La caisse noire de la mairie de Dakar connue des autorités se défend Khalifa Sall

Banderole appelant à la libération de Khalifa Sall devant ses bureaux à Dakar le 31 juillet 2017.

L'Etat sénégalais a, dès son origine, toléré et même souhaité l'existence de "fonds politiques" échappant aux règles comptables habituelles au sein de la mairie de Dakar, a déclaré mercredi à la barre l'édile de la capitale, Khalifa Sall.

"Si l'Etat n'était pas partie, ça n'aurait pas fonctionné. C'est l'Etat qui l'a voulu ainsi", a déclaré Khalifa Sall, 62 ans, maire de Dakar depuis 2009 et en détention provisoire depuis mars 2017.


Il doit répondre, avec sept de ses collaborateurs, de dépenses de plus de 2,7 millions d'euros prélevés sur plusieurs années, selon la justice, dans les caisses de la mairie de Dakar.

Depuis le début de la semaine, ces collaborateurs ont expliqué au tribunal avoir fabriqué et approuvé de fausses factures d'achat de riz et de mil afin de dégager des sommes dont disposait le maire pour ses dépenses "politiques".

>> Lire aussi : Le maire de Dakar conteste la présence de l'Etat comme partie civile à son procès

"Si les fonds politiques, comme vous le dites, n'ont pas vocation à être justifiés, pourquoi cette tentative de justification via des factures et PV de réception de riz et de mil ?", a demandé l'agent judiciaire de l'Etat, qui s'est porté partie civile, sans obtenir de réponse de Khalifa Sall.

Le maire de Dakar, dissident du Parti socialiste, une formation appartenant à la majorité du président Macky Sall, avait qualifié lundi son procès de "politique", estimant que ses ennuis judiciaires étaient le prix à payer pour avoir "dit non à une offre politique" du pouvoir.

Les représentants de l'Etat assurent au contraire que c'est sa seule gestion municipale qui est en cause.

Après l'indépendance du Sénégal, en 1960, le premier président, Léopold Sédar Senghor, dans le cadre d'un régime à parti unique, a "permis" à la mairie de Dakar de recourir à ces fonds pour ses actions de "mobilisation", comme le "pavoisement" des rues lors de ses déplacements, a expliqué Khalifa Sall.

A l'origine, "les autorités coutumières recevaient des défraiements, puis un soutien selon leurs sollicitations, puis on a élargi aux populations", a raconté M. Sall.

A partir de 1996, les municipalités gagnent en autonomie et l'autorité politique n'est plus directement impliquée, a poursuivi le maire de Dakar.

Mais ces fonds restent utilisés pour des "personnes sensibles, des activités sensibles, des dépenses de sécurité", a-t-il ajouté, en se refusant à "tout dire".

Selon lui, c'est à partir de la fin des années 1990, sur les conseils d'un représentant de l'Etat, un percepteur des impôts, que le système pour lequel il est mis en cause a été instauré.

Avec AFP