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Les défis de l'enseignement en langues locales au Mozambique

Des élèves mozambicains suivent à l'école primaire de Mitilene où des classes bilingues sont enseignées, à Manhica, au Mozambique, le 20 juin 2018.

Une cinquantaine de gamins sont assis à même le sol de leur classe, les yeux rivés sur leur maître. Une école comme tant d'autres au Mozambique, à la différence près qu'ici, les élèves n'apprennent pas en portugais, la langue officielle du pays.

Dans l'école primaire de Mitilene dans le district de Manhiça, à moins d'une centaine de kilomètres au nord de la capitale Maputo, les leçons ont lieu en dialecte local, le changana, une initiative destinée à faciliter les premières années d'apprentissage.

"Ici, la seule langue pratiquée par les enfants jusqu'à l'âge de 5 ans est le changana", explique leur institutrice Helena Joaquim Arguenha, et "il est très important qu'on leur enseigne dans leur langue natale parce que ça leur permet d'apprendre bien mieux".

Mme Arguenha a enseigné en portugais dans les écoles publiques du pays pendant six ans avant de passer au changana l'an dernier, un dialecte proche de la langue tsonga largement parlée en Afrique australe, dans le cadre d'un programme financé par l'agence de développement américaine (USAID) et l'ONG locale ADPP.

>> Lire aussi : Fermeture d'une école turque en Angola

Héritage de la colonisation qui s'est achevée en 1975, la langue officielle et quasi générale de l'enseignement au Mozambique est restée le portugais.

Mais la grande majorité des habitants s'expriment d'abord dans l'un des 42 dialectes.

Près de 90% des 1,3 million d'enfants qui entrent chaque année à l'école ne parlent pas portugais, selon le ministère mozambicain de l'Education. Et à peine un seul sur vingt est capable de l'écrire après trois ans de scolarité.

Dans la classe d'Helena Joaquim Arguenha par exemple, un seul des élèves âgés de 6 à 7 ans connaissait le portugais.

Des élèves mozambicains à l'école primaire de Mitilene où des classes bilingues sont enseignées, à Manhica, au Mozambique, le 20 juin 2018.
Des élèves mozambicains à l'école primaire de Mitilene où des classes bilingues sont enseignées, à Manhica, au Mozambique, le 20 juin 2018.

"Plus créatifs"

Pour sa leçon de vocabulaire du jour, l'institutrice demande, en changana, de citer un nom qui se termine par la lettre "O". Spontanément, une forêt de doigts se dresse.

"En changana, ils sont plus créatifs, comprennent mieux et ne sont pas timides, ils parlent et s'expriment très librement", se réjouit l'enseignante, "alors qu'en portugais ils sont beaucoup plus hésitants, ils ont peur de parler".

A la pointe depuis des années du combat pour l'éducation au Mozambique, l'ONG Associacao Progresso constate tous les jours les difficultés des enfants qui font leur apprentissage dans une langue qu'ils ne maîtrisent pas.

"Ce que l'on observe souvent, c'est une absence de communication entre l'enseignant et l'élève. Le premier parle le portugais mais le second ne le comprend pas", remarque une volontaire de l'association, Alcina Sitoe. "Si vous ne comprenez pas ce que l'on vous enseigne, il est difficile d'apprendre quoi que ce soit."

Le gouvernement mozambicain semble avoir pris conscience du problème. Selon l'Unesco, seuls 58% des adultes du pays et seulement 45% des femmes savent lire et écrire. L'an dernier, Maputo a donc lancé une réforme qui généralise l'enseignement primaire en langues locales jusqu'à l'âge de 10 ans, avant de passer au tout portugais.

"Nos premières expériences d'enseignement bilingue, dès 1991, ont montré que les élèves avaient de meilleurs résultats que dans l'enseignement uniquement en portugais", explique une responsable du ministère de l'Education, Gina Guibunda.

Des élèves mozambicains à l'école primaire de Mitilene où des classes bilingues sont enseignées, à Manhica, au Mozambique, le 20 juin 2018.
Des élèves mozambicains à l'école primaire de Mitilene où des classes bilingues sont enseignées, à Manhica, au Mozambique, le 20 juin 2018.

Le défi de la formation

L'application de la réforme s'annonce toutefois difficile.

Dans les zones rurales du pays, les maîtres capables de faire la classe en dialecte restent rares et les manuels en langue locale tout autant.

En outre, le gouvernement a réduit de trois à un an la durée de formation des maîtres, pour cause de restrictions budgétaires.

