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Centrafrique

Des chefs rebelles nommés "conseillers militaires" auprès du gouvernement centrafricain

Les FACA en entrainement à Bangui, en Centrafrique, le 17 août 2018. (VOA/Freeman Sipila)

Trois importants chefs rebelles de Centrafrique ont été nommés "conseillers spéciaux militaires" à la primature, selon un décret présidentiel rendu public lundi.

Ces nouveaux conseillers sont Ali Darassa, chef de l'Unité pour la paix en Centrafrique (UPC), Mahamat Alkatim, chef du Mouvement patriotique pour la Centrafrique (MPC) et Bi Sidi Souleymane (alias Sidiki), chef du groupe armé 3R (Retour, réclamation, réconciliation).

Ils seront chargés auprès du Premier ministre Firmin Ngrebada de la mise en place des unités spéciales mixtes prévues par le dernier accord de paix de Khartoum, signé le 6 février à Bangui.

Ces unités seront composées de membres des Forces armées centrafricaines (Faca) et des groupes armés qui contrôlent 80% du territoire de Centrafrique, afin d'en assurer la sécurité.

D'autres responsables rebelles ont également été nommés conseillers spéciaux à la primature, dont Adama Chaïbou du MPC, chargé des relations avec le monde arabe.

Le décret précise que "les conseillers spéciaux ont rang et prérogatives de ministres délégués".

Gaetan Kongo, "citoyen engagé pour la renaissance durable et la modernisation de la Centrafrique", a jugé sur son compte Twitter qu'en nommant notamment Ali Darassa, le président Faustin Archange Touadéra "vient de franchir la ligne rouge. La justice tant attendue par le peuple ne sera jamais rendue".

Vendredi, le président Touadéra avait désigné un nouveau gouvernement accordant davantage de portefeuilles aux groupes armés signataires de l'accord de Khartoum, sans toutefois leur confier de ministère régalien.

L'annonce au début du mois d'un nouveau gouvernement après la signature de l'accord de Khartoum, avait soulevé une vague de protestations de la part des groupes armés qui réclamaient davantage de ministères pour leurs représentants.

L'Union africaine (UA) avait alors convoqué à Addis Abeba une réunion de suivi entre les autorités et les quatorze groupes armés signataires de l'accord, pour tenter de le sauver.

Au terme de cette réunion, les signataires de l'accord de paix s'étaient entendus sur un nouveau gouvernement inclusif.

L'accord de Khartoum, signé le 6 février, soutenu par tous les partenaires de Bangui et préparé depuis 2017 par l'UA est le huitième signé depuis le début de la crise marquée par le renversement en mars 2013 du président François Bozizé.

Aucun des précédents accords n'a abouti à un retour de la stabilité, pas plus que la présence de la Minusca (Mission des Nations unies pour la stabilisation de la Centrafrique) déployée en 2014 et forte de 11.000 Casques bleus.

Riche en ressources naturelles, la Centrafrique est déchirée par la guerre depuis 2013. Près d'un quart de ses 4,5 millions d'habitants ont dû fuir leur domicile.

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Libération d'un leader de la société civile arrêté jeudi

Le président de la République centrafricaine Faustin-Archange Touadera donne une conférence de presse à Bangui, le 11 avril 2018.

Le porte-parole d'une organisation de la société civile de Centrafrique, arrêté après que son ONG eut publié un communiqué appelant à marcher contre "la haute trahison" du chef de l'Etat, a été libéré, a rapporté lundi l'ONG.

"Il a été libéré ce dimanche à 21h sur ordre du procureur général", a déclaré à l'AFP Auguste Sinclair Gbogbo, membre du Groupe de travail de la société civile sur la crise centrafricaine (GTSC).

"Ils l'ont libéré dans la nuit et n'ont pas donné de raison", a-t-il ajouté.

Paul-Crescent Beninga, porte-parole du GTSC et l'une des voix de la société civile banguissoise, avait été transféré à la police judiciaire (PJ) après son arrestation jeudi.

Il avait été "mis aux arrêts pour atteinte à la sûreté de l'Etat suite à la signature d'un communiqué le 10 avril", selon le procureur à l'AFP vendredi.

