Quatre morts au Soudan lors d'un mouvement de désobéissance civile

Le général Abdel Fattah Al-Burhan Abdelrahman, président du Conseil militaire de transition, au pouvoir à Khartoum (Soudan) le 7 juin 2019.

Quatre personnes ont été tuées dimanche au Soudan, où la contestation a entamé un mouvement de désobéissance civile rapidement pris pour cible, alors que les protestataires entendent maintenir la pression pour pousser les généraux à remettre le pouvoir aux civils.

Le bilan de la répression s'élève désormais à 118 morts et plus de 500 blessés depuis la violente dispersion lundi dernier par les forces de sécurité de milliers de manifestants devant le siège des forces armées à Khartoum, selon un comité de médecins proche de la contestation.

Deux des quatre personnes décédées dimanche ont été tuées par balles à Khartoum et dans la ville voisine d'Omdourman, tandis que les deux autres, "battues et poignardées", sont mortes dans un hôpital d'Omdourman, selon le comité des médecins.

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Ces personnes ont été victimes "du Conseil militaire de transition" et de ses "milices", a accusé le comité. Plus généralement, les manifestants accusent les RSF (Forces de soutien rapide) d'être à l'origine de la dispersion du campement installé depuis le 6 avril devant le QG de l'armée à Khartoum et de la répression qui a suivi.

Chef de ces groupes paramilitaires, le redouté général Mohammed Hamdan Daglo dit "Hemeidti", aussi n°2 du Conseil militaire de transition, a affirmé qu'il "ne permettra pas le chaos", au lendemain de l'évacuation violente du sit-in.

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Un autre membre du Conseil militaire a dénoncé dimanche les "pratiques déraisonnables" du mouvement de contestation lui faisant porter "l'entière responsabilité des évènements regrettables".

"Renforcer la sécurité"

"Le Conseil a décidé de renforcer la présence des forces armées, des RSF et des autres forces régulières pour un retour à la vie normale", a prévenu ce membre du Conseil, le général Jamal el-Din Omar, dans un discours télévisé.

Le Conseil militaire de transition est au pouvoir depuis la destitution le 11 avril par l'armée du président Omar el-Béchir, qu'exigeait le mouvement de contestation déclenché le 19 décembre par le triplement du prix du pain dans un climat de crise économique aigüe.

La contestation réclame que les généraux remettent le pouvoir à un gouvernement civil. Mais les négociations sont suspendues depuis le 20 mai en raison de divergences sur la transition.

Prise en étau entre la violente répression et l'impasse des négociations, la contestation avait appelé à une "vraie désobéissance civile" à compter de dimanche et jusqu'à l'avènement d'un pouvoir civil.

Avec des pneus, des briques ou même des troncs d'arbres, les protestataires s'étaient mis dès le matin à construire de nouveaux barrages routiers notamment au nord de la capitale.

A Chambat, de jeunes manifestants tentaient de monter à la va-vite des barricades, avant l'arrivée des policiers anti-émeutes. Arrivés en trombe à bord de pick-up, les hommes en treillis bleus ont tiré en l'air. Mais les jeunes avaient déjà déguerpi.

"Presque toutes les routes de Bahri ont des barrages. Les manifestants empêchent même les habitants d'aller au travail", décrivait plus tôt un témoin.

Les forces de sécurité se sont attachées à démonter les barrages de fortune montés par les contestataires. "Ils ont ouvert le passage, on l'a refermé, ils ont rouvert, on l'a refermé. C'est un jeu du chat et de la souris", ironise un étudiant en ingénierie mécanique de 20 ans, installé devant une barricade.

"Plus fort"

"Le mouvement de protestation est devenu plus fort. Il a le soutien des gens dans les rues, après la dispersion du sit-in. Ce bain de sang était un crime", a observé un journaliste célèbre, Osman Mirghani.

Banques, pharmacies, restaurants, coiffeurs ou encore magasins de vêtements, la plupart des commerces avaient laissé leur rideau baissé.

A Omdourman, des habitants sont allés acheter des produits de première nécessité dans des épiceries, mais la ville est restée éteinte, tout comme à Al-Obeid ou Madani (centre).

Fin mai, une grève générale de deux jours lancée pour faire plier les généraux, était parvenue à paralyser le pays.

Les deux camps ne parviennent pas à trouver un accord sur la composition d'un Conseil souverain censé gérer la période de transition pendant trois ans.

Après une tentative de médiation du Premier ministre éthiopien vendredi à Khartoum, les meneurs de la protestation avaient déclaré envisager de reprendre les discussions avec le Conseil militaire de transition, sous conditions.

Mais, à l'issue de leur rencontre avec le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, plusieurs représentants de la contestation ont été arrêtés.

Mohamed Esmat, de l'Alliance pour la liberté et le changement (ALC), à la pointe de la contestation, a été emmené vendredi par "des hommes armés" devant l'ambassade éthiopienne à Khartoum.

Le lendemain, Ismaïl Jalab, secrétaire général du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM-N, branche nord d'une ex-rébellion sudiste), a été arrêté à son domicile, avec son porte-parole. Plusieurs proches ont déclaré ne pas savoir où ils ont été conduits.