Le vieux démon des violences électorales plane sur le Zimbabwe

Malgré la répression, le parti de l'opposant Nelson Chamisa est sorti renforcé du scrutin le week-end dernier.

Un militant de l'opposition poignardé, des dizaines arrêtés, intimidés: la campagne émaillée d'incidents pour des législatives partielles et locales au Zimbabwe, aux enjeux limités, fait craindre le retour du vieux démon des violences électorales avant la présidentielle prévue l'an prochain.

Au cours des deux derniers mois de campagne, la Coalition des citoyens pour le changement (CCC), principal parti d'opposition, a attiré des foules vêtues de jaune lors de meetings. Placés sous fort contrôle policier, plusieurs de ces rassemblements ont été interdits par le pouvoir.

Mais malgré la répression, le parti de l'opposant Nelson Chamisa est sorti renforcé du scrutin le week-end dernier. La CCC ne pouvait pas renverser la majorité au cours de ces élections partielles, mais elle a remporté 19 sièges supplémentaires au Parlement.

La police zimbabwéenne, habituellement peu encline à critiquer le régime, a affirmé que les partisans du président Emmerson Mnangagwa et son parti la ZANU-PF sont à l'origine des incidents survenus pendant la campagne. Cinq suspects ont été interpellés et inculpés pour meurtre.

Le Zimbabwe a un lourd passé de violences électorales. Lors des premières élections générales post-Mugabe en 2018, des violences ont fait au moins six morts. Elu, Emmerson Mnangagwa avait promis de tourner la page de 37 ans d'un règne tenu d'une main de fer par Robert Mugabe. Mais il est régulièrement accusé de vouloir museler toute voix dissidente.

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A l'approche du scrutin du week-end dernier, des membres de l'opposition ont dénoncé des menaces de la part des forces de l'ordre. Emmerson Mnangagwa a promis de suspendre les ONG qui s'efforcent d'empêcher le pays à l'économie exsangue de tomber dans une crise de la faim.

"Nous pouvons nous passer des ONG. Je vais les faire disparaître de ce pays, je vais les chasser", a-t-il promis. Un projet d'amendement de la loi est à l'étude au Parlement.

"Chasser"

L'interdiction des associations est une tactique qui avait été utilisée par Mugabe en 2008, en perte de terrain dans les urnes. Il les avait accusées de soudoyer les gens avec de la nourriture pour voter pour l'opposition.

"Nous craignons qu'une part de la population se retrouve isolée", a déclaré à l'AFP Jestina Mukoko, directrice du Zimbabwe Peace Project (ZPP), une organisation de défense des droits.

"L'espace démocratique se réduit et si l'amendement passe, ça sera pire", poursuit la travailleuse humanitaire qui a déjà connu les geôles du régime. Enlevée en décembre 2008, elle raconte avoir été interrogée et torturée pendant plusieurs jours par de présumés agents des services secrets zimbabwéens.

Selon Blessing Vava, directeur du groupe pro-démocratie Crisis coalition, M. Mnangagwa cherche "à établir un système de parti unique et une dictature où le gouvernement n'a aucun compte à rendre".

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Si l'interdiction des ONG est prononcée, le régime pourra intervenir dans le recrutement et le financement des organisations représentant la société civile, ainsi que les empêcher de s'impliquer dans le débat politique.

Plus de 720 millions d'euros d'aide humanitaire transitent par ailleurs chaque année via les ONG. Leur interdiction pourrait entrainer une coupe drastique dans l'aide apportée dans un pays en crise économique depuis plus de vingt ans et où tout manque, nourriture, électricité, carburant.

L'aide internationale représente le troisième revenu après les exportations et les envois de fonds de la diaspora, selon un récent rapport d'experts zimbabwéens en développement, qui s'appuient sur des données de la Banque centrale du Zimbabwe.

Pour le politologue Eldred Masungure, le gouvernement se tire une balle dans le pied avec une loi qui n'a d'autre but que de nuire "aux défenseurs de la démocratie".