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Côte d'Ivoire

Grâcié, Laurent Gbagbo veut plus: l'amnistie avant 2025

Laurent Gbagbo et son successeur et rival le président ivoirien Alassane Ouattara.

Dans un souci d'apaisement, le président ivoirien Alassane Ouattara a accordé sa grâce à son prédecesseur et rival Laurent Gbagbo, condamné dans son pays à 20 ans de prison, mais celui-ci veut plus: l'amnistie dans la perspective de la présidentielle de 2025.

Si la grâce permet au condamné de ne pas devoir purger sa peine, elle ne l'annule pas contrairement à l'amnistie: une épée de Damoclès reste donc suspendue sur la tête M. Gbagbo, au cas où il serait candidat à la prochaine élection présidentielle de 2025, une personne condamnée ne pouvant pas se présenter.

"La grâce présidentielle telle qu'elle est donnée est déjà un pas, mais ce n'est pas ce que nous attendions", a réagi Justin Koné Katinan, porte-parole du Parti des peuples africains-Côte d'Ivoire (PPA-CI) de Laurent Gbagbo. "Nous voulons l'amnistie".

Laurent Gbagbo, 77 ans, acquitté en mars 2021 par la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye - où il a été détenu pendant près de dix ans - pour son rôle dans la crise post-électorale sanglante de 2010-2011, est rentré à Abidjan peu après, avec le feu vert du président Ouattara.

La crise, qui a fait quelque 3.000 morts, était née de son refus de reconnaître la victoire d'Alassane Ouattara à la présidentielle de fin 2010. Sans jamais avoir été inquiété depuis son retour, il restait sous le coup dans son pays d'une condamnation à 20 ans de prison pour le "braquage" de la Banque centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest (BCEAO) en 2011.

Condamnation intervenue en 2018 alors qu'il était emprisonné à La Haye et dont il estime qu'elle "ne repose sur aucun fait réel".

La grâce qu'a annoncée M. Ouattara à l'occasion de la célébration de la fête de l'indépendance le 7 août, s'est accompagnée du dégel des comptes et du paiement des rentes viagères de M. Gbagbo, président de 2000 à 2010, soit des centaines de milliers d'euros.

Ces mesures, ainsi que la libération de deux figures de l'appareil militaire de son régime, emprisonnées pour leur rôle dans la crise 2010-2011, ont été prises après une rencontre entre MM. Ouattara et Gbagbo mi-juillet, à laquelle participait aussi un autre ex-président, Henri Konan Bédié.

Selon M. Katinan, Laurent Gbagbo "n'a jamais demandé de grâce présidentielle", mais, a-t-il ajouté, "nous sommes dans un processus" de dialogue politique "qui doit aller jusqu'au bout pour arriver à l'amnistie".

Une décision "soupesée"

La décision d'accorder la grâce plutôt que l'amnistie a été mûrement réfléchie et "soupesée" par le chef de l'Etat qui sait mieux que quiconque que "cela créera des difficultés constitutionnelles à Gbagbo pour être candidat", juge Jean Alabro, analyste politique indépendant à Abidjan.

L'amnistie pour M. Gbagbo et pour tous ceux, civils et militaires, encore emprisonnés depuis la crise de 2010-2011, est une des recommandations du dialogue politique initié par le gouvernement.

Dans un pays à l'histoire récente marquée par la violence politique, ce dialogue rassemble gouvernement, partis et organisations de la société civile, et doit permettre que les prochains élections - locales de 2023 et présidentielle de 2025 - se déroulent sans violence.

Le dégel des comptes de M. Gbagbo, le paiement des arriérés de ses rentes viagères et la libération des deux militaires, ont été bien accueillis par son camp qui réclame cependant la libération de "tous les prisonniers civils et militaires", soit encore une trentaine de personnes.

Le maintien en prison de militaires ayant servi un Laurent Gbagbo acquitté par la CPI, est la raison invoquée par ses proches pour expliquer son absence aux célébrations de la fête de l'indépendance à Yamoussoukro, capitale politique ivoirienne, à laquelle lui et Henri Konan Bédié avaient été invités par le président Ouattara.

"Il était difficile pour le président Gbagbo d'aller assister au défilé de l'armée nationale" alors que "des soldats qui ont servi sous ses ordres sont encore en prison", selon le porte-parole du PPA-CI. M. Bédié, lui aussi absent, a invoqué des "raisons personnelles".

MM. Ouattara, Gbagbo et Bédié, âgés respectivement de 80, 77 et 88 ans, tour à tour alliés et rivaux, écrasent la vie politique ivoirienne depuis trente ans, mais "ils n'ont plus de souffle", juge Jean Alabro.

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La forêt du Banco, un vaste parc forestier en plein cœur d'Abidjan

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La forêt du Banco, un site naturel exceptionnel en plein cœur d'Abidjan, est peu à peu redécouverte par les habitants.

Depuis New York, la Cédéao annonce des sanctions contre la junte en Guinée

Le colonel Mamady Doumbouya (au centre) quitte une réunion avec des représentants de la CEDEAO à Conakry, le 17 septembre 2021.

