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Le gouvernement gabonais souffle le chaud et le froid avant le verdict de la Cour constitutionnelle


Le président gabonais Ali Bongo Ondimba, 10 novembre 2015.

Le président gabonais Ali Bongo Ondimba, 10 novembre 2015.

Un appel au dialogue, et une menace voilée d'arrestation en cas de nouvelles violences : le gouvernement du président gabonais Ali Bongo Ondimba a soufflé le chaud et le froid mercredi sur l'opposant Jean Ping à l'approche de la date cruciale de vendredi.

La Cour constitutionnelle doit en principe se prononcer au plus tard vendredi sur le recours de Jean Ping - un ancien cacique du régime d'Omar Bongo décédé en 2009 après avoir dirigé le pays pendant 41 ans - contre la réélection d'Ali Bongo Ondimba au scrutin à un tour du 27 août.

Dans un pays qui tourne au ralenti, les habitants redoutent de nouvelles violences à l'heure du verdict.

A Port-Gentil, la capitale économique, le syndicat des salariés du pétrole a demandé aux employeurs la possibilité de "rester à la maison" à partir de jeudi pour que "chacun soit auprès de sa famille" au moment du verdict de la cour.

Des émeutes meurtrières et des pillages massifs avaient déjà éclaté dans la capitale et dans plusieurs villes de province dès la proclamation le 31 août des résultats officiels provisoires donnant Ali Bongo réélu d'une courte tête face à M. Ping qui s'est proclamé élu.

Deux plaintes de ressortissants franco-gabonais ont été déposées mercredi en France visant les forces de sécurité, a annoncé un collectif d'avocats qui compte aussi saisir la Cour pénale internationale.

Les plaintes ont été déposées pour "arrestation et détention arbitraire en bande organisée, torture et actes de barbarie en bande organisée, tentative d'assassinat et crime contre l'humanité", a indiqué l'un des deux avocats du collectif, Me William Bourdon, lors d'une conférence de presse à Paris.

- 'Franchir la ligne rouge' -

Intervenant lui-même à Libreville lors d'une conférence de presse, le porte-parole du gouvernement, Alain-Claude Bilie-By-Nze, a assuré que "des éléments indiquaient que de nouvelles violences se préparent".

"Nous ne sommes pas dans un état d'esprit tel que nous arrêterons Jean Ping. Mais s'il franchit la ligne rouge, il sera arrêté", a prévenu le porte-parole du gouvernement en réponse à une question.

La veille au soir, en signe d'ouverture, M. Bongo s'était redit "prêt à rencontrer" son rival, "afin que plus aucun Gabonais ne trouve la mort" du fait de la crise post-électorale.

"Comment envisager une telle rencontre alors que la vérité des urnes n'est pas rétablie?", a répondu un porte-parole de Jean Ping dans une déclaration lue devant la presse.

Le clan Ping demande en outre "l'arrêt de toutes les poursuites judiciaires" et "une enquête internationale sous l'égide des Nations unies sur les nombreux morts et disparus du 31 août 2016".

Dans sa déclaration, le porte-parole Jean-Gaspard Ayi a répété que Jean Ping a gagné l'élection avec 174.760 voix (soit 51,17%) contre 159.550 (46,71%) pour Ali Bongo.

M. Ping a saisi la Cour constitutionnelle le 8 septembre pour demander le nouveau comptage des voix dans la province du Haut-Ogooué, fief de la famille Bongo. Son adversaire, Ali Bongo, y a obtenu 95% des voix pour 99% de participation, selon les résultats de la Commission électorale (Cénap).

Ce score lui a permis de l'emporter sur l'ensemble du pays avec environ 5.000 voix d'avance, selon la Cénap. L'Union européenne a fait état d'une "anomalie évidente" dans les résultats.

Le camp Ping accuse la Cour d'être inféodée au pouvoir et certains de ses partisans ont prévenu qu'ils n'accepteraient pas une décision confirmant la réélection de M. Bongo.

Mercredi, le ministre de l'Intérieur, Pacôme Moubelet Boubeya, a affirmé que "lors de réunions dans des QG politiques, principalement dans un QG, des cellules de coordination sont mises en place pour organiser de petites groupes de guérilla, à Libreville, Lambaréné, Oyem, Port-Gentil".

Selon lui, ces cellules doivent "semer le désordre" au moment de la proclamation des résultats si la Cour désavoue Jean Ping.

"Nous sommes en train de démanteler tout ce réseau", a poursuivi le ministre prévoyant un renforcement des mesures de sécurité (contrôles, surveillance des commerces...) sans aller jusqu'au couvre-feu tout en demandant aux Gabonais d'éviter dans les jours qui viennent "les attroupements qui paraissent armés ou non armés".

Avec AFP

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