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Les Européens trouvent un accord sur les migrations


Les dirigeants de l'Union Européenne posent pour une photo de famille à Bruxelles, le 24 juin 2018

Les 28 dirigeants de l'UE ont trouvé un accord vendredi au petit matin sur les migrations lors d'un sommet tendu à Bruxelles, que l'Italie menaçait de faire capoter faute d'engagements précis de ses partenaires européens concernant l'accueil des migrants.

"Les dirigeants de l'UE28 se sont accordés sur les conclusions du sommet, y compris la migration", a annoncé sur Twitter le président du Conseil européen Donald Tusk, après des tractations marathon entamées la veille en début de soirée.

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Les détails de l'accord n'ont pas été précisés dans l'immédiat. "C'est la coopération européenne qui l'a emporté", s'est aussitôt félicité le président français Emmanuel Macron devant la presse, jugeant que "la solidarité que nous devons aux pays de première entrée a été actée".

C'est "un très bon compromis", s'est réjoui le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki. "Il y a des déclarations sur des relocalisations (répartition de demandeurs d'asile: ndlr) sur une base volontaire et elles sont basées sur le consensus", a-t-il ajouté.

"L'Italie n'est plus seule", s'est réjoui le chef du gouvernement populiste italien Giuseppe Conte qui avait fait monter la pression sur ses partenaires européens. Il avait bloqué l'adoption d'une première salve de conclusions, portant sur la défense et le commerce, avant même que ne commence les débats sur les migrations.

L'Italie avait ainsi montré qu'elle ne donnerait son accord à aucun texte commun du sommet si elle n'obtenait pas ce qu'elle voulait sur les migrations. "Nous attendons des actes", avait d'emblée déclaré M. Conte, reprochant à ses voisins d'avoir trop longtemps laissé l'Italie gérer seule les arrivées de migrants.

Des tractations s'étaient ensuite engagées, sur la base notamment de propositions préparées par M. Conte avec le président français Emmanuel Macron, selon des sources diplomatiques.

Ces tensions au Conseil européen à Bruxelles sont venues ponctuer deux semaines de bras de fer diplomatique autour de navires transportant des migrants secourus en Méditerranée, auxquels Rome a refusé l'accostage.

Le sommet a également lieu sur fond de fragilité inédite de la chancelière allemande Angela Merkel, dont l'autorité est défiée sur la question migratoire par ses alliés de la CSU, l'aile droite de sa coalition.

Son ministre de l'Intérieur menace de refouler aux frontières les migrants déjà enregistrés ailleurs, de manière unilatérale, faute de mesures européennes contre les déplacements de migrants dans l'UE, appelés "mouvements secondaires".

"L'Europe a beaucoup de défis mais celui lié à la question migratoire pourrait décider du destin de l'UE", a prévenu jeudi Mme Merkel, appelant à des solutions "multilatérales" et non "unilatérales".

Si les dirigeants européens ne se mettent pas d'accord, ils vont fournir "un nombre croissant d'arguments" à des mouvements populistes, avait prévenu le président du Conseil européen, Donald Tusk. Et ce même si les arrivées sur les côtes européennes ont chuté de manière spectaculaire comparé au pic enregistré à l'automne 2015.

Les propositions franco-italiennes qui ont alimenté les débats entre dirigeants européens portaient notamment sur la création de "centres contrôlés" dans des pays européens "volontaires", où seraient débarqués les migrants arrivant dans les eaux européennes.

Les migrants éligibles à l'asile pourraient être répartis depuis ces lieux dans d'autres pays européens, eux-aussi volontaires, répondant ainsi au souhait italien d'une "responsabilité partagée" pour tous les migrants arrivant en Europe.

Une source gouvernementale italienne a salué la "contribution importante" de M. Macron, tout en relevant que quelques pays s'étaient opposés "avec force" à ces propositions, en laissant entendre qu'il s'agissait notamment de la Hongrie.

"Ce qui est arrivé avec l'Aquarius est intéressant", a fait valoir cette même source en référence à ce navire avec 630 migrants à son bord, à qui l'Italie et Malte avaient refusé l'accostage début juin.

"A son arrivée en Espagne, il y a eu un partage entre pays européens" de l'accueil des passagers, a observé cette source. Quant au Lifeline, un autre bateau humanitaire que Rome refusait d'accueillir, il a lui pu accoster mercredi à Malte après des jours d'incertitude.

Pour réduire au maximum le nombre de bateaux arrivant dans les eaux européennes, le président du Conseil européen Donald Tusk a de son côté proposé aux dirigeants des pays de l'UE de réfléchir à des "plateformes de débarquement hors de l'Europe" pour les migrants secourus en mer, qui "mettrait fin au modèle économique des passeurs".

Débarquer les migrants hors de l'UE épargnerait aux Européens de se quereller pour la prise en charge de navires. Mais les contours du projet restent encore très flous, et il suscite de nombreuses questions sur sa compatibilité avec le droit international.

Le chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita, a déjà fait savoir jeudi que son pays rejetait l'idée de tels centres d'accueil hos de l'UE.

Le sommet devait initialement permettre de débloquer la réforme du régime d'asile européen, enlisée depuis deux ans. Mais cet objectif a été abandonné, les divergences étant trop fortes sur la réforme du Règlement de Dublin, qui confie aux pays de première entrée dans l'UE la responsabilité des demandes d'asile.

La Commission propose de déroger à ce principe en période de crise, avec une répartition des demandeurs d'asile depuis leur lieu d'arrivée. Mais des pays comme la Hongrie et la Pologne, soutenus par l'Autriche, s'y opposent frontalement. L'Italie demande de son côté un système permanent de répartition, et l'abandon pur et simple du principe de la responsabilité du pays d'arrivée.

Avec AFP

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