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Les inégalités raciales mettent à mal le mythe d'un Brésil métissé

Popole Misenga, judoka et réfugié de la RDC s'entraîne près de chez lui à Rio de Janeiro, au Brésil le 27 mai 2016.

Au Brésil, pays qui entretient le mythe d'une nation métissée harmonieuse, plus sa couleur de peau est foncée, moins une personne a de chances d'accéder à des postes de responsabilité.

Lundi, le pays célèbre la journée de la Conscience noire avec de nombreuses manifestations culturelles mais aussi des débats pour changer les mentalités, notamment au sein des entreprises.

Les chiffres sont implacables : selon l'Institut Brésilien de Géographie et Statistiques, parmi les 54% de Brésiliens noirs ou métis, seuls 5% occupent des postes d'encadrement.

Parmi les 10% des Brésiliens les plus riches, 70% sont blancs, tandis que 74% des Noirs font partie des 10% les plus pauvres. Dans les médias, les Noirs sont sous-représentés, dans la publicité les mannequins de couleur très rares.

Des inégalités qui sautent aux yeux dans la vidéo du "jeu du privilège blanc", lancée récemment par l'ONG ID_BR (Identités du Brésil).

Inspirée d'une expérience de BuzzFeed aux Etats-Unis, elle a été vue par 1,2 million d'internautes sur Facebook et reproduite dans plusieurs émissions télévisées.

Les règles du jeu sont simples: des lignes horizontales sont tracées au sol et les participants doivent faire un pas en arrière si les réponses à des questions posées signalent qu'elles sont victimes d'une inégalité -- ou en avant dans le cas contraire.

Les questions touchent la condition sociale, la vie au sein de la famille ou le niveau niveau d'études, mais aussi le racisme au quotidien, comme "avez-vous déjà entendu des commentaires désobligeants au sujet de vos cheveux?".

Au Brésil, une expression populaire qualifie une chevelure crépue de "cheveux mauvais".

Invariablement, à la fin du jeu, les Noirs se retrouvent en dernière ligne.

Discrimination positive

"Le privilège blanc, c'est de jouir d'une série d'avantages par rapport aux autres sans s'en rendre compte", explique à l'AFP Giovana Freitas, historienne de l'Université Fédérale de Rio de Janeiro (UFRJ).

Un sondage de l'Institut Locomotiva montre par exemple que les hommes noirs diplômés universitaires gagnent en moyenne 29% de moins que les Blancs à qualification égale, 27% de moins pour les femmes.

"Si les Noirs gagnaient les mêmes salaires que les Blancs, 808 millions de réais (215 milllions d'euros) de plus seraient injectés dans l'économie", affirme Renato Meirelles, président de Locomotiva.

Depuis l'instauration de quotas dans les universités sous un gouvernement de gauche, il y a près de 15 ans, la proportion de Noirs et métis ayant accédé à l'enseignement supérieur est passé de 8% à 27%.

"Toutes ces politiques de discrimination positive ont commencé à faire effet, mais ces personnes diplômées ont encore beaucoup de mal à trouver leur place sur le marché du travail", déplore Esteban Cipriano, responsable des programmes d'éducation d'ID_BR.

Groupes de discussion

L'ONG agit auprès des entreprises pour qu'elles embauchent davantage de Noirs et de métis. Elle travaille par exemple avec Maria Filo, une griffe de vêtements de Rio de Janeiro impliquée l'an dernier dans une vive polémique à cause d'une collection aux motifs qui représentaient des scènes évoquant l'esclavage.

"Notre regard a changé grâce au dialogue. Tout le monde est plus attentif", explique Isabel Beaklini, responsable marketing de la griffe de vêtements.

Elle fait partie d'un groupe d'une douzaine d'employés de l'entreprise qui se réunissent avec ID_BR pour des débats mensuels autour de la couleur de peau.

"Certaines de ces réunions nous ont même amenés à renoncer à des campagnes qui auraient pu être jugées offensantes" pour les personnes de couleur, reconnaît Isabel Beaklini.

"Quand le groupe a été créé, j'étais émue parce que j'ai enfin pu m'exprimer sur des thèmes qu'on n'abordait pas auparavant", déclare Catia Fernandes, responsable produit de la griffe, une des deux personnes noires de l'entreprise qui participent à cette initiative.

Les mentalités commencent à évoluer, mais les questions raciales restent la source de nombreuses controverses.

Une marque a lancé récemment un papier hygiénique de couleur noire, avec comme slogan "Black is Beautiful".

Face au tollé, la campagne de publicité a été annulée et l'actrice (blanche) qui posait nue enroulée dans le papier noir a fait son mea culpa sur Twitter.

La semaine dernière, un célèbre présentateur de journal télévisé a été suspendu. Gêné par le son d'un klaxon, il avait glissé, sarcastique: "ça, c'est un truc de Noir", alors que la caméra tournait, avant un direct.

Avec AFP

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Le groupe État islamique revendique les attentats de Pâques au Sri Lanka

Enterrement d'une victime des attentats-suicides dans un cimetière près de l'église Saint-Sébastien à Negombo, au Sri Lanka, le 23 avril 2019.

Le groupe jihadiste État islamique (EI) a revendiqué mardi les attaques suicides contre des églises et hôtels de luxe qui ont fait plus de 320 morts et 500 blessés le dimanche de Pâques au Sri Lanka, attentats parmi les plus meurtriers depuis le 11 septembre 2001.

"Les auteurs des attaques ayant visé des ressortissants des pays de la Coalition (anti-EI) et les chrétiens au Sri Lanka avant-hier sont des combattants de l'EI", a annoncé l'organisation jihadiste sur son agence de propagande Amaq.