En plus de "sanctions progressives" contre les dirigeants guinéens, la Cédéao va aussi envoyer trois chefs d'État au Mali pour obtenir la libération des 46 militaires ivoiriens détenus depuis juillet.

Les dirigeants des Etats ouest-africains, réunis en sommet extraordinaire jeudi à New York, ont annoncé des "sanctions progressives" contre la junte militaire en Guinée face à l'inflexibilité des militaires sur une date de retour des civils au pouvoir.

Les leaders des pays de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao, 15 pays membres) se sont enfermés plusieurs heures à huis clos dans un hôtel new-yorkais, en marge de l'Assemblée générale de l'ONU, dans un climat tendu entre certains de ses membres et autour de multiples crises qui secouent le sous-continent.

A l'issue du sommet, "nous avons décidé de prendre des sanctions contre la Guinée", a annoncé à l'AFP le président de la commission de la Cédéao, Omar Aliou Touray.

Selon un document résumant cette réunion de chefs d'Etat, consulté par l'AFP, "il a été arrêté la prise de sanctions progressives sur des individus et contre la junte guinéenne".

"Très rapidement, le président en exercice de la Cédéao et le président de la commission de la Cédéao vont établir une liste de personnes à sanctionner et, de manière graduelle, appliquer ces sanctions", selon ce texte.

Crise Mali/Côte d'Ivoire

Autre crise en Afrique de l'Ouest: une querelle ouverte en juillet entre le Mali et la Côte d'Ivoire après que Bamako a arrêté des soldats ivoiriens. Tous les dirigeants ouest-africains --à l'exception du Mali, de la Guinée et du Burkina Faso dirigés par des juntes et suspendus de la Cédéao-- ont réclamé la libération de 46 militaires ivoiriens encore détenus au Mali.

Le colonel Mamady Doumbouya à Bamako
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"Mardi (27 septembre, NDLR), la Cédéao dépêchera au Mali les présidents du Ghana, du Togo et du Sénégal pour obtenir leur libération. (...) L'heure des coups d'Etat est révolue", a martelé Omar Aliou Touray.

C'est la Côte d'Ivoire qui avait appelé il y a huit jours à la tenue d'un sommet "dans les meilleurs délais" devant l'aggravation du contentieux avec le Mali, réclamant même des sanctions contre son voisin.

Le président ivoirien Alassane Ouattara est considéré comme l'un des moins conciliants vis-à-vis de la junte malienne. Les relations se sont détériorées avec l'arrestation des soldats ivoiriens à leur arrivée à Bamako le 10 juillet.

Ils devaient, selon Abidjan et l'ONU, participer à la sécurité du contingent allemand des Casques bleus au Mali mais Bamako a dit les considérer comme des "mercenaires" venus attenter à la sûreté de l'Etat.

Invectives de la Guinée

Quant au dossier guinéen, le sommet de New York a été précédé par des invectives de la junte à Conakry.

Elle a dénigré jeudi avec virulence un sommet très loin de l'Afrique et a critiqué le président en exercice de la Cédéao, le Bissau-Guinéen Umaro Sissoco Embalo. Ce dernier avait prévenu dès mercredi que la Guinée (Conakry) allait au devant "de lourdes sanctions" si la junte persistait à vouloir se maintenir au pouvoir pendant trois ans.

L'Afrique de l'Ouest a vu se succéder les coups de force de colonels et de lieutenants-colonels en moins de deux ans: putsch le 18 août 2020 au Mali, nouveau fait accompli parachevant le premier le 24 mai 2021, putsch le 5 septembre 2021 en Guinée, putsch le 24 janvier 2022 au Burkina Faso.

La Cédéao, alarmée du risque de contagion dans une région vulnérable, multiplie les sommets, les médiations et les pressions pour abréger les périodes dites de transition avant un retour des civils à la direction de leur pays. Elle est confrontée à des autorités qui n'entendent pas lâcher les commandes de sitôt.

Les nouveaux gouvernants en uniforme invoquent la gravité des crises auxquelles ils sont confrontés, sécuritaire au Mali et au Burkina, sociale et politique dans les trois pays. Ils veulent avoir le temps nécessaire à ce qu'ils présentent comme leur entreprise de "refondation" de leur Etat, et à l'organisation d'élections crédibles.

La Cédéao a infligé en janvier un sévère embargo commercial et financier au Mali. La junte dirigée par le colonel Assimi Goïta s'est depuis engagée sous la pression à organiser des élections en février 2024, et la Cédéao a levé l'embargo.

La junte guinéenne avait été parmi les rares à se solidariser avec le Mali face aux sanctions, et avait maintenu les frontières ouvertes. Son chef, le colonel Mamady Doumbouya, sortant du pays pour la première fois depuis septembre 2021, a pris part jeudi au côté de son homologue malien, le colonel Assimi Goïta, aux célébrations du 62e anniversaire de l'indépendance malienne.

Il faut désormais 8,5 de moyenne pour éviter l'exclusion en Côte d'Ivoire

Il faut désormais 8,5 de moyenne pour éviter l'exclusion en Côte d'Ivoire
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En Côte d’Ivoire, les élèves ont repris le chemin de l’école et ceux n’auront pas plus de 8,5 de moyenne à la fin de l’année scolaire, seront exclus préviennent les autorités.

