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Regain de tensions au moment où les Français s'en vont de la Centrafrique


Les présidents François Hollande et Faustin Touadera lors d'une conférence de presse à Bangui, Centrafrique, le 13 mai 2016.

Les présidents François Hollande et Faustin Touadera lors d'une conférence de presse à Bangui, Centrafrique, le 13 mai 2016.

Enlèvement de policiers en plein Bangui, villages attaqués en province, rebelles qui ne désarment pas: après plusieurs mois d'accalmie, la Centrafrique renoue avec les violences au moment où la force militaire française Sangaris s'en va.

Tous voulaient y croire, lorsqu'en novembre 2015, le pape François en visite à Bangui est venu délivrer son message de paix. Et la trêve fut bien réelle, le temps pour les Centrafricains d'élire un nouveau président, Faustin-Archange Touadéra, chargé de mettre fin à une transition politique chaotique et de redresser un pays miné par trois années de conflit.

Mais la situation sécuritaire demeure extrêmement fragile, comme l'a démontré le regain de tensions à Bangui la semaine dernière, le plus fort depuis l'élection de M. Touadéra fin février. Six policiers ont été pris en otage par un "groupe d'autodéfense" du PK5, le quartier musulman de Bangui, où une opération des Casques bleus de la Minusca s'est soldée par sept morts et une vingtaine de blessés, selon des sources hospitalières.

"Nous sommes face à des groupes armés qui détiennent toujours des armes de guerre en quantité", a réagi le ministre de la Sécurité, Jean-Serge Bokassa, joint par l'AFP: "tant qu'ils ne seront pas désarmés, il n'y aura pas d'accalmie durable et on continuera d'enregistrer des pics de violences".

"Ces groupes sont des criminels et rien d'autre, ils se livrent à des activités de grand banditisme et tuent impunément mais n'ont pas d'agenda politique", estime le ministre, qui "espère qu'avec la Minusca, nous arriverons à neutraliser tous ceux qui défient l'autorité de l'Etat".

Les 12.000 soldats de la Mission des Nations unies en Centrafrique (Minusca) déployés dans le pays se retrouvent aujourd'hui seuls en première ligne, en attendant la refondation - encore lointaine - d'une armée centrafricaine.

La France vient en effet de sonner le glas de l'opération Sangaris, déclenchée dans l'urgence en décembre 2013 pour stopper les massacres intercommunautaires entre ex-rebelles Séléka et milices chrétiennes anti-balaka.

Les effectifs français se résument désormais à 350 hommes - contre 2.500 au plus fort des tensions -, censés constituer "une force de réserve tactique" en appui à la force onusienne, selon l'état-major à Paris.

Interrogés par l'AFP, certains habitants de Bangui ne cachent pas leur "inquiétude" après le départ des Français. "Depuis que le président François Hollande a annoncé le retrait de la force Sangaris, les exactions se multiplient. C'est comme si les groupes armés avaient retrouvé leur terrain de prédilection", s'alarme, Valentin Kouangabé, commerçant.

Retour à la case départ

La province est loin d'être épargnée. Une vingtaine de personnes ont été tuées les 19 et 20 juin dans le nord lors de combats opposant d'ex-séléka à des Peuls armés, qui mènent régulièrement des représailles en réaction à des vols de bétail.

L'ONG Médecins sans frontières vient de suspendre durant trois jours toutes ses opérations jugées non essentielles pour protester contre le meurtre d'un chauffeur dans l'attaque d'un de ses convois, le 17 juin, dans le centre-est. C'était le deuxième en un mois.

"Je viens de séjourner à l'intérieur du pays. Il ne se passe plus un seul jour sans qu'il y ait des attaques contre des villages, des véhicules sur la route qui va de Sibut (centre) à Bambari (est)", témoignait récemment Joseph Bendounga, président du MDREC, un petit parti politique centrafricain.

Plusieurs factions dissidentes de l'ex-Séléka, qui avait pris le pouvoir en mars 2013 avant d'en être chassée début 2014 - continuent les exactions dans leurs fiefs du nord et de l'est, notamment le Front populaire pour la renaissance de Centrafrique du "général" Nourredine Adam, visé par des sanctions internationales.

Exaspéré, un étudiant, Axel Ndingkpi, accuse "l'absence de fermeté" du gouvernement qui négocie le processus de DDR (désarmement, démobilisation, réinsertion) avec "des individus qui prennent tout un peuple en otage et osent revendiquer leur entrée au gouvernement".

"Nous sommes revenus à la case départ. On a chassé Bozizé (renversé par la Séléka) en 2013 et élu Touadéra, son ex-Premier ministre, en 2016", commente un ancien officier centrafricain sous couvert d'anonymat. "Un seul individu est parti, mais le même système est en train de se remettre en place".

Avec AFP

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