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Seychelles

Spécificité seychelloise, l'industrie lucrative du coco de mer est strictement contrôlée

Liqueur, mets gastronomiques, cosmétiques... le coco de mer est décliné de multiples manières. (Yasuyoshi CHIBA / AFP)

Un imposant coco de mer de 10 kilos coincé entre les pieds, Christophe Bristol assène de violents coups de maillet sur un ciseau à bois pour extraire la précieuse pulpe de cet icône seychelloise, dont la forme suggestive et les prétendues vertus aphrodisiaques font la renommée mondiale.

"La pulpe est revendue très cher en Chine, donc chaque morceau compte", explique l'expérimenté découpeur de la plus grande graine du règne végétal, dont les contours de bassin féminin ont donné son nom le plus usuel à ce symbole national qui se trouve même sur les armoiries du pays: le "coco fesse".

Dans cet entrepôt d'Au Cap, sur la côte est de Mahé, la principale île des Seychelles, de larges perles de sueur glissent sur le front de M. Bristol, qui s'affaire sur ce fruit mythifié des siècles durant et dont le braconnage n'a été endigué que très récemment.

Car le coco de mer, dont moins de 2.000 noix seulement sont exploitées chaque année aux Seychelles sous un très strict contrôle des autorités, ne se donne pas facilement.

"Pour ouvrir et vider un coco de mer, cela prend environ 20 minutes, c'est beaucoup plus difficile qu'une noix de coco traditionnelle", assure M. Bristol, maître d'un savoir-faire unique au monde, les impressionnants cocotiers de mer ne poussant que sur deux îles des Seychelles, Praslin et Curieuse.

Cette difficulté tient à la fois à l'extrême dureté de la coque, ainsi qu'à la nécessité de ne pas trop endommager cette dernière.

La coque est coupée en deux, le long du sillon lui donnant sa forme particulière, vidée à l'aide de ciseaux à bois dont le tranchant s'émousse rapidement, puis recollée en vue d'être vendue dans des boutiques de souvenir, pour un prix moyen allant de 3.000 à 4.000 roupies seychelloises (de 200 à 265 euros), accompagnées d'un certificat.

"Maintenant, on coupe le coco en deux avec une puissante scie électrique, mais avant on faisait cela avec une scie à bras, et cela pouvait prendre jusqu'à une demi-heure (rien que pour ouvrir la noix) tellement la coque est dure", souligne l'artisan. "Elle est plus dure que la plupart des types de bois".

- Liste rouge -

La pulpe, ou kernel, peut être vendue jusqu'à 100 dollars le kilo (91 euros), selon le ministre du Tourisme, Didier Dogley, ancien ministre de l'Environnement.

"Les Chinois, mais aussi certains locaux, ont des superstitions", raconte M. Bristol, évoquant les vertus aphrodisiaques prêtées à ce fruit. "Ils le moulent, le mettent dans de l'alcool comme le whisky, le boivent, et cela leur donne de la force. C'est le mythe", dit-il.

Le coco de mer fait l'objet de convoitises depuis des siècles. En Europe et en Asie, dès le XVIe siècle, il passait pour avoir des vertus curatives exceptionnelles.

A l'origine, on trouvait la noix à la dérive en pleine mer, ou échouée sur des plages de l'océan Indien. Ne l'ayant jamais vu pousser sur terre, les marins pensaient qu'elle provenait d'arbres enracinés dans les fonds marins - d'où son nom, coco de mer.

Ce n'est qu'au XVIIe siècle que le lieu d'origine du fruit géant fut déterminé.

Après avoir légèrement perdu de son attrait - notamment en raison de son goût moins sucré que la noix de coco classique -, le coco de mer a connu un regain d'intérêt après l'indépendance des Seychelles en 1976, en parallèle au développement du tourisme.

A tel point que les autorités seychelloises décidèrent dès 1978 d'en contrôler le commerce. Des mesures qui n'ont toutefois pas empêché le développement du braconnage, qui a longtemps menacé le cocotier de mer, classé depuis 2011 sur la liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Les autorités seychelloises ont finalement réussi à mettre un terme au braconnage en durcissant dans les années 2010 la surveillance des zones où ils poussent, comme la vallée de Mai, classée au patrimoine de l'Unesco, ainsi que la régulation du commerce du coco de mer.

