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Afghanistan : plus de 5.000 victimes en six mois, dont 388 enfants

Kaboul, Afghanistan, 9 mai 2015

L'ONU comptabilise un "nombre record" de morts début 2016, témoignant de la dégradation de la sécurité en Afghanistan, dont les enfants payent le prix fort.

Ce bilan, en hausse de 4% par rapport à la même période 2015, avec 1.601 morts et 3.565 blessés en six mois (5.166 victimes au total), est publié deux jours après un double attentat suicide à Kaboul revendiqué par l'organisation Etat islamique (EI), qui a fait 80 morts et au moins 231 blessés.

"Les gens sont tués pendant qu'ils prient, travaillent, étudient, en allant chercher de l'eau, en sortant de l'hôpital: chaque victime civile représente un échec et doit appeler chaque partie au conflit à réagir", a plaidé le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU à Kaboul, Tadamichi Yamamoto, en présentant le rapport lundi.

-Bilan sous-estimé-

Les chiffres retenus, sans doute "sous-estimés" insiste l'ONU, sont les plus élevés depuis que la Mission d'assistance des Nations unies en Afghanistan (Unama) a commencé son comptage en 2009: ils portent le bilan total des pertes civiles entre le 1er janvier 2009 et le 30 juin 2016 à 63.934 victimes, soit près de 23.000 morts et 41.000 blessés.

L'Unama accuse les forces insurgées, principalement les talibans et le groupe EI, d'être responsables de la grande majorité (60%) de ces victimes. Mais elle note que celles causées par les forces gouvernementales sont en hausse de "47% par rapport à l'an dernier", et représentent 23% du total.

En 2015, l'ONU avait compté 11.000 victimes civiles.

Chez les enfants, dont 388 ont été tués et 1.121 blessés sur les six derniers mois, les explosifs abandonnés -mines et autres "objets explosifs improvisés" (IED)- sont responsables à 85% des pertes.

Mais les attaques suicides comme celles de samedi sont responsables de 20% des victimes au total contre 17% pour les IED et 38% pour les combats au sol.

Pour l'organisation Save The Children à Kaboul, "ces conclusions sont vraiment choquantes et montrent un sérieux retour en arrière pour les enfants afghans". Leur exposition à tant de violences provoque "des situations de détresse importantes susceptibles de générer des problèmes psychologiques entravant leur développement", a ajouté l'ONG dans un communiqué.

-Destins brisés-

Pour dresser cette comptabilité macabre, l'ONU enregistre également les témoignages des victimes et de leurs proches.

"Le chauffeur amputé privé de son gagne-pain; le père parti faire des courses au bazar qui retrouve les siens morts, à la maison; les bras ou jambes cassés mal soignés parce que la famille n'en a pas les moyens et qui empêcheront à jamais de travailler; les parents qui ramassent les restes de leur enfant dans un sac en plastique... au cours des six derniers mois, nous avons collecté 5.166 récits de cette sorte", autant de destins brisés, insiste le haut-commissaire aux droits de l'Homme de l'ONU, Zeid Ra'ad Al Hussein, cité dans la présentation du rapport.

"Les abus présentés ici dans leur nudité déclenchent en réalité une série de désastres humains qui dépassent l'Afghanistan, jusqu'en Méditerranée et au-delà puisque tellement d'Afghans vont tenter de chercher asile hors de chez eux, prenant pour ce faire d'énormes risques", rappelle-t-il.

Selon le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), les Afghans représentent la deuxième population de réfugiés au monde (après les Syriens) avec 2,4 millions d’Afghans dispersés dans les pays voisins, Pakistan et Iran en tête, et environ 200.000 en Europe.

Plus de 1,2 million sont déplacés à l'intérieur de leur pays, dont 380.000 l'ont été ces derniers mois pour fuir les combats entre les forces gouvernementales et les insurgés.

La sécurité s'est constamment dégradée dans le pays depuis le départ de la majorité des forces de la coalition occidentale fin 2014, malgré la présence de près de 12.000 militaires.

Les Etats-Unis ont annoncé au début de l'été qu'ils maintiendraient, jusqu'au début 2017 et la fin du mandat Obama, 8.400 militaires en Afghanistan au lieu des 5.500 initialement prévues et ont renforcé leur rôle auprès des forces locales.

Avec AFP

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Trump et Biden se disputent le vote des Hispaniques de Floride

Fabiola Vejar, à droite, inscrit Stephanie Cardenas pour voter devant un supermarché latino à Las Vegas, le 9 juin 2016.

Quel est le point commun entre l'ex-leader cubain Fidel Castro et l'ouragan Maria qui a dévasté l'île de Porto Rico en 2017? Chacun est brandi comme un épouvantail par Donald Trump et Joe Biden quand ils viennent à la chasse aux électeurs latinos en Floride.

