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Avec le stand-up, l'Arabie saoudite dévoile son sens de l'humour

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, Riyadh, le 26 novembre 2017.

Sur une scène à Ryad, des comédiens amateurs se succèdent un à un pour se moquer du monde - et d'eux-mêmes - en proposant au public une forme de spectacle quasi inconnue en Arabie saoudite: le stand-up.

La semaine dernière, la foule s'est pressée lors de ce rare festival de comédie organisé par l'Autorité générale du divertissement, le principal moteur des réformes sociales récemment engagées dans ce royaume ultraconservateur.

A travers un festival Comic-Con ou des concerts de musique, y compris d'artistes féminines, cet organisme s'est donné pour objectif de faire oublier la réputation austère du royaume et de familiariser les Saoudiens à un concept novateur: s'amuser en public.

"Je suis dentiste au chômage", lance sur scène Battar al-Battar, 26 ans. "Mes prières ont été exaucées, je vois beaucoup d'appareils dentaires dans le public", enchaîne-t-il devant un auditoire souriant.

Peu après, un petit homme corpulent tourne en dérision les relations hommes/femmes dans le royaume patriarcal.

"J'ai appelé ma fiancée pour lui dire: +Ecoute, c'est moi l'homme, si j'en bave, tu en baves aussi+. Elle a raccroché. Une semaine s'est écoulée, je n'ai pas eu de nouvelles", raconte-t-il.

"Paniqué, je lui ai envoyé un texto: +En fait, c'est pas moi l'homme, reviens!+" Dans le public, hommes et femmes --assis dans des sections séparées-- éclatent de rire.

- 'Effet purifiant' -

Ce festival, sous forme de compétition, ne serait pas inhabituel s'il n'avait pas lieu en Arabie saoudite, davantage réputée pour ses exécutions au sabre et son application rigoriste de la charia.

"Les Saoudiens ne sont pas connus pour avoir le sens de l'humour", affirme à l'AFP Yasser Bakr, membre du jury du festival et fondateur du premier club de comédie du royaume.

Pourtant, "ils aiment rire, les chiffres ne mentent pas", réplique-t-il, faisant défiler une liste de vidéos humoristiques sur l'application YouTube de son smartphone, chacune avec des centaines de milliers de vues.

Le festival se présente comme une rare tentative d'ouvrir au grand public la comédie de stand-up.

Car à part une poignée de stars locales de YouTube, les artistes saoudiens font face au manque de théâtres, de sociétés de divertissement et à l'absence de sensibilisation du public à toute forme d'art.

"Beaucoup de gens pensent que la comédie se résume à des blagues sur le sexe, nous essayons de changer ça", explique Jubran al-Jubran, directeur du festival. "L'Arabie Saoudite doit cultiver cet art, la comédie a un effet purifiant, elle nettoie l'âme. C'est un soulagement de rire de nos propres problèmes".

Mais lors du festival, le public n'était qu'à moitié amusé par certaines blagues grinçantes ou de bas étage.

Aucun des participants n'a abordé ce qui est généralement considéré comme des lignes rouges dans le royaume: sexe, religion et politique.

Certains déconstruisent néanmoins subtilement de vieux stéréotypes associés aux Saoudiens et d'autres osent se moquer des élites.

"Quand je suis arrivé à Ryad, j'avais peur qu'ils m'enferment au Ritz", plaisante Rakain al-Zafer, provoquant des ricanements dans le public. L'opulent hôtel Ritz-Carlton est devenu une prison dorée pour des dizaines de princes, ministres et magnats du business arrêtés dans une opération anticorruption sans précédent.

- 'Détruire l'extrémisme' -

Les comédiens sont tous des hommes mais les organisateurs du festival assurent que des femmes participeront l'année prochaine, malgré l'opposition possible des milieux conservateurs.

Le festival s'inscrit dans le cadre de l'ambitieux plan de réformes mené par Mohammed ben Salmane, le puissant prince héritier qui a réduit l'influence de la police religieuse opposée à des événements mixtes.

Devant l'impopularité des réductions de subventions pour contrer la baisse des prix du pétrole, le prince semble vouloir accorder davantage de libertés sociales et développer les divertissements.

Les Saoudiens eux-mêmes semblent surpris par ces changements, notamment la décision autorisant les femmes à conduire à partir de juin 2018 et la réouverture des salles de cinéma.

La semaine dernière, le compositeur et pianiste grec Yanni s'est produit à Ryad devant un public hétéroclite, accompagné de chanteuses.

Autre promesse du prince Salmane: promouvoir un "islam ouvert et modéré" et détruire les idéologies extrémistes.

Réagissant à ces propos, M. Jubran déclare: "Nous voulons détruire l'extrémisme à travers la comédie, en faisant rire les gens".

Avec AFP

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Le groupe État islamique revendique les attentats de Pâques au Sri Lanka

Enterrement d'une victime des attentats-suicides dans un cimetière près de l'église Saint-Sébastien à Negombo, au Sri Lanka, le 23 avril 2019.

Le groupe jihadiste État islamique (EI) a revendiqué mardi les attaques suicides contre des églises et hôtels de luxe qui ont fait plus de 320 morts et 500 blessés le dimanche de Pâques au Sri Lanka, attentats parmi les plus meurtriers depuis le 11 septembre 2001.

"Les auteurs des attaques ayant visé des ressortissants des pays de la Coalition (anti-EI) et les chrétiens au Sri Lanka avant-hier sont des combattants de l'EI", a annoncé l'organisation jihadiste sur son agence de propagande Amaq.