"Les enseignants sont diplômés alors même qu'ils ne maîtrisent pas leur travail", regrette Francisca Samboca, de Associacao Progresso.

Gina Guibunda, au ministère, le concède: "L'un de nos défis est la formation des maîtres. Nous ne disposons que depuis l'an dernier d'experts capables de les superviser dans chaque province."

Alors, comme dans d'autres secteurs, les ONG sont venues ici pallier les carences de l'Etat. Le projet financé par l'ADPP et USAID propose aux enseignants des formations et du matériel pédagogique en changana et en ronga, un autre idiome pratiqué autour de Maputo.

Une aide indispensable, se félicite Helena Joaquim Arguenha.

"Passer d'une langue à l'autre a été difficile", reconnaît-elle, "j'avais vraiment besoin de me concentrer pour utiliser du matériel et du vocabulaire auxquels je n'étais pas habituée."

Le projet fait son chemin petit à petit: aujourd'hui, plus de 1.300 écoles primaires proposent des classes en dialectes locaux. Mais c'est à peine une sur dix.

L'autre défi est de convaincre les parents d'y scolariser leurs enfants.

"Certains ne voient pas l'intérêt de l'enseignement bilingue. Ils nous disent +Mon fils parle déjà le dialecte à la maison, je veux qu'il apprenne le portugais à l'école+", note la responsable du ministère. "Alors on essaie de leur faire comprendre que l'école est possible dans les deux langues."

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Algérie : des administrateurs pour gérer les sociétés d'hommes d'affaires en détention

L'OFS en première ligne de la traque des corrompus en Algérie, le 19 avril 2018.

La justice algérienne a désigné des administrateurs afin d'assurer la gestion des sociétés appartenant à des hommes d'affaires proches du président déchu Abdelaziz Bouteflika, incarcérés pour des faits supposés de corruption, a annoncé dimanche la Cour d'Alger.

Cette mesure, prise le 22 août, vise à "assurer la pérennité des activités desdites sociétés et à leur permettre de préserver les emplois et d'honorer leurs engagements envers les tiers", a précisé la Cour dans un communiqué, cité par l'agence de presse officielle APS.

Les administratrices désignés sont des "experts financiers agréés" dont la mission est de gérer des sociétés en proie à des difficultés financières, nées de l'incarcération de leurs propriétaires.

Selon la Cour, cette mesure concerne le groupe Ali Haddad, l'ex-patron des patrons, PDG d'ETRHB, la première entreprise privée du BTP en Algérie à laquelle ont été attribués de gigantesques contrats publics, le Groupe Mahieddine Tahkout, qui possède l'un des plus importants réseaux de concessionnaires automobiles en Algérie, et le Groupe des frères Kouninef, spécialisé notamment dans le génie civil.

Fin juin, ces difficultés financières ont notamment obligé les deux chaînes privées de télévision Dzaïr News et Dzaïr TV, du groupe Médias Temps Nouveaux d'Ali Haddad, à fusionner.

Vu comme un symbole des liens troubles entre certains milieux d'affaires et l'entourage d'Abdelaziz Bouteflika, contraint à la démission le 2 avril par un mouvement de contestation inédit, M. Haddad est incarcéré depuis son arrestation fin mars en possession de deux passeports. Il a été condamné à six mois de prison pour ces faits. Il est par ailleurs l'objet d'une enquête pour des faits présumés de corruption.

Mi-août, le groupe Tahkout avait fait savoir qu'il n'avait pas pu verser les salaires de ses employés en raison du blocage par la justice de ses comptes bancaires.

Mahieddine Tahkout, son fils et de deux de ses frères ont été incarcérés début juin pour des affaires de corruption.

Les frères Kouninef - Karim, Noah-Traek et Reda -, membres d'une famille propriétaire du groupe KouGC, qui bénéficie depuis de nombreuses années d'importants contrats publics, ont été placés en détention provisoire fin avril après avoir été entendus dans une affaire de "trafic d'influence".

Depuis la démission de M. Bouteflika, la justice a ouvert une série d'enquêtes sur des faits présumés de corruption visant en particulier des hommes d'affaires accusés d'avoir profité de leurs liens privilégiés avec son entourage.

Avec AFP

Soudan: état d'urgence dans un Etat de l'est après des heurts tribaux

Le général Abdel Fattah al-Burhane, chef du Conseil souverain chargé de piloter la transition au Soudan.

Les autorités soudanaises ont décrété dimanche l'état d'urgence dans l'Etat de la Mer Rouge, dans l'est du pays, et ordonné l'ouverture d'une enquête après des affrontements tribaux ayant fait au moins 16 morts.