Dans cet Etat où se sont jouées de précédentes présidentielles --et où pourrait bien se jouer celle du 3 novembre-- le poids électoral des votants d'origine cubaine est connu depuis des décennies: anticastristes convaincus, ils sont majoritairement républicains.

Mais la carte locale du vote hispanique pourrait ne plus avoir grand chose à voir en 2020 par rapport à 2016.

Dans le sillage d'une profonde crise financière qui l'a mise à genoux économiquement, Porto Rico a été ravagée par Maria, poussant des dizaines de milliers de ses habitants à quitter l'île et venir grossir les rangs de la population hispanophone de Floride.

C'est le cas de Taileen Nieves, 42 ans. Cette femme a enduré les terribles coups de boutoir de l'ouragan, le 20 septembre 2017, et a été directement témoin des vastes destructions causées.

Afflux de sinistrés portoricains

Deux mois plus tard, épuisée par les conditions de vie et l'absence de courant électrique, la Portoricaine a pris son fils de 3 ans sous le bras et s'est résolue à trouver refuge en Floride.

"Cela a été vraiment difficile, moi seule avec mon enfant. Et très dangereux", résume-t-elle.

Elle vit désormais à Auburndale, dans le centre de la péninsule située au Sud-Est des Etats-Unis. Après dix mois de chômage, elle a trouvé un emploi chez un podologue.

Selon Jorge Duany, directeur de recherches sur les questions cubaines à l'Université internationale de Floride, "il y a actuellement environ un million d'électeurs portoricains inscrits, plus ou moins la même quantité que les Cubains".

Et donc, au scrutin du 3 novembre, le comportement des électeurs latinos dépendra d'une donnée nouvelle mais cruciale: le jugement qu'ils portent sur la gestion de l'ouragan par Donald Trump.

Maria a fait quelque 3.000 morts à Porto Rico, un lourd bilan qui marquera durablement la mémoire collective des sinistrés.

Beaucoup se souviennent de la visite éclair post-ouragan du président dans le territoire, dont les près de 4 millions d'habitants sont des citoyens américains.

Donald Trump avait été filmé en train de jeter des rouleaux de papier essuie-tout en direction de supposés sinistrés, d'une façon nonchalante voire dégradante selon les critiques du président, et en tout cas sans la gravité attendue face à l'ampleur de la catastrophe.

Trois ans plus tard, les démocrates entendent garder ce souvenir vivace et l'exploiter.

L'équipe de campagne de Joe Biden a diffusé un clip vidéo compilant les images de la dévastation causée par Maria, sur une musique de Bad Bunny, célèbre chanteur de reggaeton portoricain.

Mardi, le candidat démocrate s'est rendu à Kissimmee, un bastion portoricain proche de la grande ville d'Orlando. Il a exprimé son soutien à ce que le territoire insulaire devienne le 51e Etat de l'union.

Une énorme pancarte montrait Donald Trump et sa distribution aérienne de rouleaux essuie-tout, avec la légende suivante: "Défense d'oublier".

Cependant, l'incertitude plane sur la capacité à se mobiliser de cet électorat.

Vénézuéliens "nouveaux Cubains"

A l'opposé, le soutien à Donald Trump des votants d'origine cubaine semble s'être renforcé depuis 2016.

Selon un sondage NBC News/Marist: le président devancerait son rival démocrate de quatre points (50-46) dans les intentions de vote chez les Latinos, les deux hommes étant à égalité en Floride en comptant tous les électeurs.

M. Trump a su rallier les votants d'origine vénézuélienne en adoptant une posture farouchement anti-Maduro, le président du Venezuela, même si celui-ci est toujours au pouvoir à Caracas.

"Les républicains ont une stratégie habile qui consiste à transformer les Vénézuéliens en nouveaux Cubains", résume Randy Pestana, un expert en sciences politiques.

Dimanche, Trump a rendu hommage aux anciens combattants du débarquement de la baie des Cochons, une tentative d'invasion militaire de Cuba par des exilés cubains soutenus par les États-Unis en avril 1961.

Dans le reste du pays, les électeurs hispaniques sont majoritairement originaires du Mexique et des pays d'Amérique centrale. Pour eux la question migratoire est essentielle pour déterminer leur vote, un thème sur lequel Donald Trump a toujours affiché sa fermeté.

Résultat, au niveau national, 66% des Hispaniques disent avoir une opinion défavorable du président, selon l'institut Latino Decisions. Et en novembre ils représenteront pour la première fois le premier groupe de votants parmi les minorités ethniques, avec 13% de l'électorat, a calculé l'institut Pew.

Mais ce sont bien les Latinos de Floride qui seront les plus susceptibles de faire basculer l'issue du scrutin.

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