours, "rien n'a changé. Il n'y a rien de nouveau qui a été entrepris", tranche le politologue Nice Mughanda, professeur des universités dans le Nord-Kivu.

"Le problème des effectifs se pose, les moyens sont limités et la logistique est faible", analyse Promesse Matofali Yonama, un élu provincial du Nord-Kivu.

- "La situation s'est dégradée" -

L'ensemble des groupes armés "ont tué 485 civils en Ituri et au Nord-Kivu" depuis le 6 mai, selon le décompte établi le 5 août par des experts du Baromètre sécuritaire du Kivu (KST en anglais), présents dans ces deux provinces de l'est et du nord-est de la RDC.

Le mouvement rebelle d'origine ougandaise Forces démocratiques alliées (ADF), présenté par le groupe État islamique (EI) comme sa branche en Afrique centrale (ISCAP), est responsable à lui seul de la mort de 254 civils, selon des chiffres du KST.

Les autres milices, notamment les rebelles hutu rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), sont responsables de 231 morts.

Le trimestre précédent, le KST a documenté "464 civils tués du 1er février au 5 mai 2021 par tous les groupes armés confondus" dans les deux provinces. A eux seuls, les ADF avaient massacré "225 personnes".

L'armée de son côté dresse en Ituri le bilan des miliciens tués depuis l'instauration de l'état de siège: 121, dont 32 ADF. A Beni, sur 39 miliciens tués, 31 sont des ADF.

L’Assemblée nationale, qui vient de renouveler pour la cinquième fois l'état de siège, a demandé à sa commission "Défense et sécurité" d'examiner les points forts et les faiblesses de cette mesure.

C'est "un fiasco qui ne devrait pas être renouvelé indéfiniment", s'est emporté Patrick Mundeke, cadre à Goma (nord-Kivu) du parti "Ensemble pour la République" de l'ex-gouverneur du Katanga et richissime homme d'affaires Moïse Katumbi.

"L'état de siège est un échec cuisant. Les gens continuent à être tués, les kidnappeurs opèrent de la même manière sans se faire prendre. La situation devient plus grave qu'avant", se désole Masika Salama, une étudiante de 25 ans de Beni.

"La situation s'est dégradée. Avant l'état de siège, on pouvait partir de Beni et arriver à Bunia. Pendant l'état de siège, il est devenu extrêmement dangereux d'effectuer le trajet. Le rayon des tueries s'est étendu. Les assaillants sont désormais actifs aussi dans l'Ituri au nord de Beni", martèle le professeur Mughanda.

-"Circonscrire l’état de siège"-

"Qu'on suspende cette mesure. On ne peut décréter l'état de siège avec une armée infiltrée, une armée indisciplinée, une armée avec des officiers qui détournent les rations et les soldes des militaires au front", s'indigne-t-il.

Une vingtaine d'officiers sont poursuivis par la justice militaire qui les accuse d'avoir détourné des fonds destinés à l'état de siège. Le gouvernement congolais a décaissé plusieurs dizaines de millions de dollars pour des opérations dans les deux provinces, selon un haut gradé.

"Il faut circonscrire l’état de siège dans les territoires de Beni (Nord-Kivu) et Irumu (Ituri)" où sont commis plus d'atrocités, préconise le député provincial Promesse Matofali Yonama.

Il n'y a guère qu'à Goma, où le banditisme urbain est le quotidien des habitants, qu'on est satisfait: "Depuis l'instauration de l'état de siège, il y a moins de tueries, moins de cambriolages et on n'entend plus des coups de balles chaque nuit", déclare Hussein Ally Compani, chauffeur de taxi-moto dans le chef-lieu du Nord-Kivu.

Un cadre du parti présidentiel UDPS à Goma, Augustin Kapila, estime également que "l'armée fait un bon travail". "Il y a des groupes neutralisés et d'autres se rendent. Nous encourageons aujourd'hui l'armée à continuer dans ce sens", se réjouit-il.

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