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Attente angoissée du verdict de la Cour au Gabon


Des voitures brûlées ont été brulées à l’extérieur d'un bâtiment du gouvernement à la suite des manifestations post-électorales à Libreville, au Gabon, 1 septembre 2016.

Des voitures brûlées ont été brulées à l’extérieur d'un bâtiment du gouvernement à la suite des manifestations post-électorales à Libreville, au Gabon, 1 septembre 2016.

Les rues de la capitale du Gabon Libreville commençaient à se vider vendredi à la mi-journée dans la peur de nouvelles violences alors que la Cour constitutionnelle doit trancher dans les prochaines heures le contentieux électoral entre le président sortant Ali Bongo Ondimba et son rival Jean Ping.

Les Gabonais redoutent la répétition d'un scénario déjà vécu il y a trois semaines si la Cour, saisie par Jean Ping, confirmait la victoire d'Ali Bongo au lieu d'annuler l'élection à un tour du 27 août ou de donner raison à l'opposant.

Le 31 août, la proclamation de la réélection d'Ali Bongo avait provoqué des manifestations, des émeutes, des morts, des pillages, des assauts policiers et des arrestations par centaines, ce qui avait traumatisé un pays habitué à la paix civile.

Des camions transportant des parachutistes et des soldats de la Garde républicaines, les armes en évidence, ainsi qu'un blindé, patrouillaient vendredi matin sur le front de mer au milieu des taxis collectifs et des véhicules ordinaires, entre le bâtiment de la Cour constitutionnelle et le palais présidentiel.

L'exécutif a mis en garde dès mercredi Jean Ping, un ex-cadre du régime passé à l'opposition, qu'il serait arrêté s'il franchissait "la ligne rouge" dans l'hypothèse où il n'obtiendrait pas gain de cause en justice.

Rangée derrière Jean Ping, ex-enfant chéri du régime de feu le président Omar Bongo, une partie des 628.000 électeurs veut mettre un terme au règne de la même famille au pouvoir depuis 1967.

"Ali doit partir", scandent les opposants à l'intention d'Ali Bongo, 57 ans, élu une première fois en 2009 à la mort de son père, resté au pouvoir 41 ans.

Signe de nervosité, des files d'attente se sont formés devant des banques et des guichets automatiques dans la matinée à Libreville.

"On est dans la psychose, on a peur", a expliqué à l'AFP Jean Rodrigue Boukoumou, enseignant rencontré devant les grilles d'une banque qui ouvraient par intermittence. "On veut prendre notre argent pour pouvoir faire nos provisions. Nous avons des familles à nourrir si jamais le pays se retrouvait dans une situation de chaos".

Jugement dernier

A la mi-journée, les rues de Libreville se sont vidées dans l'attente du "Jour J" ou de "L'heure du jugement dernier", selon le titre de deux journaux, le Matin Equatorial et l'Objectif.

"Dès la proclamation des résultats, il vous est demandé d'éviter tout déplacement jusqu'à nouvel ordre", a indiqué l'ambassade de France sur son site, dans un message à la communauté française (environ 10.000 personnes).

Aux abois depuis des semaines, les Gabonais ne savent même pas si la Cour rendra sa décision ce vendredi, dans les délais prévus par la Constitution, soit quinze jours après le recours de Jean Ping contre la réélection d'Ali Bongo.

Sous pression maximale, sa présidente, Marie-Madeleine Mborantsuo, a laissé elle-même planer le doute jeudi soir à l'issue d'une séance publique, où les avocats de MM. Bongo et Ping ont procédé à une dernière passe d'armes.

"L'affaire est mise en délibéré. En principe, la décision pourrait être rendue à l'audience du 23 septembre, mais je demande au greffier de communiquer la date exacte, l'heure exacte aux conseils des deux partis", a déclaré la femme qui tient entre ses mains l'avenir de ce petit pays (1,8 million d'habitants) aux grandes richesses naturelles (pétrole, bois, manganèse, mines...).

Face aux neuf juges constitutionnels, le conseil de Jean Ping, Jean-Rémy Bantsantsa, a plaidé jeudi soir pour le recomptage des voix dans le province du Haut-Ogooué, bureau par bureau, en présence d'experts internationaux.

Dans ce fief familial de la famille Bongo, le président sortant a officiellement obtenu 95% des voix pour 99% de participation, lui garantissant à l'échelle du pays une avance de quelque 5.000 voix sur Jean Ping, sur un peu plus de 325.000 électeurs, selon les résultats de la commission électorale qui ont mis le feu aux poudres le 31 août.

"Il n'y a pas dans notre pays un droit pour le Haut-Ogooué et un droit pour les autres provinces", rétorque l'avocat d'Ali Bongo Francis Nkea. Jean Ping a aussi profiter d'un vote "familial et communautaire" dans son village natal d'Etimboué, fait valoir la partie adverse.

Avec AFP

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