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Les Occidentaux veulent muscler l'OIAC


Les véhicules transportant les inspecteurs de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) à Damas, en Syrie, le 18 avril 2018.

Les Occidentaux vont tenter ce mardi de muscler l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) en lui donnant le pouvoir de désigner les responsables de telles attaques, un projet qui se heurte à l'opposition de la Russie.

La réunion à La Haye survient alors que les inspecteurs de l'OIAC doivent de manière imminente dévoiler un rapport attendu de longue date sur l'attaque présumée au sarin et au chlore du 7 avril à Douma, près de Damas.

Rarissime, la session spéciale du plus haut organe politique de l'organisation, prix Nobel de la paix en 2013, a été demandée par la Grande-Bretagne, représentée pour l'occasion par le chef de sa diplomatie Boris Johnson.

Londres a pris cette initiative quelques semaines après l'empoisonnement par un agent innervant de l'ex-espion russe Sergueï Skripal et de sa fille à Salisbury (sud-ouest de l'Angleterre). Une attaque chimique, la première depuis des décennies en Europe, que le Royaume-Uni a attribuée à la Russie.

Le sujet des armes chimiques est longtemps resté tabou depuis leur apparition sur les champs de bataille de la Première Guerre mondiale.

Mais le recours récent aux gaz toxiques dans les conflits irakiens et syriens, et aux agents neurotoxiques à Salisbury et à Kuala Lumpur contre le demi-frère du leader nord-coréen Kim Jong Un, suscite une inquiétude croissante dans le monde entier.

En cause: l'absence de méthodes efficaces pour placer les coupables devant leurs responsabilités.

Soutenue par 11 alliés, la Grande-Bretagne va, lors de la réunion qui s'ouvre mardi, proposer que l'OIAC "commence à attribuer la responsabilité des attaques d'armes chimiques en Syrie" comme l'a dit M. Johnson dans un tweet le 13 juin.

"Avec son expertise technique avérée en matière d'armes chimiques, l'OIAC est le bon organe pour étudier qui est derrière une attaque", a-t-il ajouté.

Une source diplomatique française a de son côté déclaré sous le couvert de l'anonymat que "le mandat et les moyens de l'OIAC doivent être adaptés aux défis du 21e siècle".

"Ils ont été conçus dans un contexte entièrement différent, pour vérifier de façon indépendante la bonne destruction par les grandes puissances de la Guerre froide de leurs stocks d'armes chimiques", a fait valoir cette source. "Nous ne sommes plus du tout dans ce contexte-là, il faut adapter les structures et les missions de l'OIAC à la situation actuelle".

"Culture d'impunité"

La tension risque de monter lors des pourparlers de La Haye qui se dérouleront à huis clos mercredi et se poursuivront probablement jusqu'à jeudi pour un vote clé sur le projet de résolution britannique.

La Russie, qui a accusé les sauveteurs syriens bénévoles --les "casques blancs"-- d'avoir mis en scène l'attentat de Douma, a déjà fustigé le projet.

"Le rôle d'attribution (des attaques chimiques, ndlr) dépasse le mandat de l'OIAC", a estimé l'ambassade de Russie aux Pays-Bas dans un communiqué.

Pour Moscou, les règles régissant l'OIAC ne peuvent être changées qu'en modifiant la convention elle-même.

"Les initiateurs font peu pour dissimuler le fait qu'ils prévoient de s'en servir pour attiser l'hystérie anti-syrienne et anti-russe", a aussi affirmé l'ambassade russe sur son compte Twitter.

Pour être approuvé, le projet britannique devra obtenir une majorité des deux-tiers des votants.

Selon certaines sources, Moscou s'active en coulisse pour rallier des soutiens et faire échec à la proposition.

Au Conseil de sécurité de l'ONU, la Russie avait exercé l'an dernier son droit de veto pour mettre fin au mandat de la mission d'enquête commune ONU-OIAC, le Joint Investigative Mechanism (JIM), en Syrie.

Avant de disparaître en décembre, le JIM avait déterminé que le régime syrien avait utilisé du chlore ou du gaz sarin au moins quatre fois contre sa propre population et que le groupe État islamique avait utilisé du gaz moutarde en 2015.

Techniquement, l'OIAC est capable d'identifier les responsables d'une attaque à l'arme chimique, a indiqué M. Uzumcu, mettant la communauté internationale en garde contre l'inaction: "Une culture de l'impunité ne peut pas se développer autour de l'utilisation d'armes chimiques".

Avec AFP

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