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Au lendemain du massacre de civils, division et colère en RDC


Les manifestants s'assoient à même le sol en signe de deuil des victimes du massacre de Béni, à Bukavu, 26 mai 2016. VOA/ Ernest Muhero

Les manifestants s'assoient à même le sol en signe de deuil des victimes du massacre de Béni, à Bukavu, 26 mai 2016. VOA/ Ernest Muhero

Le massacre de plusieurs dizaines de civils dans la nuit de samedi à dimanche à Beni, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), attisait lundi la contestation contre le président Joseph Kabila, alimentant un climat politique déjà tendu à quelques mois de la fin de son mandat officiel.

Dimanche, un porte-parole de l'armée a imputé cette tuerie aux rebelles ougandais musulmans des Forces démocratiques alliées (ADF), accusés d'être les principaux responsables d'une série de massacres qui ont fait plus de 650 morts dans la région de Beni depuis octobre 2014.

M. Kabila était lundi à Goma, capitale de la province du Nord-Kivu, où se tient une réunion de sécurité. Il devait ensuite se rendre à Beni. Le Premier ministre Augustin Matata devait faire de même, accompagné d'une délégation d'officiers militaires.

Selon un nouveau bilan donné lundi par la société civile de Beni, ville de la province du Nord-Kivu, ce sont 51 civils qui ont été "tués à la machette".

Un bilan contesté par les autorités. Dimanche, le porte-parole du gouvernement Lambert Mende avait annoncé un bilan officiel de 36 morts. Quelques heures plus tard, le maire de Beni évoquait 42 victimes. Interrogé lundi par l'AFP, M. Mende estimait que la société civile avançait un bilan qui "n'est pas objectivement vérifiable".

Lundi, au premier des trois jours de deuil national décrété par le gouvernement, alors que les drapeaux étaient mis en berne, les Congolais se montraient amers.

Dès dimanche, une centaine d'habitants de Beni avaient exprimé leur colère en scandant des slogans hostiles au gouvernement et au président Kabila qui avait promis, 72 heures plus tôt, de tout mettre en oeuvre pour "imposer" la paix et la sécurité à Beni.

Signe de défiance ultime, certaines familles ont même refusé de placer leurs défunts à la morgue, préférant "organiser leur deuil en privé et refus(ant) que le gouvernement les enterre alors qu'il ne les avait pas sécurisés de leur vivant", déclarait lundi à l'AFP Teddy Kataliko, membre de la coordination de la société civile de Beni.

"Inaction coupable"

Côté politique, l'ambiance n'était pas meilleure lundi, certains opposants réclamant la démission du pouvoir en place.

Le Front citoyen 2016, une plate-forme opposée à tout report de la présidentielle - censée se tenir cette année, mais devenue hautement improbable - note "avec regret que le président Kabila et son gouvernement ont totalement échoué à ramener la paix dans cette région". Par conséquent, conclut-il, le chef de l'État doit "démissionner".

La plate-forme va encore plus loin. Elle suggère que M. Kabila "pourrait être le véritable responsable de l'insécurité" à Beni, afin de "pérenniser une terreur quasi-généralisée dans plusieurs coins du pays" alors que les "Congolais attendent la fin de son régime, et l'avènement de la première alternance démocratique au sommet de l'État".

L'opposant Moïse Katumbi, candidat déclaré à la prochaine élection présidentielle, dénonce de son côté l'"inaction coupable de nos dirigeants", ajoutant sur Twitter: "Il est temps d'agir".

Exilé à l'étranger depuis mai, officiellement pour s'y faire soigner, M. Katumbi, poursuivi par la justice congolaise, craint surtout pour sa sécurité, les autorités congolaises ayant promis de l'arrêter dès son retour au pays.

Dans le clan présidentiel, on proteste contre ces mises en cause. "Instrumentaliser à des fins politiciennes la plaie fraîche que porte encore Beni est tout simplement déplorable", a déclaré sur Twitter le président de l'Assemblée nationale et chef de la Majorité présidentielle (MP), Aubin Minaku.

Les Etats-Unis condamnent "dans les termes les plus forts cette horrible attaque et (continueront) de soutenir tous les efforts pour mettre un terme aux violences en cours dans l'est du Congo", a déclaré lundi Elizabeth Trudeau, porte-parole du département d'Etat.

M. Kabila est au pouvoir depuis 2001, son mandat s'achève le 20 décembre et la Constitution lui interdit de se représenter, mais l'opposition le soupçonne de manoeuvrer pour s'accrocher à son poste, quitte à reporter la présidentielle.

Le gouvernement congolais et la Mission de l'ONU en RDC (Monusco) attribuent la succession de massacres dans la région de Beni aux rebelles des ADF. Une thèse partiellement remise en cause par un récent rapport de l'Université de New York, selon lequel les ADF portent effectivement une part très importante de responsabilité, mais il y a aussi d'autres éléments armés, parmi lesquels des soldats de l'armée régulière.

Avec AFP

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