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Au Sahel, le commandant de Barkhane appelle à la "persévérance"


Des soldats français de l'opération Barkhane patrouillent à Timbamogoye, Mali, 10 mars 2016.

La France doit faire preuve de "persévérance" dans son effort militaire au Sahel, estime dans un entretien à l'AFP le commandant de la force française Barkhane, le général Pascal Facon, qui appelle par ailleurs à "relativiser" le sentiment anti-français dans la région.

Q: Comment analysez-vous la dégradation de la situation sécuritaire au Sahel? Cela remet-il en cause la stratégie de Barkhane?

R: L'influence djihadiste n'est pas massive, mais il y a des vides qui sont liés au fait que ce sont des pays en guerre, avec des crises, des situations qui préexistaient, il ne faut jamais l'oublier. Les pays du Sahel doivent simultanément traiter des questions structurelles sur lesquelles se greffe une situation terroriste conjoncturelle. C'est une maladie opportuniste.

Le système terroriste n'est pas forcément plus puissant qu'avant mais il a une capacité de reconfiguration, parce que les gens vivent au sein de la population, que par endroits l'influence de l'Etat se fait moins sentir. Il y a aussi une activité criminelle. Les terroristes n'ont pas grandi en nombre. Ce qui peut avoir augmenté, c'est le nombre de gens qui profitent d'une situation détériorée pour s'adonner à des actes de banditisme, quitte à endosser l'habit du terroriste.

Pour contenir l'influence de ces GAT (groupes armées terroristes, ndlr), il faut mettre en place des conditions de sécurité permettant des projets de développement.

C'est ce que l'on fait en essayant de réorganiser nos camarades FAMa (Forces armées maliennes) et de structurer une réponse transfrontalière, qui est au cœur de la création de la force conjointe du G5 Sahel. La stratégie militaire n'est pas en cause. On peut essayer de chercher des responsabilités, ok, et après? Quelles sont les stratégies alternatives? Il faut avoir de la patience stratégique, de la persévérance, c'est fondamental. Mais on comprend aisément que cela puisse être questionné, c'est normal.

Q: Quel regard portez-vous sur les lourdes pertes subies ces dernières semaines par les forces armées maliennes, que Barkhane s'efforce d'aider à monter en puissance?

R: Ces déboires sont peut-être liés à des problèmes d'organisation, à des postes insuffisamment robustes, une fatigue aussi des hommes qui sont très engagés. On est en train d'y remédier avec un effort de coordination avec nos partenaires qui est aujourd'hui inégalé. On élabore des plans ensemble, on les met en œuvre dans un contexte de contrainte financière, matérielle, humaine, car c'est une armée qui est en train de se reconstituer et en même temps doit faire la guerre. Il faut mener tout cela de front.

On est en train de créer un véritable partenariat de combat avec les forces nationales. J'espère l'arrivée de forces spéciales européennes l'été prochain. Elles seront sous mon commandement. Leur mission première sera d'accompagner les forces locales au combat. Aujourd'hui, les Européens ont envie d'agir, et on compte beaucoup sur eux.

Mais les militaires ne sont pas la seule solution. Ils doivent être appuyés, il faut des policiers, des forces de sécurité intérieures... Le P3S (partenariat pour la sécurité et la stabilité au Sahel, proposé par Paris et Berlin pour aider les pays du Sahel à réformer leur appareil sécuritaire, Ndlr) est une bonne idée.

Q: Des voix s'élèvent au Sahel contre les forces étrangères, dont Barkhane, dont certains demandent leur départ. Cela vous inquiète-t-il?

R: Le sentiment anti-français doit être beaucoup relativisé. Il dit quelque chose de l'attente vis-à-vis de la France, dont l'influence reste forte. Ce sentiment peut être aussi instrumentalisé, j'imagine. Mais il n'entrave pas notre action.

La population se pose des questions, des gens manifestent leur incompréhension, c'est leur droit, c'est légitime, mais c'est une dimension qui n'est pas au centre de l'activité de Barkhane. Notre activité, c'est arriver à faire monter en gamme nos partenaires afin qu'ils puissent faire face à une réalité terroriste.

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