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Le gouvernement tchadien crée une commission mixte pour le désarmement


Le président Déby crée une commission mixte de désarmement, le 28 décembre 2020. (VOA/André Kodmadjingar)

Au Tchad, pour faire face à l’insécurité causée par la détention illégale des armes de guerre, une commission mixte de désarmement a été mise sur pied par le gouvernement.

La Commission a un délai de deux mois pour sillonner les 23 provinces afin de désarmer les citoyens détenteurs d’armes pour lesquelles ils n'ont pas d'autorisation. Des armes à feu qui font de nombreuses victimes dans le cadre des conflits intercommunautaires observés dans certaines provinces du pays.

Selon Kalzeubet Payimi Deubet, coordonnateur de l’action gouvernementale, les autorités entendent mener une opération bien musclée. Il ne s’agit pas seulement à la commission de désarmer, mais aussi d’arrêter et faire traduire en justice tous les détenteurs illégaux d'armes.

Mais l’annonce suscite des réactions de sceptiques.

"Je crois que par le passé, il y avait eu plusieurs commissions qui ont été mises en place pour désarmer certains individus qui détiennent des armes à feu, mais on a jamais eu le résultat donc ce n’est pas cette commission qui va trouver une solution. C'est même une fuite en avant", a déclaré Laldjim Narcisse Mbainadji, journaliste et analyste politique.

Tout en appréciant les objectifs pour lesquels, la commission a été créée, le coordonnateur de "Tournons la page" section du Tchad, Bemadjibeye Ngarassal Jacques, mesure déjà la tâche qui attend les membres de cette commission.

Bemadjibeye Ngarassal Jacques, coordonnateur de Tournons la page section du Tchad, le 28 décembre 2020.
Bemadjibeye Ngarassal Jacques, coordonnateur de Tournons la page section du Tchad, le 28 décembre 2020.

Pour lui, arracher des armes par la force n'est pas réaliste. Ce que les Tchadiens attendent, dit-il, c’est que cette commission travaille dans la transparence. Il ne faudrait pas qu’une province soit visée au détriment d’autres.

Le désarmement va se faire avec impartialité et professionnalisme dans le respect de la loi en vigueur, assure Kalzeubé Payimi Deubet.


Pour d'autres, il faudra aller en profondeur et privilégier l'adhésion du public.

"Le problème éleveur/agriculteur a déjà pris d’autres ampleurs. Nous proposons comme solution, l’organisation d’un forum national autour de ce sujet pour diagnostiquer les vraies causes de cette épineuse question et faire des propositions concrètes des solutions pour une paix durable", a souligné Mahamat Ahmat Younous, coordonnateur du Réseau national des volontaires au Tchad.

Mahamat Ahmat Younous, coordonnateur du RENAVET, le 28 décembre 2020.
Mahamat Ahmat Younous, coordonnateur du RENAVET, le 28 décembre 2020.

Pour Laldjim Narcisse Mbainadji, le phénomène persiste parce que le gouvernement ne nomme pas des technocrates à la tête des unités administratives. Au contraire, précise-t-il, c’est le clientélisme et le népotisme. Du coup, assure-t-il, ceux qui sont promus aux postes de responsabilités ne disposent d’aucune notion administrative.

Par ailleurs, ajoute-t-il, il faudra aussi se pencher sur la responsabilité des officiers militaires qui sont impliqués dans l'élevage. Ces derniers, dit-il, arment les éleveurs chargés de leur cheptel, ce qui conduisent ces derniers à agir en toute impunité, comme s’ils sont sur terrain conquis. Au final, c'est l'autorité de l'État tchadien qui est mise en mal, explique-t-il.

La mise en place de cette commission fait suite à l’interpellation du président de la République par les évêques du Tchad dans leur traditionnel message de Noël. Le prélat invite le président Idriss Deby à s’investir davantage dans la gestion de cette crise intercommunautaire afin de mettre fin à ce phénomène qui endeuille les familles tchadiennes.

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