Liens d'accessibilité

Dernières nouvelles

Sénégal

A Dakar, le front de mer cède du terrain sous les assauts des promoteurs

Des gens se baignent sur les plages populaires des Mammelles, devant des chantiers à Dakar, le 27 juin 2020.

Depuis des années, les promoteurs ont pris pour cible son rivage de carte postale, érigeant hôtels et résidences de luxe et défigurant petit à petit le paysage en se jouant d'une législation complexe et peu appliquée.

Une matinée a suffi aux bulldozers pour faire tomber des pans de la colline du phare de Mamelles. Le site, d'où la vue est à couper le souffle, subit les assauts des promoteurs immobiliers, comme une bonne partie du front de mer de Dakar.

Fin mai, un homme s'est présenté avec un permis et a entrepris de terrasser au pied de la colline pour construire un hôtel, causant la stupéfaction des habitants et des élus locaux, raconte Mamadou Mignane Diouf, de l'ONG Forum social.

Pourtant, "ici, personne ne doit construire", dit-il, car la colline, surmontée d'un phare emblématique depuis 1864, est une zone verte protégée.

La capitale sénégalaise, métropole de trois millions d'habitants en rapide expansion sous la pression de l'exode rural, se sent de plus en plus à l'étroit sur sa péninsule qui s'enfonce dans l'Atlantique.

Les Dakarois ordinaires se plaignent de cette privatisation du littoral, qui réduit l'accès à la mer et aux plages dans une ville manquant cruellement d'espaces de loisirs collectifs.

Un jeune garçon sénégalais sur la célèbre plage des Mammelles devant un nouveau chantier à Dakar, le 27 juin 2020.
Un jeune garçon sénégalais sur la célèbre plage des Mammelles devant un nouveau chantier à Dakar, le 27 juin 2020.

Electrochoc

La destruction d'une partie de la colline des Mamelles, bien que loin d'être un fait sans précédent, a constitué un électrochoc et soulevé de nombreuses protestations.

Avec la colline voisine, surmontée de l'imposant monument de la Renaissance africaine, bâti par la Corée du Nord, les deux monticules volcaniques d'une centaine de mètres de haut portent le nom évocateur de "Mamelles". Elles sont un élément reconnaissables entre tous du paysage, auxquels les Dakarois sont attachés. Leurs abords sont déjà largement urbanisés.

Après des protestations dans la presse et sur les réseaux sociaux, la police a interrompu le terrassement, qui laisse un trou béant au ton ocre.

"Ils ont déjà causé beaucoup de dégâts", regrette M. Diouf en parcourant un amas de gravats et en se demandant "pourquoi quelques privilégiés pensent qu'eux seuls ont droit d'accéder au littoral, de le privatiser, de le fermer et de permettre uniquement à eux et à leur famille d'y accéder au détriment des autres Sénégalais".

Le ministre de l'Urbanisme, Abdou Karim Fofana, assure que le gouvernement du président Macky Sall, au pouvoir depuis 2012, travaille à une nouvelle loi de protection du littoral.

Mais l'attribution sous les précédents régimes de titres de propriété et de permis de bâtir signifie que de nombreux projets immobiliers vont probablement se poursuivre, explique-t-il avec une dose de fatalisme.

"Il faut sauvegarder les parties non occupées, faire en sorte que les Sénégalais et la population dakaroise y aient accès", dit-il.

Des jeunes sénégalais se dirigent vers la célèbre plage des Mammelles à travers des chantiers à Dakar le 27 juin 2020.
Des jeunes sénégalais se dirigent vers la célèbre plage des Mammelles à travers des chantiers à Dakar le 27 juin 2020.

"La loi des plus forts"

Pays de 16 millions d'habitants, le Sénégal s'est engagé dans un programme de développement et de modernisation. La construction d'autoroutes, le développement de carrières de calcaire et la construction à tout-va de logements pèsent sur l'environnement, déjà mis à mal par le changement climatique et la déforestation sauvage.

Pour Marianne Alice Gomis, une élue dakaroise spécialiste d'urbanisme, "le problème principal vient des titres liés à la propriété foncière", le cadastre étant très lacunaire.

La majorité des constructions à Dakar sont illégales, explique-t-elle, en soulignant que de nombreux responsables méconnaissent les codes urbanistiques.

Marianne Alice Gomis cite en exemple un conflit qui oppose sa commune (subdivision de Dakar), Mermoz-Sacré-Coeur, au promoteur d'un projet d'appartements qui verrait le jours aux abords d'une des plus grandes plages. La commune de Mermoz affirme que le terrain litigieux se situe sur son territoire. Le promoteur détient un permis de bâtir, mais il a été délivré par une commune voisine.

Le maire de Mermoz, Barthélémy Diaz, a qualifié l'opération "d'agression flagrante sur le domaine public maritime" et estimé qu'il "s'agit d'une contribution significative de ce promoteur à l'érosion côtière". "Et c'est cela qui est inadmissible", a-t-il ajouté.

Balla Magassa, 43 ans, est propriétaire d'un petit bar sur ce qui reste de la plage des Mamelles, au pied de la colline. Déjà entouré de bâtiments, il craint d'être définitivement chassé par de nouveaux projets. "C'est simplement la loi des plus forts", dit-il.

La jeunesse sénégalaise se détend sur la célèbre plage de Mermoz devant un nouveau chantier à Dakar, le 27 juin 2020.
La jeunesse sénégalaise se détend sur la célèbre plage de Mermoz devant un nouveau chantier à Dakar, le 27 juin 2020.

Toutes les actualités

Six personnes inculpées après l'attaque du siège d'un quotidien sénégalais

Les Sénégalais lisent les nouvelles du matin, à Dakar, le 27 février 2012.

