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"Ces vérités qui nous mentent", une plume à cœur ouvert


Photo de couverture du livre "Ces vérités qui nous mentent"

En République Démocratique du Congo, en cette fin d’année 2017, l’attention de tout un peuple est focalisée sur les institutions nationales. Non sans raison, car le débat public tourne autour de l’alternance à la tête de l’Etat et d’un processus électoral qui inquiète. C’est le moment que choisit par Laurent Kasindi, jeune Congolais de l’est du pays, pour proposer un livre dont le discours rappelle qu’au bas de la pyramide congolaise se trouvent près de 80 millions d’âmes.

Ces vérités qui nous mentent est un livre écrit pourtant pendant 4 ans, enfanté dans la frustration des guerres et le désarroi qu’elles génèrent au sein d’une génération qui n’a que trop connu ça.

Laurent Kasindi joint par Solange Nyamulisa
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"Au tout début, l’idée n’était pas d’écrire un livre, mais juste une envie incontrôlable de laisser s’échapper, à travers les écrits, un trop-plein de frustration", raconte le jeune auteur à VOA Afrique.

Tout commence en fin d’année 2012, lorsque la ville de Goma tombe sous le contrôle d’un groupe rebelle, le M23. Laurent Kasindi est alors en poste dans la cité d’Uvira, comme jeune humanitaire, près de 400km au sud de Goma, dans la province du Sud-Kivu.

Lui qui a vu commencer ces guerres en 1996 et qui a dû s’enfuir dans la forêt avec sa famille, se retrouve à nouveau assailli par un flot de rumeurs, d’informations et de désinformations qui créent la panique, la peur et le désespoir.

"Pourquoi toujours nous ? Qu’avons-nous-fait pour mériter ceci ?", ces questions envahissent son esprit. " Ce soir-là, j’étais particulièrement frustré, je me suis senti perturbé et toutes ces réflexions me donnaient le sentiment que j’allais exploser, je n’arrivais pas me à contrôler, j’ai alors décidé d’allumer mon ordinateur et de commencer à écrire",déclare-t-il.

Ce soir-là, Laurent passe une bonne partie de la nuit à écrire. De son propre aveu, c’était plutôt émotionnel, un cri du cœur, des pensées sans construction logique préalable.

"Le lendemain, j’ai relu ces 6 premières pages écrites dans la nuit, j’ai alors pensé que si quelqu’un d’autre m’avait tenu ce discours, si un autre m’avait parlé dans ce sens, cela aurait réveillé quelque chose en moi » raconte-t-il.

Il a alors montré ces premières pages à quelques amis qui l’ont encouragé à continuer et à en faire un livre.

Pendant quatre ans, de 2012 à 2016, l'auteur s’est donc mis à l’œuvre, sans empressement ni agenda.

Profitant de ses voyages multiples dans les provinces de son pays, il s’inspire de scènes de la vie courante pour porter un regard nouveau sur le mal congolais. Il évoque l’histoire, il décortique le présent, il regarde l’avenir de la RDC qui se tisse déjà dans une routine populaire, convenue, imperceptible, mais pas inoffensive.

A travers ce livre, Laurent KASINDI veut léguer un message différent à la "génération de la guerre" en RDC, ces jeunes nés après 1996 et qui n’ont connu que les bruits de bottes.

Par exemple et il le démontre dans son livre, depuis son enfance, on leur parle de son pays comme d’un pays riche, un "scandale géologique".

Cela envoie le message que le Congolais ont déjà tout, il ne reste qu’à s’asseoir quelque part et à commencer la cueillette.

"Ces richesses minières sont une vérité mais qui nous mentent parce que cela nous entretient dans une sorte d’illusion que nous avons déjà tout obtenu de la nature et qu’il ne nous reste qu’à attendre que les autres viennent travailler pour nous. L’ironie est que justement ces autres arrivent, ils exploitent nos ressources, et après nous leurs tendons la main. C’est comme faire de la mendicité sur ce qui t’appartient, parce que tu es trop paresseux pour bouger le petit doigt. Cela m’a semblé être une vérité qui nous ment et il y en a beaucoup d’autres", précise à VOA Afrique l’auteur.

A travers ce livre, Laurent tient un langage diffèrent de ce que les Congolais entendent chaque jour. Il rappelle que les théories du complot contre le peuple congolais n’exonèrent pas celui-ci de prendre en main son destin, il dénonce les flatteries qui entretiennent le laisser-aller, il écorche les gains faciles, le rejet de toute responsabilité, la résignation coupable.

Ce livre rappelle le rôle de la famille et de la communauté de base qui "produit" les dirigeants congolais de demain.

Il interpelle les associations des jeunes et les mouvements d’étudiants que l’auteur connaît bien pour en avoir appuyé plusieurs : "L’on y voit déjà le microcosme de la vie politique nationale, cette tendance au gain facile, la tribalisation du pouvoir, le manque de confiance entre partenaires, des gens qui ne tiennent pas leur parole ; l’on y voit déjà cette culture de ne pas rendre compte lorsqu’on a de postes de responsabilités, cette tendance à s’accrocher au pouvoir, etc", explique Laurent.

En bref, il développe un discours qui est adressé à lui-même, à ceux de sa génération et aux plus jeunes : " Peut-être que dès le départ, nous nous sommes posés les mauvaises questions, il est alors grand temps que nous nous posions les bonnes questions. Pendant que tout le débat au pays est focalisé sur ceux qui sont à la tête de l’Etat, l’alternance, la constitution, je pense qu’il y a un débat qui devrait être encore plus important dans la société, une discussion de fond pour préparer le Congo dont nous rêvons, et ceux qui porteront ce rêve. Car, peu importe ce qui va arriver, ceux qui dirigeront demain ont 15 ans aujourd’hui", conclu-t-il.

Avant même sa sortie officielle, prévue pour janvier 2018, le tout premier essai de Laurent Kasindi déjà qualifié par les premiers lecteurs de "livre que chaque congolais devrait lire".

Edité à compte d’auteur aux éditions Mary Bro Foundation basées à Londres, ce livre est distribué en R.D.Congo et en international par un comité de soutien formé spontanément par une dizaine de jeunes congolais établis à travers le monde. Ceux-ci y voient une opportunité de prouver que, contrairement au préjugé, les Africains savent reconnaître et exploiter la valeur d’un livre qui leur parle.

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