Liens d'accessibilité

Dernières nouvelles

Au moins 10 civils tués dans une attaque des rebelles ADF dans l'est de la RDC


Des soldats des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) près d'un lance-roquettes à Matombo, à 35 km au nord de Beni, au Nord-Kivu, le 13 janvier 2018.

Dix civils ont été tués dans la nuit de dimanche à lundi par des présumés rebelles ougandais des forces démocratiques alliées (ADF) dans le territoire de Beni, dans l'est de la République démocratique du Congo.

Peu avant 19h, sous une forte pluie, un groupe d’assaillants a fait incursion dans le village de Mbau alors que les habitants sillonnés encore dans les ruelles de cette agglomération située à environ 20 kilomètres du centre-ville de Beni sur la route qui mène vers l’aéroport de Mavivi.

Au total, au moins dix civils dont deux femmes ont été tués, deux blessés et plus d'une dizaine d'autres portés disparus.

Par ailleurs, 8 kiosques et boutiques ainsi que deux officines pharmaceutiques et plusieurs habitations ont été littéralement pillées par les rebelles, rapporte la société civile locale signalant aussi l’incendie d’une voiture taxi-brousse de passage près de ce village.​

>> Lire aussi : Première comparution du chef des ADF en Ouganda

L'attaque intervient une semaine après l'ouverture du procès en Ouganda du chef des ADF Jamil Mukulu.

Des habitants en colère

La société civile et les habitants accusent l'armée d'avoir réagi en retard pour contrer les rebelles.

"Nous dénonçons l'inefficacité de l'armée et des services de sécurité de notre pays. Les ADF sont arrivés à 18h30, ils ont opéré alors que l'armée est à moins de 500 mètres" du lieu de cette attaque, a dit à l'AFP Teddy Kataliko, de la société civile de Beni.

Les Forces armées de la RDC (FARDC) "ne sont pas loin de nous, ils sont arrivés en retard quand la population était déjà tuée. Nous ne comprenons pas que les gens soient tués alors que l'armée est toute proche", a déploré Emery Nzanzu, un habitant de Mbau, joint au téléphone.

Les ADF "sont entrés sans être inquiétés alors que les FARDC étaient là et n'ont pu stopper les rebelles, nous demandons des explications. C'est inacceptable", renchérit Pascal Safari, un autre habitant de 39 ans.

>> Lire aussi : Deux Casques bleus de la Monusco portés disparus en RDC

Un prêtre catholique de la région constate: "Cette situation choque et gène. Les militaires ne combattent pas, ils répliquent au lieu d'anticiper. On ne voit pas l'impact des opérations militaires. L'ennemi n'est pas loin d'ici, il menace toujours, le danger est permanent".

Faillite des services de sécurité

Créés en 1989 pour défendre les droits de musulmans s'estimant bafoués par le régime de Kampala, les ADF ont été progressivement repoussés vers l'ouest par l'armée ougandaise, et se sont s'installées dans l'est de la RDC, une région riche en ressources naturelles et en proie à de nombreux conflits armés.

Les membres de ce groupe à l'idéologie méconnue, mystérieux et repliés sur eux-mêmes, sont accusés par les autorités congolaises et la Mission des Nations unies au Congo (Monusco) d'avoir tué plusieurs centaines de civils depuis 2014 dans la région de Beni.

Cette version a été remise en cause en 2015 par le Groupe d'études sur le Congo de l'Université de New York, selon lequel les responsabilités sont partagées entre les ADF et d'autres éléments armés, dont des soldats des FARDC.

Les ADF sont également accusés de la mort de quinze Casques bleus tanzaniens dans la région de Beni en décembre 2017.

Leur chef, Jamil Mukulu a clamé son innocence le 14 mai à l'ouverture de son procès pour crime contre l'humanité devant la justice ougandaise.

"Je ne suis pas un meurtrier. Ils veulent nous assassiner", a-t-il lancé.

Jamil est en détention provisoire depuis juillet 2015, après son extradition de la Tanzanie où il avait été arrêté quelques mois auparavant.

"Les attaques attribuées aux ADF en République démocratique du Congo prennent place dans un contexte très opaque, où toute une série d'acteurs armés dissimulent leurs actions sous le drapeau des ADF", a récemment déclaré à l'AFP Kristof Titeca, un expert de l'université d'Anvers (Belgique).

Depuis le début de l'année, l'armée mène des opérations contre les ADF et les milices congolaises dans le Nord et le Sud-Kivu. L'est de la RDC est le théâtre de conflits armés depuis une vingtaine d'années.

Votre avis

Voir les commentaires

XS
SM
MD
LG