- Interdiction d'exporter la graine -

"La situation du coco de mer, je la mets toujours en parallèle avec ce qui arrive à l'éléphant en Afrique", souligne Didier Dogley.

Seules quatre entreprises disposent d'ailleurs d'une licence pour le traitement et l'exportation de la pulpe, parmi lesquelles Island scent, pour laquelle travaille Christophe Bristol.

Soigneusement numérotés, les cocos de mer sont pesés avant la découpe. M. Bristol mesure ensuite séparément le poids de la pulpe extraite et le consigne dans un carnet qui sera passé en revue par les autorités.

Il découpe ensuite les larges morceaux blancs en très fines tranches qui seront séchées, conditionnées, exportées pour au final être revendues en Asie.

"On se sent vraiment seychellois quand on fait ce genre de travail. C'est unique au monde, donc j'en suis très très fier", témoigne M. Bristol.

Désireuses de capitaliser sur cette ressource unique, une des rares disponibles dans ce pays devant importer plus de 90% de ses biens, les autorités interdisent l'exportation de la graine non vidée, qui pourrait être plantée ailleurs, et encouragent la transformation de la pulpe afin d'augmenter la valeur ajoutée produite sur leur territoire.

Liqueur, mets gastronomiques, cosmétiques... le coco de mer est décliné de multiples manières.

Le dernier venu de la gamme "coco fesse" est un "brandy des îles" dont la marque a été lancée fin novembre, et sera vendu à plusieurs centaines d'euros la bouteille.

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L'opposant Wavel Ramkalawan remporte la présidentielle seychelloise

Les électeurs font la queue pour voter au bureau de vote de Bel Ombre, au nord de Mahé, la principale île des Seychelles, le 24 octobre 2020, lors des élections présidentielle et législatives.

Le pasteur anglican Wavel Ramkalawan a remporté dès le 1er tour la présidentielle aux Seychelles, une victoire historique pour l'opposition dans un pays où tous les chefs d'Etat étaient issus de l'ex-parti unique depuis plus de 40 ans, a annoncé dimanche la commission électorale.

Candidat de Linyon Democratik Seselwa (LDS, Union démocratique seychelloise), M. Ramkalawan a rassemblé 54,9% des voix, contre 43,5% pour le président sortant Danny Faure, et devient le 5e président des Seychelles.

"J'ai le plaisir d'annoncer que Wavel Ramkalawan a remporté l'élection présidentielle et de lui remettre son certificat", a déclaré dimanche Danny Lucas, le président de la Commission électorale.

Le troisième candidat au scrutin, Alain St Ange a recueilli 1,6% des suffrages.

Le président sortant des Seychelles, Danny Faure (à gauche) et le président élu, Wavel Ramkalawan, posent pour une photo après les élections à Victoria, Seychelles, le 25 octobre 2020.
Le président sortant des Seychelles, Danny Faure (à gauche) et le président élu, Wavel Ramkalawan, posent pour une photo après les élections à Victoria, Seychelles, le 25 octobre 2020.

L'opposition remporte également les élections législatives, organisées en même temps que la présidentielle de jeudi à samedi, le LDS ayant obtenu à lui seul 25 sièges, soit les deux-tiers du parlement.

Wavel Ramkalawan, prêtre anglican de 59 ans, se présentait pour la sixième fois à la présidentielle. En 2015, il avait été battu de 193 voix seulement par le président sortant James Michel. Ce dernier avait démissionné en 2016 et laissé sa place à Danny Faure, son vice-président, qui a terminé son mandat.

Avant même l'annonce des résultats officiels, les partisans de M. Ramkalawan avaient commencé à célébrer la victoire de leur candidat dans les rues de Victoria, la capitale, située sur l'île de Mahé.

Le président des Seychelles, Danny Faure, vote dans un bureau de vote à Beau Vallo, sur l'île de Mahé, le 24 octobre 2020, lors des élections présidentielle et législatives.
Le président des Seychelles, Danny Faure, vote dans un bureau de vote à Beau Vallo, sur l'île de Mahé, le 24 octobre 2020, lors des élections présidentielle et législatives.

Danny Faure a reconnu sa défaite et souhaité "bonne chance" au nouveau président. M. Ramkalawan a appelé à l'union nationale dans un pays dont l'économie, largement dépendante du tourisme, a été durement touchée par la pandémie de Covid-19, qui a fait s'effondrer le nombre de touristes et la valeur de la monnaie.

