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Après le carburant et l'électricité, le Zimbabwe aussi en panne de passeports


Les membres nouvellement élus du Parlement du Zimbabwe se préparent à prêter serment lors d'une cérémonie d'assermentation à Harare le 5 septembre 2018.

Les Zimbabwéens fatigués de la crise qui ravage leur pays vont devoir s'armer de patience, ils ne sont pas prêts de pouvoir choisir l'exil. Sans moyens, leurs autorités sont incapables de délivrer le moindre passeport, sauf à de rares privilégiés.

Depuis un an, les demandes de passeports ne sont plus satisfaites qu'au compte-gouttes, reconnaissent eux-mêmes les services chargés de les émettre, la faute au manque de devises étrangères nécessaires pour acheter le papier et les équipements indispensables à leur fabrication.

"Début juin, les demandeurs étaient priés de revenir à la fin 2020", a confirmé lundi sous couvert de l'anonymat à l'AFP un fonctionnaire du ministère de l'Intérieur.

Ajoutée à l'inflation galopante, à la dépréciation de la pseudo-monnaie locale, aux pénuries de produits de base et autres coupures d'électricité, cette énième faillite de l'Etat zimbabwéen ajoute à la colère de nombreux citoyens.

Ainsi Isheanesu Mpofu, 23 ans, au chômage malgré son diplôme universitaire. Il a déposé sa demande de passeport en novembre dernier et atteint toujours son sésame pour l'étranger.

"Je suis revenu début juin pour vérifier l'évolution de ma demande, on m'a dit de revenir en août", s'est emporté le jeune homme, qui souhaite rendre visite à sa famille exilée. "C'est quand même mon droit d'avoir un passeport pour voyager quand bon me semble, non ?", s'est-il exclamé.

Faute de statistique officielle, on estime de 1 à 3 millions le nombre de Zimbabwéens qui ont fui la crise sévissant dans leur pays depuis le début des années 2000 pour s'établir, souvent illégalement, en Afrique du Sud voisine.

Malgré ses promesses répétées, le président Emmerson Mnangagwa, qui a succédé fin 2017 à l'autocrate Robert Mugabe, ne parvient pas à relancer l'économie du pays.

Le mois dernier, M. Mnangagwa a été contraint de reconnaître publiquement la gravité de cette "crise des passeports".

Mais il en a rendu aussitôt responsables les entreprises qui fournissent le matériel. "Ils ont dit qu'ils n'imprimeraient plus de passeports parce qu'on leur doit de l'argent", s'est-il offusqué en affirmant que l'Etat avait payé sa dette.

En avril, le ministre de l'Intérieur, Cain Mathema, s'était fait fort de résorber les demandes en attente - 280.000 quand même - en produisant "jusqu'à 8.000 passeports par jour".

Trois mois plus tard il n'en est rien. De l'avis d'un de ses fonctionnaires, il n'en sort quotidiennement pas plus... d'une petite dizaine.

"On pourrait rapidement rattraper notre retard, mais nos machines sont toujours à l'arrêt", a-t-il confié à l'AFP.

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