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Adoussouma, jeune Tchadien, fauché par une balle pendant une manif anti-junte

Une manifestation est en cours à N'Djamena, au Tchad, le 27 avril 2021.

A droite de la porte de la maison familiale des Komeissou, une photo d'Adoussouma, tué mardi dans les manifestations à N'Djamena contre la junte, a été imprimée sur une feuille A4 et accrochée sur le mur décrépi.

Le grand sourire qu'il a sur cette photo est le seul point lumineux ce jeudi dans cette grande maison de la capitale du Tchad où une quarantaine de ses proches et amis sont venus présenter leurs condoléances.

Adoussouma avait 27 ans. Avec des amis, il avait décidé mardi matin d'aller manifester "pour le changement" dans son pays, selon son oncle Joslin.

Il voulait seulement aller sur la grande route goudronnée qui borde son quartier populaire et contestataire de Walia, dans le sud de N'Djamena. C'était à quelques dizaines de mètres seulement de sa maison.

Mais il a été touché par une balle, qui a traversé ses jambes. Il est mort à l'hôpital quelques heures plus tard.

Pour les registres municipaux, Joslin a raconté en larmes au responsable de la morgue les circonstances du décès. A l'AFP quelques minutes plus tard, il disait ne pas comprendre pourquoi son neveu avait été tué.

Adoussouma fait partie des manifestants morts durant la manifestation à l'appel de l'opposition et de la société civile mardi, qui a été réprimée par les forces de sécurité.

"succession dynastique"

La marche, comme de nombreuses autres au Tchad, avait été interdite par les autorités.

Ses organisateurs voulaient dénoncer la "succession dynastique" que représente selon eux la prise de pouvoir de Mahamat Idriss Déby après la mort au front de son père Idriss Déby Itno.

Mahamat Idriss Déby a pris la tête d'un Conseil militaire de transition (CMT), composé de généraux proches de son défunt père, et concentre presque tous les pouvoirs.

Pour l'opposition et la société civile, c'est un "coup d'Etat institutionnel" qu'il fallait dénoncer autant que le soutien apporté par la sous-région et les alliés du Tchad, dont la France, soucieux de la stabilité de ce pays pivot entre la Libye, le Sahel et l'Afrique centrale.

Mais les manifestations ont tourné court: après à peine quelques heures, les quelques groupes de jeunes de manifestants ont été dispersés par des forces de l'ordre omniprésentes sur des pick-ups.

Les hommes en tenue, pour la plupart enturbannés ou cagoulés, ont tiré. Des gaz lacrymogènes et des balles.

Des dizaines de personnes ont été blessées et hospitalisées. Selon les autorités, six personnes ont été tuées à N'Djamena et dans le sud du pays. Une douzaine selon les ONG locales.

Plus de 650 autres ont été arrêtées par les hommes des pick-ups à N'Djamena, dont plusieurs journalistes. Beaucoup ont été relâchés depuis.

"ne plus vivre"

Trois jours plus tard, foulard noir sur la tête, la mère d'Adoussouma se lamente. "C'était mon premier fils, c'est lui qui devait m'aider", souffle-t-elle, en retenant ses larmes.

"Moi je n'ai rien fait, j'ai déjà beaucoup souffert", répète Yvonne encore et encore. A l'annonce de sa grossesse, le père d'Adoussama l'avait abandonnée. "Je ne veux plus vivre", dit-elle.

"C'était un bon gars, il devait être utile à la famille, il devait être utile pour le Tchad, et subitement il est parti", ajoute Balo Lama Komeissou, 69 ans, le chef de la famille.

"Le gouvernement ne tient pas compte de sa population et ne connaît pas la misère dans laquelle nous vivons", dit-il.

Dans ce pays parmi les plus pauvres du monde, où le métier des armes ou la fuite vers l'orpaillage saharien sont les principaux débouchés tant l'économie est en berne malgré les revenus du pétrole, le "raz-le-bol" des jeunes représente un "danger", estime Remadji Hoinathy, chercheur à l'Institut des études de sécurité (ISS) à N'Djamena.

"Au vu de la situation actuelle, ceux qui sont nés au début des années 90, se disent qu'il n'y a pas grand chose à perdre", poursuit le chercheur.

Adoussouma était l'un de ces jeunes désabusés. A 27 ans, il finissait à peine le lycée.

"Il voulait que le Tchad change, qu'il prospère avec tout le monde" sans "inégalités et népotisme", explique Joslin.

Il veut croire désormais qu'Adoussama "sera un martyr", que "le sang versé n'est pas pour rien".

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Plainte à l'ONU de militants sahraouis contre le Maroc pour "détention arbitraire"

Début juin, quatre plaintes ont été déposées contre le Maroc devant le Comité des Nations unies contre la torture, concernant quatre activistes sahraouis.

Dix-huit indépendantistes sahraouis, incarcérés au Maroc pour l'assassinat de membres des forces de l'ordre en 2010 dans l'affaire dite de Gdeim Izik, ont déposé une plainte contre le royaume auprès de l'ONU pour "détention arbitraire", a indiqué vendredi un groupe de soutien.

Cette affaire tient son nom du camp où avaient été tués en novembre 2010 onze policiers et gendarmes marocains près de Laâyoune, la capitale du Sahara occidental administré par Rabat depuis la fin de la colonisation espagnole.

"Les prisonniers de Gdeim Izik déposent une plainte contre le Maroc auprès du Groupe de travail sur la détention arbitraire des Nations unies alléguant des actes de torture et de répression politique", précise un communiqué du groupe de soutien de Genève pour la protection et la promotion des droits humains au Sahara occidental.

Le groupe ajoute que "les Sahraouis qui militent en faveur de l'autodétermination sont soumis à des pratiques discriminatoires et ont été condamnés à de longues peines d'emprisonnement sur la base d'aveux entachés de torture".

Ces activistes indépendantistes font partie d'un groupe de 23 Sahraouis condamnés à des peines allant de deux ans de prison à la perpétuité dans le cadre de l'affaire de Gdeim Izik.

Début juin, quatre plaintes ont été déposées contre le Maroc devant le Comité des Nations unies contre la torture, concernant quatre activistes sahraouis, dont trois condamnés dans l'affaire de Gdeim Izik "gravement torturés", avaient annoncé des ONG.

La coordination des familles des victimes du camp de Gdeim Izik a, elle, dénoncé dans un communiqué "une dangereuse tentative de galvauder les faits, transformant les criminels en victimes".

Le conflit du Sahara occidental -vaste territoire désertique riche en phosphates et aux eaux très poissonneuses- oppose depuis des décennies le Maroc aux indépendantistes sahraouis du Front Polisario, soutenus par l'Algérie.

Tandis que Rabat prône un statut d'autonomie sous souveraineté marocaine, le Polisario réclame un référendum d'autodétermination, prévu par l'ONU lors de la signature en 1991 d'un cessez-le-feu, mais qui ne s'est jamais concrétisé.

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