"Il est important de trouver comment on pourrait réconcilier notre peuple pour aller de l'avant", a déclaré le nouveau président seychellois.

Wavel Ramkalawan devrait prêter serment lundi à la présidence, après avoir rencontré son prédécesseur pour organiser cette passation de pouvoir inédite.

Les Seychellois aux urnes pour élire leurs président et députés

Le président des Seychelles, Danny Faure, lors de la 72e Assemblée générale des Nations unies, New York, 21 septembre 2017.

Les Seychellois votent à partir de jeudi pour élire leur président et leurs députés, un scrutin sur fond d'inquiétude pour l'économie de cet archipel de 115 îles éparpillées dans l'océan Indien, où l'épidémie de Covid-19 a fait s'effondrer le flux des touristes.

Défaite de justesse lors de la présidentielle de 2015 et forte l'année suivante de sa première victoire aux législatives dans l'histoire du pays, 40 ans après l'indépendance, l'opposition espère accéder pour la première fois à la tête de l'Etat.

Mais elle n'a pu offrir un front uni et deux candidats affronteront le président sortant Danny Faure qui, en tant que vice-président de James Michel, a achevé ces quatre dernières années le mandat de celui-ci après sa démission en 2016.

La plupart des îles de sable fin qui ont fait la réputation de l'archipel sont inhabitées et l'essentiel des quelque 98.000 Seychellois se concentrent sur celles de Mahé, Praslin et La Digue, dont les électeurs voteront samedi de 07H00 à 19H00 (03H00 à 15H00 GMT).

Jeudi et vendredi, quelques centaines d'électeurs d'une dizaine d'îles - employés d'hôtels ou de la société de gestion des zones protégées, certains transportés par bateau d'îlots alentour - voteront tour à tour dans des bureaux de vote souvent éphémères, acheminés par avion.

Le principal rival de M. Faure, 58 ans, sera le prêtre anglican Wavel Ramkalawan, dont ce sera à 59 ans la sixième candidature présidentielle et qui n'avait été défait que de 193 voix par James Michel en 2015, lors d'un second tour inédit dans l'histoire du pays.

Il représentera Linyon Democratik Seselwa (LDS, Union démocratique seychelloise), majoritaire à l'Assemblée depuis les dernières législatives (19 sièges sur 34) qui ont débouché sur une "cohabitation à l'américaine", l'exécutif devant composer avec une chambre hostile.

Troisième candidat, Alain St Ange, ex-ministre du Tourisme (2012-2016) - principal secteur économique du pays -, se présente sous les couleurs de son parti One Seychelles, dernier né sur la scène politique, il y a un an. Brillant orateur, il pourrait faire les frais de ses allers-retours entre l'opposition et le pouvoir.

M. Faure, candidat de United Seychelles, nouveau nom de l'ex-parti unique qui a donné au pays tous ses chefs d'Etat depuis 1977, pourrait payer le désir de changement de la population, sur lequel mise l'opposition.

Economie, corruption et drogue

Préoccupation majeure des électeurs, la situation économique du pays sérieusement mise à mal par l'effondrement du nombre de touristes provoqué par la pandémie de Covid-19.

Les Seychelles n'ont enregistré jusqu'ici que 148 cas, mais le virus s'est invité directement dans la campagne puisque le ministère de la Santé a interdit les meetings électoraux, baromètres du soutien et outils de démonstration de force dans un pays sans institut de sondage.

L'essentiel de la campagne s'est déroulé sur les réseaux sociaux où l'opposition et ses partisans sont les plus actifs, et à la télévision, où pour la première fois deux débats, très suivis, ont opposé les candidats.

Depuis le début de la pandémie, l'économie des Seychelles, ultradépendante du tourisme, tourne au ralenti et environ 700 Seychellois ont perdu leur emploi, pour la plupart dans le secteur touristique.

Le pays connaît également de fortes inégalités: si le revenu par habitant y est parmi les plus élevés d'Afrique, l'organisme officiel des statistiques estime que 40% des Seychellois vivent sous le seuil de pauvreté, en raison du coût élevé de la vie.

Autre thème majeur de campagne, la corruption, sujet tabou dans ce petit pays où tout le monde se connaît et où milieux politique et des affaires sont intimement liés.