Des kamikazes ont provoqué un carnage le dimanche de Pâques dans trois hôtels de luxe et trois églises, en pleine messe, à Colombo et ailleurs dans le pays. Les autorités ont attribué le bain de sang au mouvement islamiste local National Thowheeth Jama'ath (NTJ), qui ne l'a pas revendiqué, et cherchent à savoir s'il a bénéficié d'un soutien logistique international.

Les éléments de l'enquête dont l'AFP a eu connaissance mardi permettent d'éclaircir la chronologie et les circonstances de ces Pâques sanglantes.

Sur les huit explosions de bombes au total ce jour-là, les six premières, en début de matinée, sont des attentats suicides contre trois églises et trois hôtels de luxe, le Cinnamon Grand Hotel, le Shangri-La et le Kingsbury. Deux explosions ultérieures, survenues en début d'après-midi à Colombo, sont le fait de suspects qui se sont donné la mort pour échapper à l'arrestation.

Deux frères sri-lankais musulmans, figurant parmi les kamikazes, ont joué un rôle-clé dans ce déchaînement de violence, au cours duquel un autre attentat suicide a échoué dans un quatrième hôtel de luxe à Colombo, ont révélé mardi des sources proches de l'enquête.

Selon les policiers, ces deux frères, d'une vingtaine d'années et dont les noms n'ont pas été révélés, opéraient une "cellule terroriste" familiale et jouaient un rôle-clé au sein du NTJ. Les enquêteurs ignorent toutefois encore si les attaques sont le fait de cette seule "cellule", ou d'équipes séparées mais coordonnées.

Un quatrième hôtel de luxe de la capitale sri-lankaise, adjacent aux trois frappés, figurait sur la liste des objectifs du dimanche de Pâques. Pour une raison inconnue, le sac à dos rempli d'explosifs du kamikaze chargé de cette cible n'a pas explosé et il a pris la fuite, ont indiqué des sources policières à l'AFP.

Cerné par les forces de l'ordre quelques heures plus tard dans la banlieue sud de Dehiwala, le suspect s'est alors fait exploser, causant la mort de deux passants. À peu près au même moment, dans le nord de la ville, à Orugodawatta, la femme d'un des frères kamikazes a actionné des explosifs lorsque les forces de l'ordre sont arrivées à leur résidence familiale, tuant avec elle-même ses deux enfants et trois policiers.

- Larmes et deuil -

Le Sri Lanka a rendu mardi un hommage poignant aux 321 morts des attentats, selon un nouveau bilan. Parmi les tués figurent au moins 39 étrangers - dont une personne de nationalité française, selon Colombo - et 45 enfants et adolescents.

L'île de 21 millions d'habitants est restée silencieuse durant trois minutes à 08H30 locales (03H00 GMT), heure de la première explosion d'un kamikaze deux jours auparavant, à l'église catholique Saint-Antoine de Colombo.

Des Sri-Lankais laissaient libre cours à leur douleur mardi lors de messes en hommage aux morts de ces attentats, les pires violences qu'ait connu le pays depuis, il y a dix ans, la fin de la guerre civile entre la majorité cinghalaise et la rébellion indépendantiste tamoule.

Anéantis, des proches de victimes s'effondraient dans les bras de leurs voisins.

"Nous n'avons pas ressenti une telle tristesse depuis la guerre", a assuré Rashmi Fernando, une femme de 36 ans, qui participait à l'une de ces cérémonies.

Le gouvernement a décrété une journée de deuil national. Les magasins vendant de l'alcool sont fermés, les drapeaux sont en berne et les radios et télévisions doivent adapter leur programmation musicale.

À l'église Saint-Antoine, des dizaines de personnes ont prié en silence, des bougies à la main, certaines retenant à grand peine leurs larmes. À l'issue des trois minutes de silence, la foule a entamé une prière à voix haute.

À une trentaine de kilomètres plus au nord, dans la localité de Negombo, une messe commémorative a eu lieu à l'église Saint-Sébastien, autre lieu d'un attentat suicide. Des cercueils étaient portés à tour de rôle sur des tables, devant des proches secoués de sanglots.

"Il y a tant de corps que nous ne pouvons pas les présenter tous en même temps", a expliqué à l'AFP Anthony Jayakody, évêque auxiliaire de Colombo qui célébrait la messe.

- Rivalités au sommet de l'État -

Les premiers éléments de l'enquête montrent que ces attentats ont été commis en représailles au récent massacre des mosquées de Christchurch en Nouvelle-Zélande (50 morts), a annoncé mardi le vice-ministre sri-lankais de la Défense Ruwan Wijewardene.

L'organisation NTJ avait fait il y a dix jours l'objet d'une alerte diffusée aux services de police, selon laquelle elle préparait des attentats suicides contre des églises et l'ambassade d'Inde à Colombo.

D'après le porte-parole du gouvernement, cette alerte n'avait pas été transmise au Premier ministre Ranil Wickremesinghe ou à d'autres ministres de haut rang. Un élément qui pourrait relancer la crise au sommet de l'État sri-lankais.

La police est en effet de la juridiction du président Maithripala Sirisena, en conflit ouvert avec son chef de gouvernement. Il l'avait limogé à l'automne mais avait été forcé de le réinvestir après sept semaines de chaos politique. Les deux têtes de l'exécutif se vouent une animosité réciproque.

Environ 1,2 million de catholiques vivent au Sri Lanka, un pays majoritairement bouddhiste (70%) qui compte aussi 12% d'hindous et 10% de musulmans.

Les ambassades étrangères au Sri Lanka ont recommandé à leurs ressortissants d'éviter tout déplacement non impératif. Les États-Unis ont, dans leurs conseils aux voyageurs, évoqué la possibilité de nouvelles attaques.

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