Au Sénégal, six personnes soupçonnées d'avoir participé à l'attaque du journal Les Echos ont été inculpées et écrouées vendredi soir à Dakar, a affirmé samedi une source proche du dossier. 

Ces personnes sont poursuivies pour pillage de biens appartenant à autrui et association de malfaiteurs.

"C'est une qualification criminelle. Ces faits sont punis de 10 ans de prison", a expliqué cette source, sans préciser l'identité des six personnes.

Lundi, le siège des Echos avait été vandalisé par des partisans présumés d'un guide religieux, qui reprochaient à la rédaction du quotidien d'avoir affirmé que ce dernier avait été contaminé par le Covid-19.

Sept ordinateurs et un poste de télévision avaient été endommagés par une demi-douzaine d'hommes à la recherche de l'auteur de l'article, publié le jour même, affirmant que Serigne Moustapha Sy, figure de l'influente confrérie musulmane des tidianes et président du Parti de l'unité et du rassemblement (PUR), avait été "terrassé par le Covid-19" et admis à l'Hôpital principal de Dakar.

Le parti avait démenti ces "mensonges éhontés" dans un communiqué et affirmé que le président du PUR était "bien portant".

Reporter sans frontières (RSF) et des organisations locales de défense de la presse avaient dénoncé cette attaque.

Le Sénégal a officiellement déclaré 10.432 cas de coronavirus, pour 214 décès. Des personnes contaminées ont dénoncé publiquement la "stigmatisation" dont elles ont été victimes lorsque leur maladie a été connue.

Une tragédie s'abat sur la communauté sénégalaise de Denver, au Colorado

Une tragédie s'abat sur la communauté sénégalaise de Denver, au Colorado
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:03:15 0:00

Des milliers de Libanais d'origine sont sous le coup de la tragédie qui a frappé Beyrouth

Des milliers de Libanais d'origine sont sous le coup de la tragédie qui a frappé Beyrouth
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:01:18 0:00

Victimes d'actes de violence, les médias sénégalais demandent plus de sécurité

Les organisations de presse se sont mobilisées suite à ces violences contre les acteurs des médias, à Dakar, le 5 août 2020. (VOA/Seydina Aba Gueye)

En 2019, des journalistes avait subi une attaque à Tambacounda à la suite de violences meurtrières impliquant des membres du PUR. Ces derniers ont été condamnés à des peines allant de 3 mois à 15 ans de réclusion criminelle.

Une attaque contre les locaux du quotidien "Les Échos" à Dakar a remis au goût du jour les violences contre les médias et incité les associations de la presse à la mobilisation. Souvent victimes de menaces et quelques fois d'attaques verbales ou physiques, les journalistes comptent mettre fin à ces persécutions provenant des milieux politiques, religieux et coutumiers.

Lundi 3 août 2020, le quotidien "Les échos" avait mis à sa Une la contamination au Covid-19 et l'hospitalisation de Serigne Moustapha Sy, guide moral de la puissante association religieuse des moustarchidines et président du Parti de l'unité et du Rassemblement (PUR). Une information qui a déchaîné ses disciples qui sortent un communiqué menaçant le journal.

Une attaque contre les locaux du quotidien sénégalais "Les Échos"
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:02:53 0:00


Le quotidien "Les Échos" est par la suite victime d'une violente attaque comme le relate le rédacteur en chef Mbaye Thiandoum. "Des gens ont débarqué au niveau du journal et ils se sont mis à attaquer notre matériel qu’ils ont complètement bousillé. Ils ont cassé pas moins de 8 ordinateurs et la télévision", ce dernier ajoute que les auteurs de l'attaque "se sont réclamés à leur arrivée comme des disciples de Serigne Moustapha Sy" avant de commettre le forfait.

Au lendemain de cette énième attaque contre les médias, la Coordination des associations de presse (CAP) s'est mobilisée pour mettre les autorités face à leurs responsabilités et réclamer plus de sécurité face à ces actes qui secouent l'un des piliers de la démocratie sénégalaise.


Pour les acteurs des médias, cet "acte de terreur lâche visiblement planifié et coordonné" appelle une condamnation de tout patriote soucieux du devenir démocratique du pays. La CAP en appelle à la responsabilité du gouvernement de la République du Sénégal afin que la "sécurité des journalistes" soit une "réalité institutionnelle" d’abord avec le "parachèvement des textes réglementaires qui sont toujours en souffrance dans les arcanes du pouvoir".

Au-delà de la saisine des autorités, le Syndicat des Professionnels de l'information et de la communication du Sénégal (Synpics) estime que c'est un combat que la presse doit mener avec fermeté sur tous les fronts possibles. Le Secrétaire Général du Synpics, Bamba Kassé, se dit surpris et déçu mais déterminé à mener ce combat.

"Nous pensions que le Sénégal avait dépassé ces périodes noires où on pointait du doigt la presse et où on essayait de la faire taire. Malheureusement cet acte nous renseigne que ce n’est pas encore le cas", s'insurge-t-il.

Pour lui, le rôle du syndicat est de "marquer sa solidarité mais aussi d’accompagner le média en question" dans toutes les actions judiciaires qu'il va entamer.

Le quotidien "Les Échos" a déposé une plainte et la section de recherches de la gendarmerie a d'ores et déjà procédé à l'arrestation de 6 personnes soupçonnées d'être impliquées dans l'attaque.

Comment maintenir les enfants en forme, malgré la pandémie ?

Comment maintenir les enfants en forme, malgré la pandémie ?
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:02:38 0:00

Voir plus

XS
SM
MD
LG