Les Seychelles se classent en tête des pays les plus vertueux d'Afrique et dans les 30 plus vertueux du monde, juste derrière les Etats-Unis et la France, dans le classement de l'ONG Transparency international. Mais c'est aussi un paradis fiscal abritant de nombreuses sociétés offshore.

Une Commission anticorruption, créée en 2016, enquête notamment sur la disparition présumée d'un don de 50 millions de dollars des Emirats, mais sa lenteur - pour l'heure aucune affaire n'a été transmise à la justice - et son manque de moyens sont critiqués.

En proposant la légalisation du cannabis à laquelle s'oppose le président Faure, One Seychelles a également mis la drogue au coeur de la campagne.

Le pays détient le record du monde d'héroïnomanes par habitant et a mis en place un système de distribution de méthadone couplée à des soins, derrière lequel est désormais rangé l'ensemble de la classe politique.

L'addiction à l'héroïne frappe 10% de la population active seychelloise

Des Seychellois qui participent à un programme de désintoxication font la queue pour recevoir des médicaments sur l'île de Mahé, où se trouve la capitale Victoria. (Yasuyoshi CHIBA / AFP)

Aux Seychelles, archipel de l'océan Indien, 5% des quelque 95.000 habitants sont héroïnomanes, soit près de 10% de la population active.

Glissant les doigts sur les stigmates de son addiction passée, dans le pli du coude gauche, Graham Moustache remue de sombres souvenirs. "L'héroïne, ça te détruit. Tu te réveilles le matin, tu te sens mal dans ton corps. Ton seul horizon, c'est ta prochaine dose."

Aux Seychelles, archipel de l'océan Indien, 5% des quelque 95.000 habitants sont héroïnomanes, soit près de 10% de la population active. Un triste record mondial, selon les autorités de cet archipel plus réputé à l'international pour ses magnifiques plages et son tourisme de luxe que pour ses problèmes de drogue.

En comparaison, à l'échelle mondiale, 0,4% de la population était consommatrice d'opiacées en 2016, dont plus de la moitié d'Asiatiques, selon un rapport de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime. Avec les Seychelles dans le peloton de tête aux côtés de pays producteurs comme l'Afghanistan, selon des données nationales rassemblées par l'ONU.

Graham Moustache, 29 ans, a commencé l'héroïne à l'adolescence. "Un père difficile", murmure-t-il. "J'ai quatre frères et deux soeurs, nous avons tous été héroïnomanes à un moment."

"J'ai été deux fois en prison pour vol. C'est ma mère qui m'a dénoncé, elle ne savait plus quoi faire", raconte-t-il. "Parfois, je n'avais pas assez d'argent et je devais choisir entre manger et acheter de l'héroïne, et je choisissais l'héroïne."

Ce matin où des journalistes de l'AFP le rencontrent, il attend, loin des hôtels chics et des yachts, sur un terrain vague des Mamelles, une localité de Mahé la plus grande île des Seychelles, l'heure de la distribution de méthadone, médicament de substitution à l'héroïne.

"Ca fait plus d'un an que je suis clean. J'ai trouvé un emploi comme pêcheur et je peux voir mes deux enfants, des jumeaux de sept ans", dit le jeune homme, bonnet gris sur la tête, rayonnant de fierté.

Pile à l'heure, le mini-van blanc se parque. Le frein à main à peine tiré, une file de quelques dizaines d'héroïnomanes s'est déjà formée devant ses vitres, attendant avec un gobelet leur dose quotidienne de méthadone, dans le cadre d'un programme gouvernemental.

Un vieil homme appuyé sur une canne ingurgite 50 millilitres de ce liquide, une jeune femme maigrichonne aux yeux cernés rejoint la file avec son bébé dans les bras, un chauffeur de taxi aux cheveux soigneusement tirés vers l'arrière serre quelques mains en souriant.

Injectée ou inhalée, l'héroïne ne discrimine pas aux Seychelles. Elle transcende classes sociales et générations.

- Sur les routes de l'héroïne -

Archipel aux frontières poreuses, les Seychelles ont été frappées de plein fouet par cette drogue au sortir des années 2010, quand les nouvelles routes de l'héroïne passant par l'Afrique de l'Est ont émergé, croisant une population au pouvoir d'achat élevé par rapport à de nombreux pays d'Afrique (salaire moyen de 390 euros).