Une rentrée scolaire sous pression pour les élèves ivoiriens

Avant la rentrée, le ministère a rappelé une règle interdisant à tout élève ayant moins de 8,5 de moyenne de poursuivre son cursus.

Les élèves ivoiriens ont repris cette semaine le chemin de l'école, avec une épée de Damoclès au dessus de la tête: ceux qui ont auront moins de 8,5 de moyenne seront exclus en fin d'année. Une mesure ancienne qui réapparaît dans l'espoir de rehausser le niveau.

Dans le quartier populaire d'Adjamé, au cœur d'Abidjan, c'est l'effervescence devant de petites échoppes de fournitures scolaires. Dans ces "librairies par terre" où l'on vient échanger des manuels scolaires d'occasion pour quelques centaines de francs CFA (moins d'un euro), un sujet revient sur toutes les lèvres des parents d'élèves.

Rentrée scolaire: en Côte d'Ivoire, 44 "collèges de proximité" pour les zones reculées
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Avant la rentrée, le ministère de l’Éducation nationale a rappelé une règle, tombée en désuétude ces dernières années, interdisant à tout élève ayant moins de 8,5 de moyenne de poursuivre son cursus.

"Qu'est ce qu'on va faire des élèves qui seront exclus? C'est trop drastique!", s'alarme Mariam Eïd, une mère de trois enfants. "On va en faire des bandits! On veut que l'enseignement soit à la hauteur, mais pas à pas", poursuit-elle, tout en vérifiant que le livre de mathématiques usé qu'elle achète n'a pas de page manquante.

Mais au collège Pierre Amondji d'Adjamé, dont la maxime "Qui cherche la perfection obtient l'excellence" est affichée en lettres capitales sur les murs de la cour, la mesure est plutôt bien accueillie parmi les élèves. "Je trouve ça positif, ça va nous amener à redoubler d'efforts et travailler plus", estime Djénébou, qui passe le bac en fin d'année.

"C'est une bonne mesure, le but c'est d'améliorer nos connaissances et sortir avec une bonne formation", renchérit son camarade de classe Seydou. Mais ce dernier espère que la mesure n'encouragera pas la fraude et notamment le chantage aux bonnes notes aux examens exercé par certains enseignants.

"Certains professeurs sont difficiles...les notes sont très basses et pour passer en classe supérieure on est obligés de négocier avec eux", explique cet élève de Terminale.

Pas exclus du système scolaire

La ministre de l’Éducation Nationale, Mariatou Koné qui vit sa deuxième rentrée à ce poste défend de son côté ce tour de vis. "C'est une mesure qui existe depuis les années 70 et qu'on rappelle pour inciter les élèves au travail et lutter contre la médiocrité", explique t-elle à l'AFP. "Les élèves ne seront pas exclus du système scolaire. Il y a des passerelles avec l'enseignement technique et la formation professionnelle", ajoute t-elle espérant "rassurer les parents".

"On ne doit laisser personne de côté. L’État doit réorienter ces élèves dans la formation d'autres métiers. Tous nos enfants sont utiles dans le développement du pays", insiste Claude Kadio Aka, président de l'Organisation des parents d'élèves et étudiants de Côte d'Ivoire (Opeeci).

L'objectif de ces nouvelles réformes est assumé par la ministre: "remonter le niveau" de l'école ivoirienne et revaloriser les diplômes. Signe de ce durcissement, ces deux dernières années le taux de réussite au bac flirte autour des 30% contre 45% les années précédentes.

"Nos enfants sont dans des classes élevées et ne savent même pas écrire une phrase élémentaire", soupire Christelle Okingni qui a quatre enfants scolarisés et qui salue l'initiative. Mais la "mesure des moyennes" ne suffira pas à bouleverser un système scolaire qui manque cruellement de moyens.

"Les élèves se soulèvent régulièrement pour dénoncer le manque de salles de classes et de tables", dénonce un professeur de français d'un établissement de Bouaké (centre), la deuxième ville du pays, qui préfère rester anonyme. Il n'est en effet pas rare en Côte d'Ivoire de trouver des salles de classes avec 60, voire 80 élèves. Et le manque de professeurs ampute parfois l'année scolaire de plusieurs semaines.

"L'an dernier, nous avons eu un professeur de mathématiques et de sciences physiques seulement après le premier trimestre, ce n'est pas bien pour nous les élèves", déplore Aya, une élève de 5e du collège moderne de Bouaké.

La question de la gratuité se pose également plus que jamais, à l'heure où l'inflation mondiale n'épargne pas les ménages modestes ivoiriens. Officiellement, l'école publique ivoirienne est gratuite, mais le prix des fournitures, uniformes et cartables grève rapidement le budget. Sans compter des frais d'inscription illégaux parfois demandés par certains établissements.

Mercredi, le gouvernement a notamment annoncé la distribution gratuite de 6 millions de manuels scolaires et 5,3 millions de kits de fournitures ainsi que la mise à disposition de 167.000 tables.

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