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Enquête sur le secteur minier : la Tanzanie suspend un journal


Les présidents de la Tanzanie Jakaya Kikwete (2005-2015), à droite, et Benjamin Mkapa (1995-2005). Photo : 13 décembre 2005.

Les autorités tanzaniennes ont suspendu pour deux ans un hebdomadaire ayant relayé des accusations liant deux anciens présidents à des contrats miniers ayant valu au pays des pertes de plusieurs milliards d'euros, a annoncé le ministère de l'Information du quatrième producteur d'or du continent africain.

Une commission d'enquête réclamée par le président John Magufuli a estimé lundi à 75 milliards d'euros les pertes fiscales liées aux fraudes autour de l'exploitation minière depuis 1998, principalement en raison de la non déclaration de revenus par des sociétés étrangères, et pointé du doigt des contrats d'exploitation largement défavorables à l'Etat tanzanien.

Jeudi, l'hebdomadaire Mawio, critique envers le gouvernement, a publié en première page les photos de Jakaya Kikwete (2005-2015) et Benjamin Mkapa (1995-2005), avant de reprendre en page 12 l'intégralité d'une intervention à l'Assemblée nationale du député d'opposition Tundi Lissu.

Dans cette intervention intitulée "Lissu: Mkapa, Kikwete, comment y échappent-ils?", M. Lissu soutient que les principaux responsables de ces contrats controversés sont MM. Kikwete et Mkapa, et appelle à ce que les deux anciens présidents soient entendus dans le cadre d'une enquête ouverte sur la question.

Le ministère de l'Information a estimé, dans un communiqué publié jeudi soir, que Mawio accuse les deux hommes "alors que les enquêtes de deux commissions mises en place par le président ne les mettent nullement en cause", et ordonne dès lors à l'hebdomadaire de "suspendre la publication du journal sur papier ou sur internet pour une durée de 24 mois à compter de la date de notification de la décision".

Mercredi, M. Magufuli avait menacé de "mesures sévères" les journaux qui "s'efforcent" selon lui d'accuser MM. Kikwete et Mkapa d'avoir joué un rôle dans la signature de ces contrats. Son ministre de la Justice Palamagamba Kabudi avait rappelé que les ex-présidents bénéficient d'une immunité contre des poursuites pour d'éventuels manquements durant leurs mandats.

A la suite de la publication des rapports sur le secteur minier, le président Magufuli avait ordonné la révision des textes de loi régissant l'attribution des contrats d'exploitation et demandé à la justice d'interroger, voire poursuivre, les ministres des Mines et de la Justice ayant signé au cours des dernières années ces contrats défavorables à l'Etat.

Mawio avait déjà été frappé d'interdiction, finalement levée par la justice, pour sa couverture de la crise politique à Zanzibar après les élections de fin 2015.

Le sous-sol tanzanien est riche en minerais. Outre l'or, le pays exporte également du cuivre, du nickel, de l'argent, des diamants et d'autres pierres précieuses comme la Tanzanite.

Avec AFP

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