Les heurts ont éclaté mercredi entre les tribus de Bani Amer et de Nouba à Port-Soudan, capitale de l'Etat de la Mer Rouge, et ont tué au moins 16 personnes, a indiqué la police dans un communiqué en précisant que des forces avaient été déployées pour contenir les violences.

Les raisons des heurts ne sont pas connues.

Le Conseil souverain a "décrété l'état d'urgence (dans l'Etat) et ordonné la mise en place d'un comité d'enquête", selon un communiqué de cette instance qui assure depuis le 21 août la transition au Soudan après la destitution du président Omar el-Béchir sous la pression de la rue.

Le gouverneur de la province et le chef de la sécurité ont été démis de leurs fonctions, a-t-il ajouté.

Le Conseil souverain a fait état "du recours pour la première fois aux armes dans ces combats".

Les affrontements tribaux sont fréquents au Soudan.

Avec AFP

Le corps de la paix s'affirme au Togo

Le corps de la paix s'affirme au Togo
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Sit-in de la presse guinéenne lundi 26 août pour dénoncer la situation des journalistes interpellés

Souleymane Diallo (G), PDG du groupe de presse Le Lynx/La Lance, Mamadou Diallo (C), Administrateur adjoint, et Aboubakar Diallo (D), directeur de Lynx FM.

Le milieu des médias en Guinée est secoué par les poursuites judiciaires engagées contre le doyen de la presse, Souleymane Diallo, fondateur du groupe Le Lynx/La Lance, et Aboubakar Diallo, directeur de Lynx FM. Les avocats des journalistes vont demander la levée des restrictions qui leur sont imposées, selon Me Mohamed Traoré, joint par VOA Afrique.

Souleymane Diallo et Aboubakar Diallo ont été inculpés après une intervention, dans l’émission Œil de Lynx, de la dissidente Sano Doussou Condé, ancienne militante du parti au pouvoir RPG. Cette dernière est connue pour ses critiques contre le président Alpha condé.

Les deux journalistes ont été placé sous contrôle judiciaire pour «complicité de production, de diffusion et de mise à la disposition d’autrui des données de nature à troubler l’ordre ou la sécurité publics (…)». Il s’agit d’une disposition qui figure dans la loi guinéenne sur la cyber-sécurité de 2016.

Souleymane Diallo, 74 ans, supporte “d’une manière sereine” cette situation, a dit son avocat, Maître Traoré, rappelant qu’il “a l’habitude des tracasseries sur les questions de liberté de la presse”, et disant qu’il lui avait confié “s’attendre à tout”.

Souleymane Diallo et Aboubakar Diallo interdits de quitter Conakry
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Entretien:

Maître Mohamed Traoré: Nous avons été au niveau de la Direction centrale de la police judiciaire, où Monsieur Souleymane Diallo, pour protester contre le fait que la base de la poursuite n'est pas légale, n'a pas voulu s'exprimer devant les enquêteurs de la police; et c’est ainsi que le dossier été transmis au procureur du tribunal de Kaloum, spécialisé dans le domaine des infractions qui entrent dans le cadre de la cyber-criminalité.

On nous a parlé d'un enregistrement de cette émission au cours de laquelle, Madame Doussou Condé aurait tenu des propos, qui avaient été au départ qualifiés de délits contre l’autorité publique. Ça concerne en particulier l’offense au chef de l'Etat.

C'est au niveau du parquet que cette qualification a été abandonnée pour celle de production de diffusion et de mise à disposition d’autrui de données de nature à porter atteinte au public et à la dignité humaine par le biais d'un système informatique.

VOA Afrique: Pourquoi des accusations aussi graves sur la base de cette loi?

Me Traoré: Ce qui nous inquiète, c'est moins les poursuites que la base légale de la poursuite. En Guinée, depuis 2010, il y a une loi sur la liberté de la presse qui dépénalise partiellement les délits de presse.

Autrement dit, aujourd'hui, en Guinée, un journaliste ne peut pas faire l'objet d'une mesure privative de liberté en cas de commission d'une infraction. La seule sanction qui peut lui être infligée au plan pénal est une amende.

Mais cette loi sur la cyber-sécurité comporte des peines d'emprisonnement; elle est beaucoup plus répressive. Je pense que c’est pour cette raison qu’on y fait recours afin d'intimider les journalistes.

VOA Afrique: Quelles restrictions ont été imposées à Souleymane Diallo et Abou Bakr?