Des kamikazes ont provoqué un carnage le dimanche de Pâques dans trois hôtels de luxe et trois églises, en pleine messe, à Colombo et ailleurs dans le pays. Les autorités ont attribué le bain de sang au mouvement islamiste local National Thowheeth Jama'ath (NTJ), qui ne l'a pas revendiqué, et cherchent à savoir s'il a bénéficié d'un soutien logistique international.

Les éléments de l'enquête dont l'AFP a eu connaissance mardi permettent d'éclaircir la chronologie et les circonstances de ces Pâques sanglantes.

Sur les huit explosions de bombes au total ce jour-là, les six premières, en début de matinée, sont des attentats suicides contre trois églises et trois hôtels de luxe, le Cinnamon Grand Hotel, le Shangri-La et le Kingsbury. Deux explosions ultérieures, survenues en début d'après-midi à Colombo, sont le fait de suspects qui se sont donné la mort pour échapper à l'arrestation.

Deux frères sri-lankais musulmans, figurant parmi les kamikazes, ont joué un rôle-clé dans ce déchaînement de violence, au cours duquel un autre attentat suicide a échoué dans un quatrième hôtel de luxe à Colombo, ont révélé mardi des sources proches de l'enquête.

Selon les policiers, ces deux frères, d'une vingtaine d'années et dont les noms n'ont pas été révélés, opéraient une "cellule terroriste" familiale et jouaient un rôle-clé au sein du NTJ. Les enquêteurs ignorent toutefois encore si les attaques sont le fait de cette seule "cellule", ou d'équipes séparées mais coordonnées.

Un quatrième hôtel de luxe de la capitale sri-lankaise, adjacent aux trois frappés, figurait sur la liste des objectifs du dimanche de Pâques. Pour une raison inconnue, le sac à dos rempli d'explosifs du kamikaze chargé de cette cible n'a pas explosé et il a pris la fuite, ont indiqué des sources policières à l'AFP.

Cerné par les forces de l'ordre quelques heures plus tard dans la banlieue sud de Dehiwala, le suspect s'est alors fait exploser, causant la mort de deux passants. À peu près au même moment, dans le nord de la ville, à Orugodawatta, la femme d'un des frères kamikazes a actionné des explosifs lorsque les forces de l'ordre sont arrivées à leur résidence familiale, tuant avec elle-même ses deux enfants et trois policiers.

- Larmes et deuil -

Le Sri Lanka a rendu mardi un hommage poignant aux 321 morts des attentats, selon un nouveau bilan. Parmi les tués figurent au moins 39 étrangers - dont une personne de nationalité française, selon Colombo - et 45 enfants et adolescents.

L'île de 21 millions d'habitants est restée silencieuse durant trois minutes à 08H30 locales (03H00 GMT), heure de la première explosion d'un kamikaze deux jours auparavant, à l'église catholique Saint-Antoine de Colombo.

Des Sri-Lankais laissaient libre cours à leur douleur mardi lors de messes en hommage aux morts de ces attentats, les pires violences qu'ait connu le pays depuis, il y a dix ans, la fin de la guerre civile entre la majorité cinghalaise et la rébellion indépendantiste tamoule.

Anéantis, des proches de victimes s'effondraient dans les bras de leurs voisins.

"Nous n'avons pas ressenti une telle tristesse depuis la guerre", a assuré Rashmi Fernando, une femme de 36 ans, qui participait à l'une de ces cérémonies.

Le gouvernement a décrété une journée de deuil national. Les magasins vendant de l'alcool sont fermés, les drapeaux sont en berne et les radios et télévisions doivent adapter leur programmation musicale.

À l'église Saint-Antoine, des dizaines de personnes ont prié en silence, des bougies à la main, certaines retenant à grand peine leurs larmes. À l'issue des trois minutes de silence, la foule a entamé une prière à voix haute.

À une trentaine de kilomètres plus au nord, dans la localité de Negombo, une messe commémorative a eu lieu à l'église Saint-Sébastien, autre lieu d'un attentat suicide. Des cercueils étaient portés à tour de rôle sur des tables, devant des proches secoués de sanglots.

"Il y a tant de corps que nous ne pouvons pas les présenter tous en même temps", a expliqué à l'AFP Anthony Jayakody, évêque auxiliaire de Colombo qui célébrait la messe.

- Rivalités au sommet de l'État -

Les premiers éléments de l'enquête montrent que ces attentats ont été commis en représailles au récent massacre des mosquées de Christchurch en Nouvelle-Zélande (50 morts), a annoncé mardi le vice-ministre sri-lankais de la Défense Ruwan Wijewardene.

L'organisation NTJ avait fait il y a dix jours l'objet d'une alerte diffusée aux services de police, selon laquelle elle préparait des attentats suicides contre des églises et l'ambassade d'Inde à Colombo.

D'après le porte-parole du gouvernement, cette alerte n'avait pas été transmise au Premier ministre Ranil Wickremesinghe ou à d'autres ministres de haut rang. Un élément qui pourrait relancer la crise au sommet de l'État sri-lankais.

La police est en effet de la juridiction du président Maithripala Sirisena, en conflit ouvert avec son chef de gouvernement. Il l'avait limogé à l'automne mais avait été forcé de le réinvestir après sept semaines de chaos politique. Les deux têtes de l'exécutif se vouent une animosité réciproque.

Environ 1,2 million de catholiques vivent au Sri Lanka, un pays majoritairement bouddhiste (70%) qui compte aussi 12% d'hindous et 10% de musulmans.

Les ambassades étrangères au Sri Lanka ont recommandé à leurs ressortissants d'éviter tout déplacement non impératif. Les États-Unis ont, dans leurs conseils aux voyageurs, évoqué la possibilité de nouvelles attaques.

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