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Double prise d’otages à Paris


Supermarché Kosher, en France

Supermarché Kosher, en France

En cas de prise d'otages par des malfaiteurs aussi déterminés que les deux frères jihadistes soupçonnés du massacre de Charlie Hebdo, l'essentiel est de gagner du temps, soulignent des experts français, sans cacher que l'issue violente est plus que probable.

Deux jours après le carnage contre le journal satirique (12 morts), la traque des tueurs présumés et celle d'un possible complice, soupçonné d'avoir abattu une policière le lendemain, ont dégénéré vendredi en double prise d'otages à Paris et dans sa région.

Chérif et Saïd Kouachi, 32 et 34 ans, se sont retranchés avec un otage dans les locaux d'une petite imprimerie dans une zone industrielle de Dammartin-en-Goële, une petite commune à 40 km au nord-est de Paris.

Par ailleurs, Amedy Coulibaly, auteur présumé d'une autre fusillade mortelle jeudi en banlieue parisienne et qui connaît Chérif Kouachi, est soupçonné d'être l'homme qui retient cinq personnes en otages dans une épicerie casher à Paris.

L'auteur présumé de la prise d'otages dans la supérette casher de l'est parisien connaît Chérif Kouachi, un des deux frères accusés du carnage de Charlie Hebdo, a-t-on appris vendredi de source proche du dossier.

Amedy Coulibaly, objet d'un appel à témoins pour la fusillade jeudi de Montrouge, dans laquelle une policière a été tuée, et qui est soupçonné d'être l'auteur de la prise d'otages de la supérette, a été repéré en 2010 avec Chérif Kouachi, selon cette source.

Pour les experts, il faut le plus vite possible, par tout moyen, établir un contact avec les hommes armés. Puis commence un jeu psychologique qu'il faut faire durer, dont dépend souvent l'issue de l'affaire.

"La seule hypothèse dans laquelle on va intervenir sans attendre, c'est si la vie de l'otage est menacée ou si les cibles tentent de fuir. Si ce n'est pas le cas, il faut tout faire pour gagner du temps", explique à l'AFP Thierry Orosco, ancien chef du GIGN, force d'élite de la gendarmerie.

"Dans les cas, comme cela semble l'être ici, où la reddition semble exclue, c'est essentiel. Il faut commencer par les contacter. Le but est d'avoir le plus de temps possible pour élaborer un scénario d'intervention le plus chirurgical possible, pour minimiser les dégâts".

"Les ravisseurs aussi ont intérêt à faire traîner et à gagner du temps, afin de disposer d'un temps médiatique le plus long possible. Au bout, avec ce genre de malfaiteurs, on sait tous qu'il y aura la confrontation. Dans un cas comme celui de ces tueurs, ça semble inévitable. Donc c'est un vrai jeu de dupes, il faut savoir le jouer", ajoute-t-il.

Au sein des forces d'élite françaises, fournir aux preneurs d'otages des moyens de communication s'ils n'en ont pas, entamer les négociations, les faire durer, est une tâche dévolue depuis de nombreuses années à des spécialistes dans des "cellules de négociation".

Au cours des dernières années, plus de 90% des missions du GIGN, l'unité d'élite de la gendarmerie à l'oeuvre à Dammartin-en-Goële, ont été résolues par la négociation.

Mais les heures d'attente permettent aussi, au cas où l'assaut devra être donné, d'établir une cartographie des lieux, de repérer les positions des ravisseurs et des otages, d'affiner la tactique d'assaut, pour être le mieux préparé possible si la force doit être employée.

"Il est important de faire durer les choses le plus possible, sauf bien sûr si la vie de l'otage est menacée", précise Ludovic François, professeur à HEC, spécialiste des questions de sécurité.

"Plus on a de temps et plus l'intervention pourra être précise. Il faut gagner du temps aussi si on veut mettre en place des dispositifs techniques, du genre glisser dans les pièces des micros ou des mini-caméras".

"Le GIGN est notamment connu pour avant tout tenter de préserver les vies humaines : les vies des otages, bien sûr, mais aussi celle des malfaiteurs", ajoute-t-il. "Il faut toujours travailler à les convaincre de déposer leurs armes, de se rendre sans violence, même si ça semble difficile avec des terroristes motivés. Mais plus ça dure, plus ça permet de recueillir du renseignement, qui pourra jouer un rôle dans l'intervention".

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