Les principaux défis de Bolsonaro à la tête du Brésil

Les partisans de Jair Bolsonaro, célèbrant la victoire de leur candidat le 28 octobre 2018 à Rio de Janeiro. (AP Photo / Silvia Izquierdo)

Élu président du Brésil avec 55,1% des suffrages, Jair Bolsonaro entamera en janvier un mandat de quatre ans plein de lourds défis, dans un pays déchiré par une campagne délétère, en proie à la violence et au marasme économique.

Pour mettre en place son programme d'extrême droite prônant le libéralisme économique et la ligne dure pour lutter contre la violence, le nouveau chef de l'Etat aura notamment besoin de négocier habilement pour s'assurer le soutien au sein d'un Parlement fragmenté.

- Dompter le Parlement -

Au Brésil, plus de 30 partis sont représentés au Sénat et à la Chambre des députés, ce qui oblige le chef de l'Etat à nouer des alliances -- parfois contre nature -- pour obtenir une majorité franche.

Pour gagner le soutien des partis, les derniers présidents leur ont attribué des postes de ministres devenus des chasses gardées, mais Jair Bolsonaro a promis qu'il ne formerait pas son gouvernement d'après les étiquettes politiques.

Lors des législatives du 7 octobre, sa formation, le Parti social libéral (PSL) a vu son nombre de députés multiplié par six, passant de 8 à 52. Elle pourrait même devenir la première force de la Chambre avec le ralliement de parlementaires issus de petites formations.

Mais l'ancien parachutiste bénéficie surtout du soutien de puissants lobbys conservateurs, les "BBB" (Boeuf, balle et bible), qui représentent respectivement les intérêts de l'agro-business, des défenseurs de la libéralisation du port d'arme et des églises évangéliques.

Les trois réunis pèsent environ 300 députés, sachant que Jair Bolsonaro aura besoin de 308, les trois cinquièmes de la Chambre, pour faire approuver des amendements à la Constitution, comme la réforme des retraites réclamée urgemment par les marchés.

En revanche, à la différence des partis, ils ne donnent pas forcément de consignes explicites de vote et des revirements sont possibles selon les sujets, mais aussi selon la cote du popularité du chef de l'Etat.

- Pacifier le pays -

Il y a une semaine, Jair Bolsonaro tenait encore un discours incendiaire contre ses opposants, des "marginaux rouges" à qui il ne laissait comme choix que l'exil ou la prison.

De quoi exacerber les tensions, alors qu'il s'est déjà mis une partie de la population à dos avec de nombreux dérapages homophobes, racistes ou misogynes, ainsi que son admiration décomplexée de la dictature militaire (1964-1985).

Lors de son discours de la victoire dimanche soir, il a pourtant promis de "défendre la Constitution, la démocratie et la liberté".

- Lutter contre la violence -

Jair Bolsonaro sera particulièrement attendu au tournant sur le thème de l'insécurité. C'est en promettant une poigne de fer contre la criminalité qu'il a été considéré comme un sauveur de la patrie par la plupart de ses électeurs.

Il propose notamment de faciliter l'accès aux armes pour que "les gens bien" assurent leur auto-défense et de donner une "protection juridique" aux policiers faisant usage de leurs armes en service.

Jair Bolsonaro devrait avoir maille à partir avec les organisations des droits de l'Homme, qui critiquent déjà fortement des forces de l'ordre à la gâchette facile.

- Redynamiser l'économie -

Les milieux d'affaires se sont rangés du côté de Bolsonaro, séduits par le profil de son gourou économique Paulo Guedes, un "Chicago Boy" ultra-libéral, et ses intentions de privatiser à tour de bras pour réduire une dette abyssale.

Son principal défi: donner un coup de fouet à une économie encore chancelante, qui a connu une des pires récessions de son histoire en 2015 et 2016 et compte près de 13 millions de chômeurs.

- Gérer les conflits ruraux -

Jair Bolsonaro devrait faire face à une résistance féroce du côté du Mouvement des travailleurs sans terre (MST), organisation qui réclame une réforme agraire au profit des petits producteurs.

Le programme officiel de campagne du futur président prévoit notamment de qualifier de "terrorisme" les occupations de terre, une des principaux modus operandi du MST pour faire valoir ses revendications.

Il risque aussi de devoir gérer des conflits avec les tribus indiennes revendiquant une délimitation plus claire de leurs terres ancestrales, après avoir promis de ne pas céder "un centimètre de plus" pour la démarcation de territoires autochtones.

Avec AFP