Son organisation avait appelé à marcher le 15 pour "dire non à la haute trahison du chef de l'Etat", Faustin Archange Touadéra, après la nomination de "chefs rebelles mercenaires au sein de la haute administration" centrafricaine.

Le GTSC dénonçait également la "prise en otage de la République" par les mêmes "rebelles mercenaires".

Un accord de paix a été signé début février entre les 14 groupes armés opérant en Centrafrique et les autorités.

Un nouveau gouvernement a été nommé après l'accord et, au terme de nouvelles négociations faisant suite à un mécontentement des groupes armés, l'équipe gouvernementale a de nouveau été remaniée fin mars.

Dans la dernière équipe en place, de nombreux chefs ou représentants de groupes armés ont glané des postes ministériels ou de conseillers - sans toutefois être nommés aux portefeuilles régaliens.

Dans son communiqué du 10 avril, le GTSC estimait qu'"Ali Darassa et Alkatim, respectivement mercenaires nigérien et tchadien, continuent de massacrer nos populations dans l'arrière-pays".

Les deux hommes, chefs de guerre influents, ont été nommés conseillers militaires à la Primature.

Malgré l'accord de paix, le huitième depuis le début de la crise en 2013, plusieurs affrontements ont eu lieu dans le pays depuis sa signature.

Début avril, l'ONU a lancé une opération militaire d'envergure contre un groupe armé de l'ouest du pays.

Riche en ressources naturelles, la Centrafrique est déchirée par la guerre, qui a forcé près d'un quart des 4,5 millions d'habitants à fuir leur domicile.

Au nom de la paix, un chef de guerre à la tête de Bambari

Jean-Pierre Lacroix, secrétaire général adjoint de l'ONU pour les opérations de paix, Khartoum, Soudan, le 24 janvier 2019.

Ali Darassa, chef de l'un des groupes armés de Centrafrique, vient d'être investi par l'ONU et Bangui comme autorité militaire à Bambari, ville stratégique du centre du pays où son groupe armé fait régner depuis 2014 la violence et la guerre.

L'image est saisissante: sous le soleil de Bambari, le chef de guerre, rebelle banni de la ville qui arbore quatre étoiles de général (auto-proclamé), monte les marches de la mairie pour y être officiellement nommé conseiller ministériel.

Sur la photo, se tiennent à ses côtés Jean-Pierre Lacroix, secrétaire général adjoint de l'ONU pour les opérations de paix, Smaïl Chergui, commissaire à la paix et la sécurité de l'Union africaine, et Firmin Ngrebada, Premier ministre.

Cette intronisation en grande pompe s'est faite selon l'accord de paix signé début février: comme Darassa, une dizaine d'autres chefs ou représentants de groupes armés ont été nommés à des postes de responsabilité.

Mais au delà du poste, dans ce centre de la Centrafrique qu'il contrôle depuis plusieurs années, la nomination d'Ali Darassa "signifie qu'il prend la tête de Bambari avec l'accord de Bangui", explique une source onusienne.

Présente en masse à la cérémonie lundi, "la population était enervée", explique à l'AFP le maire de la ville, Abel Matchipata. "Le conflit a fait beaucoup de victimes et beaucoup d'exactions, on a beaucoup de mal avec les groupes armés".

Fin janvier encore, l'Unité pour la paix en Centrafrique (UPC), groupe d'Ali Darassa accusé de centaines d'exactions depuis sa création en 2014, a croisé le fer avec les troupes d'élite de la Mission de l'ONU en Centrafrique (Minusca) à Bambari.

Ces combats, auxquels se sont ponctuellement joints des Mirage 2000 français venus de N'Djamena, ont eu lieu quelques jours seulement avant le début des pourparlers de paix.

"Il s'est assuré une place de choix aux négociations", continue la source onusienne. L'UPC, de fait, y a glané un poste de premier rang pour son chef: conseiller spécial militaire à la Primature, en charge des unités spéciales mixte de sécurité de la zone de Bambari, son fief.

- 'pas d'autre alternative' -

A Bambari, le maire est inquiet mais reste lucide: "nous n'avons pas d'autre alternative que d'accepter les accords de (paix de) Khartoum, il faut faire des concessions, c'est le seul moyen si on veut la paix".

