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Des émeutes ravivent la controverse autour de la redistribution des terres en Afrique du Sud


Émeutes sur la pêche et les questions foncières à Hout Bay, Le Cap, Afrique du Sud, le 14 septembre 2017. (Photo REUTERS/Mike Hutchings)

La question de la reforme foncière est revenue au-devant de l’actualité en Afrique du Sud avec des émeutes lundi au Cap, la deuxième plus grande agglomération du pays, selon les médias locaux.

Au moins 25 personnes ont été arrêtées et un agent de police a été blessé lors de ces affrontements, rapporte l'agence de presse IOL.

A l'origine, une tentative de la mairie de déloger par la force des squatters qui occupaient des terrains vagues depuis environ deux semaines.

La mairie a été sévèrement critiquée pour cette action, mais le maire de la ville, Dan Plato, a battu en brèche ces critiques, dénonçant ce qu’il considère comme une "invasion illégale", d’après IOL.

M. Plato, 59 ans, a été élu en 2018 sous la bannière du parti d'opposition Alliance démocratique (DA), qui contrôle la province du Cap-Occidental.

Le gouvernement central, qui est contrôlé par le Congrès national africain (ANC), est intervenu dans l’affaire. La ministre sud-africaine chargée du foncier, Lindiwe Sisulu, a annoncé mardi qu'elle comptait tenir une réunion avec M. Plato pour essayer de trouver une solution durable, selon la SABC.

Entre temps, la Commission sud-africaine des droits de l'homme a intenté une action en justice pour demander le gel des expulsions tant que le pays est en confinement lié au coronavirus. Une audience est prévue en août.

Vestiges de l'apartheid

La question de l'attribution des terres est un vieux problème qui remonte au temps de l'apartheid.

En 1913, le gouvernement dirigé par la minorité blanche avait adopté la loi sur les terres des autochtones (Natives Land Act), qui officialisait le délogement par la force des milliers de familles noires pour les relocaliser dans des townships sans planification urbaine et dépourvus de services municipaux tels que l'électricité, l'eau courante ou un système de traitement des eaux usées.

Cette loi, que le gouvernement actuel décrit comme le "péché originel" du pays, avait également plafonné à 7 % la superficie du pays que la population noire, pourtant majoritaire, pouvait occuper. Ce plafond a été porté à 13 % en 1936, selon les archives officielles du gouvernement sud-africain.

Du côté du gouvernement, rééquilibrer la distribution des terres est un énorme défi. Si l'on s'accorde à dire que le statu quo ne peut pas continuer, il n’y a cependant pas de consensus sur la voie à suivre.

Selon l’article 25 de la constitution sud-africaine de 1996, l’État est autorisé à reprendre des terres à des propriétaires privés en échange d’une compensation "juste et équitable". La signification de l’expression "juste et équitable" alimente les débats sur la question foncière.

A une extrémité, le parti Front de la liberté plus (FF+), bastion des Afrikaners conservateurs, estime que chaque mètre carré devrait être acheté au prix fort. A l’autre extrémité, il y a les Combattants pour la liberté économique (EFF), le parti de Julius Malema, qui propose que "toutes les terres" soient rétrocédées, sans compensation, à l’État qui se chargera de les redistribuer selon une formule équitable.

L’ANC tente de trouver le juste milieu. Depuis un an environ, des audiences foraines sont organisées par le Parlement dans tout le pays. Les citoyens viennent donner leur opinion sur la réforme foncière qui est désormais inévitable. La synthèse de ces consultations sera présentée par une commission parlementaire dont le mandat a été prolongé jusqu'au 31 décembre, selon le quotidien Business Day.

Quoi qu'il arrive, "l'affaire finira devant les tribunaux", prédit le journal.

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