A cet égard, nombre d'observateurs ne manquent pas d'épingler le paradoxe des Seychelles: c'est le seul pays africain considéré à "haut revenu" par la Banque mondiale, notamment grâce à un secteur touristique en hausse constante, mais dont environ 40% de la population vit sous le seuil de pauvreté selon des chiffres de 2015.

"Le problème a pris cette ampleur parce que nous avons réagi trop tard", reconnaît Patrick Herminie, directeur de l'Agence pour la prévention des abus liés à la drogue et la réhabilitation (APDAR).

"En 2011, nous nous sommes rendus compte que 1.200 personnes utilisaient de l'héroïne et nous avons adopté une approche punitive", explique M. Herminie. "Nous avons confondu les trafiquants avec leurs victimes."

En 2017, un rapport montre que le nombre d'héroïnomanes est passé à 5.000. Les autorités changent alors leur fusil d'épaule. L'addiction à l'héroïne est déclarée priorité de santé publique et traitée comme une maladie. Un programme de distribution gratuite de méthadone couplé à un suivi médical est lancé.

Le budget de l'Etat consacré aux addictions aux drogues atteint 75 millions de roupies seychelloises (5 millions d'euros) pour 2020, près de 10 fois le budget 2016. A l'APDAR, créée en 2017, 75 personnes sont mobilisées, quatre fois plus qu'avant.

"Les drogues ne sont plus un tabou", note Noéllie Gonthier, de l'ONG seychelloise CARE qui lutte contre l'addiction aux drogues.

D'autant plus important que cela ne concerne pas que l'héroïne. "On a un problème avec les addictions dans ce pays, l'alcool, la cigarette, la marijuana", dit M. Herminie. "En ce moment, c'est l'héroïne mais à un autre moment, ce sera peut-être autre chose."

Le phénomène s'est tellement banalisé que dans les écoles, "parfois, des enfants de quatre ou cinq ans miment l'injection d'héroïne dans le bras, pour jouer", déplore Mme Gonthier. "Notre défi, c'est de leur faire comprendre que ce qu'ils considèrent comme normal, à cause de leur contexte familial, n'est pas normal du tout."

- Tabou -

A Mahe, petite île montagneuse à la végétation luxuriante où la majorité de la population vit près de l'eau, la vie est tranquille, proprette, sans bouchons ni beaucoup de déchets. Même la pauvreté se voit peu, concentrée dans les banlieues populaires aux murs défraichis de la capitale Victoria ou sur les hauteurs.

Pourquoi tant de Seychellois s'y droguent-ils ? Les autorités avouent n'avoir pas achevé leurs réflexions et recherches sur la question, même si celles-ci tournent principalement autour de la pauvreté qui, dans cet archipel, ne permet pas de vivre bien mais de s'acheter des doses.

En attendant, quelque 2.500 héroïnomanes participent désormais au "programme méthadone" de l'APDAR et les résultats du changement de paradigme ne se sont pas faits attendre.

Tous les indicateurs liés à la consommation d'héroïne se sont améliorés: la criminalité a baissé de 45%, le nombre annuel de cas d'hépatite C de 60% et le chômage chez les jeunes est passé de 6,5 à 2,1%.

Dans les rues de la capitale aux allures de petite ville de province comme ailleurs, des panneaux publicitaires et des fresques murales sur les bâtiments des écoles rappellent qu'il ne faut pas se droguer.

Mais aux Mamelles, l'addiction reste pour certains un combat de tous les jours. D'autant que pour concurrencer la méthadone gratuite les dealers ont baissé le prix de la dose d'héroïne.

Le teint pâle, l'oeil vitreux, le souffle court et des gouttes de sueur perlant sur son front, Gisèle Moumou, 32 ans, souffre.

"La méthadone m'aide beaucoup mais c'est difficile de ne pas toucher du tout à l'héroïne", assure la jeune femme, consommatrice depuis l'âge de 13 ans, lorsque qu'à son insu un ami lui "en a fait prendre lors d'une soirée" dans une cigarette.

"Parfois, je craque", confie-t-elle.

Cigarette au coin de la bouche, un chauffeur de taxi décrypte: "La méthadone, c'est pas mal, ça enlève le manque, mais ça ne te procure pas les mêmes sensations". "Parfois, j'en reprends. On est une petite île au milieu de l'océan, qu'est-ce qu'il y a d'autre à faire ici?"

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