Me Traoré: En ce qui concerne Monsieur Souleymane Diallo, il est mis en liberté sous contrôle judiciaire; ce qui l'oblige à être présent deux fois par semaine au niveau du greffe du tribunal. Il lui est également interdit de sortir des limites de Conakry.

Pour Aboubacar Diallo, les mesures sont encore plus énergiques parce qu'il doit se présenter au tribunal trois fois par semaine. Il lui est interdit de sortir de Conakry sans l'autorisation du juge, et il lui est interdit de prendre part à l’émission Oeil de Lynx.

VOA Afrique: Comment expliquez-vous cette situation? Sachant que même sous Lansana Conté, il ne semble pas qu'il y ait eu des méthodes aussi dures à l'encontre de ce média satirique.

Me Traoré: Malheureusement, c’est ce que nous ne comprenons pas et ce que beaucoup de guinéens ne comprennent pas. Je dois rappeler d’ailleurs que même lorsque l'actuel président de la République a eu des ennuis avec la justice guinéenne, le groupe de presse fondé par Souleymane Diallo était au-devant de la scène pour la défense de sa cause. C’est même des journaux les plus courageux. Nous ne pensions donc pas que ce qui n'a pas pu se faire au temps du général Lansana Conté se fasse aujourd'hui, alors qu’il y a des méthodes que l'on condamnait.

Il y a des raisons de s’inquiéter parce qu’il y a quelques mois, c'était la restriction ou la limitation totale de la liberté de manifester. Aujourd'hui on est en train de passer à une autre phase, la restriction de la liberté de la presse, donc il y a vraiment des raisons de se poser la question de savoir de quoi sera fait demain en ce qui concerne les libertés individuelles.

VOA Afrique: Qu'est-ce que vous envisagez?

Me Traoré: Nous avons décidé de relever appel de ces mesures-là et nous allons demander à ce que le dossier soit transmis au niveau de la chambre de contrôle de l'instruction à la Cour d'Appel de Conakry pour que ces mesures soient levées, parce que nous estimons qu'elles ne sont pas du tout justifiées et n'ont pas lieu d'être…

Un groupe de presse guinéen placé sous contrôle judiciaire
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La mise sous contrôle judiciaire de Souleymane Diallo et Aboubacar Diallo a suscité des réactions au plan national et international et sur les réseaux sociaux. Des organisations de la société civile, comme la Maison des Associations et ONG de Guinée, et des personnalités politiques, notamment Cellou Dalein Diallo, ont apporté leur soutien aux journalistes interpellés.

«Nous sommes vivement préoccupés par cette nouvelle forme de censure, qui viole la loi de façon flagrante dans un pays où les délits de presse sont dépénalisés depuis 2010» a déclaré Assane Diagne, directeur du bureau Afrique de l’Ouest de RSF, estimant que «la loi sur la cybercriminalité, invoquée pour inculper les journalistes, n’est qu’un subterfuge pour pouvoir continuer de harceler les médias libres».

Dans une déclaration relayée par la presse guinéenne, Sanou Kerfala Cissé, président de l’Union des Radiodiffusions et Télévisions Libres de Guinée (Urtelgui), a appelé la Haute Autorité de la Communication (HAC), à faire rétablir le droit en matière de procédures judiciaires à l’encontre des journalistes.

Souleymane Diallo, directeur du groupe de presse guinéen Le Lynx/La Lance, présentant des exemplaires du journal satirique Le Lynx.
Souleymane Diallo, directeur du groupe de presse guinéen Le Lynx/La Lance, présentant des exemplaires du journal satirique Le Lynx.

«Il convient de mentionner que l’on n’a plus besoin de trimbaler un journaliste entre les postes de gendarmerie, la Direction de la police judiciaire et les tribunaux, car, la loi est très claire en la matière. En cas de commission de délit par le journaliste et par voie de presse, la citation directe à comparaître devant un juge reste et demeure l’unique voie empruntable”, a-t-il précisé.

Avant le cas de Souleymane Diallo et Abou Bakr, d’autres journalistes étaient déjà sous contrôle judiciaire et/ou en procès, comme Mohamed Bangoura du site d’information mosaiqueguinee.com et Lansana Camara de conakrylive.info. Les organisations de la presse guinéenne ont ainsi prévu un sit-in lundi 26 août devant le siège de la Haute Autorité de la Communication, afin d’attirer l’attention des commissaires de la HAC sur la gestion des procédures de délits de presse en Guinée.

Goma: une marche citoyenne contre l'Ebola

Goma: une marche citoyenne contre l'Ebola
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