Des concessions, pourtant, l'ONU n'en avait pas faites en mars 2017 en chassant de Bambari Ali Darassa, qui y avait établi le QG de l'UPC.

Les Nations unies avaient fait de la ville leur "vitrine de la paix", montrant aux journalistes et bailleurs de fonds le retour de "l'autorité de l'Etat", matérialisée par un procureur et quelques gendarmes.

Mais "l'UPC était restée dans la ville, en faisant profil bas", selon un rapport onusien fin 2018.

De fait, le groupe armé n'y a jamais cessé de prélever des "taxes" sur les achats et vente de bétail, sur l'extraction minière, ou plus simplement au passage de ses multiples check-points.

Peu à peu, en 2018, son emprise militaire est redevenue omniprésente. Des hommes armés de l'UPC ont recommencé à "patrouiller" en ville.

Et en mai, la guerre a repris le dessus. Les combats se sont multipliés, l'UPC a attaqué la gendarmerie, le commissariat, la paroisse, des bases de l'ONU, celles de plusieurs ONG...

En juin, un convoi de l'armée passant en ville a été pris pour cible à l'arme lourde par les hommes d'Ali Darassa.

A chaque éruption de violences, des civils ont perdu la vie. Parfois par dizaines, par centaines.

Du fait de sa puissance militaire, Darassa, est revenu par les armes dans cette ville carrefour stratégique des routes vers le nord et l'est du pays.

Alors, officialiser son leadership sur la ville entérine "le sacrifice de l'exigence de justice", selon le spécialiste de la Centrafrique Thierry Vircoulon, qui estime que la "tolérance zéro contre l'impunité" prônée par l'ONU est devenue une "tolérance zéro contre la justice".

"Il existe un risque réel que ces nouveaux conseillers ou ministres agissent dans le but d'accroître le pouvoir militaire et financier de leurs groupes armés", ajoute la chercheuse Nathalia Dukhan, du think-thank américain Enough Project, inquiète que cette "cohabitation puisse finir par imploser".

Pour Ali Darassa, désormais chef légalisé des "brigades mixtes" armée/groupes armés pour la zone de Bambari, la cohabitation nécessitera de composer avec ses anciens ennemis, dont les milices antibalaka de la zone.

"Tous les chefs de la zone vont aller en formation à Bangui, et, si ils sont bien formés, ça ira pour Bambari", veut croire, un cadre de la gendarmerie de la ville.

Avec AFP

La Russie va envoyer 30 militaires renforcer les troupes de la mission de l'ONU en Centrafrique

La Russie va envoyer 30 militaires renforcer les troupes de la mission de l'ONU en Centrafrique
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La Russie va renforcer le contingent de l'ONU en Centrafrique

Manifestations devant le siège de la Minusca à Bangui en République centrafricaine le 11 avril 2018.

La Russie va envoyer 30 militaires renforcer les troupes de la mission de l'ONU en Centrafrique (Minusca), selon les termes d'un décret signé lundi par le président russe Vladimir Poutine.

"Le ministère de la Défense va envoyer jusqu'à 30 militaires en tant qu'officiers de liaison, observateurs militaires et officiers d'état-major", précise ce décret publié sur le portail officiel.

En février, un accord de paix a été signé entre Bangui et 14 groupes armés qui contrôlent une partie du pays et se disputent le contrôle de ses ressources.

La Minusca, forte de 12.000 soldats, est déployée depuis 2014 en Centrafrique mais n'a pas su endiguer un nouveau cycle de violences depuis fin 2016 et reste souvent prise à partie.

La Russie a de son côté fait une entrée remarquée depuis un an dans cet ancien "pré-carré" français: elle a livré des armes aux Forces armées centrafricaines (Faca) et assure désormais la sécurité du président Faustin-Archange Touadéra.

En juillet 2018, trois journalistes russes qui enquêtaient sur la présence de mercenaires russes en RCA ont été assassinés dans des circonstances troubles.

La Centrafrique est déchirée par la guerre depuis 2013. Près d'un quart de ses 4,5 millions d'habitants ont dû fuir leur domicile.

Le programme DDR doit se poursuivre partout en Centrafrique affirme le président Touadéra

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