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Au Soudan, les malades du cancer pâtissent des sanctions américaines

  • VOA Afrique

Un blessé arrive à l'hôpital de Khartoum, Soudan, le 5 septembre 2015.

Allongé sur son lit d'hôpital après une séance de chimiothérapie, Mohammed Hassan se rappelle du jour où il a appris qu'il avait un cancer du sang. Sa guérison reste suspendue à la levée définitive des sanctions américaines contre son pays, le Soudan.

"C'était lors de ma lune de miel, je suis tombé malade et j'ai été admis à l'hôpital", se remémore ce banquier âgé de 30 ans, pendant qu'une infirmière prépare sa toilette. "Je n'ai jamais imaginé que cela pouvait être un cancer."

Après un an de soins dans le plus grand hôpital public du pays dédié au cancer, à Khartoum, son traitement comme celui de centaines d'autres patients est ralenti à cause des sanctions américaines qui pèsent depuis 20 ans sur le Soudan.

Les médicaments vitaux et le matériel médical sont théoriquement exemptés de l'embargo mais les restrictions imposées aux transactions bancaires et aux échanges de technologie, ainsi que les lourdes régulations commerciales, entravent les soins prodigués dans les hôpitaux.

Deux des quatre appareils de radiothérapie de l'hôpital où est soigné Mohammed Hassan sont en panne depuis des mois et leur réparation est devenue un cauchemar, témoigne le directeur général de l'établissement, Khatir Al-Alla.

"Les pièces détachées doivent être rapportées des Etats-Unis ou d'Europe", explique le responsable. "Nous faisons face à beaucoup de difficultés à cause de problèmes diplomatiques", déplore-t-il.

Se soigner à l'étranger?

Les Etats-Unis ont imposé des sanctions au Soudan en 1997 pour son soutien présumé à des groupes islamistes. Le fondateur d'Al-Qaïda Oussama Ben Laden a vécu à Khartoum entre 1992 et 1996.

Au fil des ans, les administrations américaines successives ont renforcé ces restrictions, accusant Khartoum de violations des droits de l'Homme, notamment dans le conflit meurtrier contre des rebelles au Darfour (ouest) qui a fait 330.000 depuis 2003, selon l'ONU.

Les relations entre Washington et Khartoum se sont réchauffées ces derniers mois, selon les responsables soudanais. Ces derniers espèrent que ce rapprochement se traduira par une levée définitive des sanctions le 12 octobre, date de la fin de la période probatoire imposée par les Etats-Unis.

Médecins et patients sont eux aussi suspendus à la décision de Washington.

M. Alla reçoit dans son hôpital environ 1.000 nouveaux patients par mois et 500 visites quotidiennes pour les suivis.

"Le temps d'attente (pour un rendez-vous) varie entre trois et quatre semaines, ce qui est bien trop long pour des patients atteints du cancer", déplore M. Alla.

"Ce sont les patients qui souffrent le plus des sanctions économiques et diplomatiques", assène-t-il.

Usé, Mohammed Hassan envisage même de poursuivre son traitement en Inde.

Appareils hors-service

Le Khartoum Breast Care Centre, l'unique établissement médical spécialisé dans le cancer du sein au Soudan, n'est pas mieux loti.

L'appareil de mammographie est hors service depuis des semaines, relève Hania Fadl, la fondatrice de ce centre non lucratif à Khartoum.

Pénalisé par les restrictions sur les échanges de technologies, le personnel technique soudanais est incapable d'entretenir le matériel, déplore cette radiologue formée en Grande-Bretagne.

Les techniciens doivent venir d'Egypte ou du Kenya voisins pour réparer l'appareil de mammographie, crucial pour la détection d'un cancer du sein.

Chaque patiente représente un défi pour la docteure Fadl, uniquement capable de détecter au toucher une grosse tumeur.

Sans appareil de mammographie, "il se peut qu'on opère (un sein) et qu'on se rende compte après deux ou trois mois que la patiente a une autre tumeur dans l'autre sein qu'on n'avait pas décelée", dit-elle.

Si les sanctions sont définitivement levées, réparer ces machines prendra moins de temps, assure Hania Fadl.

Mais au regard de la situation actuelle, l'une de ses patientes, Ghada Ali, reste très préoccupée.

"Nous venons pour des examens et nous trouvons la machine cassée", souligne cette femme de 47 ans qui a dû être opérée pour un cancer du sein.

"Je suis inquiète car le cancer a pu se propager à mon autre sein".

Avec AFP

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