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Elections test au Kenya, îlot de stabilité dans une région tourmentée


Un chauffeur de moto-taxi attend des clients devant un mur recouvert d'affiches de campagne à Kisumu, dans l'ouest du Kenya, le 16 juillet 2022.

Durant ses dernières semaines à la tête du Kenya, le président Uhuru Kenyatta a joué plus que de coutume les médiateurs dans la Corne de l'Afrique, multipliant les interventions dans les crises en Somalie, en République démocratique du Congo ou en Éthiopie.

Faute de pouvoir briguer un troisième mandat, il s'apprête à quitter ses fonctions et les alliés du Kenya scrutent avec inquiétude la manière dont s'écrira le prochain chapitre de l'histoire du pays, devenu point un d'ancrage démocratique dans une région stratégique mais instable.

L'élection présidentielle du 9 août alimente les interrogations chez les observateurs et les diplomates, notamment autour d'une passation de pouvoir pacifique dans un pays qui a connu plusieurs crises post-électorales.

Les deux principaux candidats, William Ruto et Raila Odinga, se sont engagés à respecter le résultat des urnes. Mais tous deux ont été accusés d'inciter à la violence lors de précédents scrutins et les capitales occidentales redoutent le pire dans une élection qui s'annonce serrée.

Nouvelle puissance diplomatique

Le Kenya est devenu une épaule sur laquelle les partenaires étrangers se sont appuyés dans une Afrique de l'Est instable.

"Les États faibles, les États en conflit, ne peuvent pas jouer le rôle de point d'ancrage diplomatique", estime Cameron Hudson, du Centre pour les études stratégiques et internationales (CSIS) Afrique. Selon lui, le Kenya a endossé ce rôle de "nouvelle puissance diplomatique" autrefois dévolu à l'Ethiopie.

Pour ce faire, Uhuru Kenyatta est intervenu dans des crises où des institutions régionales telles que l'Union africaine (UA) et l'organisation régionale est-africaine Igad – historiquement proches d'Addis Abeba - ont tardé à agir.

Fin 2021 par exemple, quand une avancée des rebelles tigréens approchait de la capitale éthiopienne, Uhuru Kenyatta s'est rendu à l'improviste sur place pour exhorter le Premier ministre Abiy Ahmed à trouver une solution pacifique.

En juillet, les rebelles ont posé comme condition à d'éventuels pourparlers de paix qu'ils se tiennent sous l'égide de Kenyatta, et non de l'UA dont le siège est à Addis Abeba.

Sur le plan international également, le Kenya a cherché à étendre son influence. En février, contrairement à la position équivoque d'autres États africains, Nairobi a fermement condamné l'invasion russe en Ukraine au Conseil de sécurité de l'ONU.

Emissaire de confiance

Ce type d'intervention a été chaleureusement accueilli par les partenaires étrangers, et notamment les Etats-Unis. Washington a des troupes stationnées dans le pays, un allié capital dans la lutte contre les islamistes radicaux dans la Somalie voisine.

Les Etats-Unis considèrent Kenyatta comme un émissaire de confiance dans des crises régionales où ils peinent à faire bouger les choses, décryptent des analystes.

"Il est probablement le dirigeant africain avec qui le président américain a le plus parlé", commente M. Hudson, selon qui Washington a "beaucoup investi pour s'assurer que la stabilité se poursuive après ces élections".

Courant 2022, William Ruto et Raila Odinga ont voyagé à Londres et Washington pour assurer aux décideurs politiques que Nairobi continuerait à jouer un rôle central dans la région.

Si les diplomates jugent peu probable un revirement de politique étrangère, ce dossier ne sera cependant "pas une priorité", assure Macharia Munene, professeur d'histoire et de relations internationales à l'Université internationale des États-Unis à Nairobi. "Je ne pense pas que Raila ou Ruto aient une passion pour ce genre de choses", contrairement à Uhuru Kenyatta, commente-t-il.

Le nouveau président aura de toute manière "d'autres chats à fouetter" que de panser les plaies de la région.

La principale économie d'Afrique de l'Est est en effet criblée de dettes et son prochain gouvernement sera sous la pression des bailleurs internationaux pour réduire les subventions populistes récemment accordées pour atténuer les effets de l'inflation.

"Nous sommes juste préoccupés par le temps que le Kenya pourra consacrer à la politique étrangère et à la médiation régionale s'il est accaparé par tant de dossiers au niveau national", souligne Meron Elias, analyste au centre de réflexion International Crisis Group.

Nervosité

La stature internationale du Kenya était entamée lorsqu'Uhuru Kenyatta a pris ses fonctions en 2013. Il a été inculpé de crimes contre l'humanité par la Cour pénale internationale, tout comme William Ruto, pour leur rôle présumé dans des violences post-électorales en 2007.

Ces affaires ont été abandonnées en 2016, après ce que la procureure générale eut dénoncé comme "une campagne d'intimidation des témoins" qui aurait contraint à un non-lieu.

Certains craignent aujourd'hui que "les relations qui se sont améliorées ces dernières années ne déraillent à nouveau" après le 9 août, glisse sous couvert anonymat un analyste américain et observateur chevronné des élections au Kenya. Selon lui, "tout le monde est évidemment nerveux".

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