Le Prix Sakharov 2016 décerné à deux jeunes filles yézidies d'Irak

Hindu devotees run through red hot embers as part of annual fire walking ritual during 'Draupadi Amman' festival in Bangalore, India.

Le Parlement européen a décerné son prix Sakharov 2016 "pour la liberté de l'esprit" à deux femmes yézidies d'Irak rescapées du groupe Etat islamique (EI), dont il a salué le "courage" et la "dignité".

Nadia Murad et Lamia Haji Bachar sont devenues des figures de la défense de la communauté yézidie, minorité kurdophone persécutée par les jihadistes, après avoir vécu un cauchemar comme de nombreuses jeunes filles enlevées et forcées à l'esclavage sexuel par le groupe Etat islamique.

"Elles ont une histoire douloureuse, tragique" mais "elles avaient le sentiment de devoir survivre pour porter témoignage", a souligné le président du Parlement européen, Martin Schulz, en séance plénière à Strasbourg.

"Le courage de ces deux femmes, la dignité qu'elles représentent dépassent toutes les descriptions", a affirmé M. Schulz, estimant que l'attribution du prix montrait que "leur combat n'a pas été vain" et exhortant les Européens à se "battre contre la stratégie génocidaire du groupe Etat islamique".

Nadia Murad, nommée mi-septembre ambassadrice de l'ONU pour la dignité des victimes du trafic d'êtres humains, milite justement pour que les persécutions commises en 2014 contre les Yézidis soient considérées comme un génocide.

Selon des experts de l'ONU, environ 3.200 Yézidis sont actuellement entre les mains de l'EI, la majorité en Syrie.

Minorités religieuses

"Le prix attribué jeudi doit aussi servir à mettre un coup de projecteur sur la situation des minorités religieuses dans la région", a jugé le chef de file des eurodéputés socialistes, Gianni Pittella, dont le groupe avait proposé le nom des deux jeunes femmes, conjointement avec le groupe des libéraux ALDE.

Décerné chaque année par le Parlement européen depuis 1988, le prix Sakharov tire son nom du scientifique soviétique dissident Andreï Sakharov, décédé en 1989, et distingue des personnes qui se sont illustrées dans la défense des droits de l'Homme.

Il avait été attribué l'an dernier au blogueur saoudien Raef Badaoui, emprisonné pour "insulte à l'islam". En 2014, c'est le médecin congolais Denis Mukwege qui avait été honoré pour son action en faveur des femmes victimes de violences sexuelles en République démocratique du Congo (RDC).

Martin Schulz et les présidents des différents groupes politiques du Parlement ont dû faire un choix difficile entre les deux jeunes femmes et deux autres personnalités en lice, le journaliste d'opposition turc Can Dündar et le leader historique des Tatars de Crimée Moustafa Djemilev.

'Prison de journalistes'

Can Dündar, ex-rédacteur en chef d'un journal d'opposition turc exilé en Allemagne, n'a pas tardé jeudi à adresser ses félicitations aux deux lauréates. "Nous soutenons votre combat courageux contre les forces obscures qui visent à dégrader les femmes", a-t-il dit sur son compte Twitter.

Accusé d'avoir divulgué des "secrets d'Etat", il a été condamné en mai à cinq ans et dix mois d'emprisonnement en Turquie. Il est également sous la menace d'une autre condamnation pour des liens présumés avec l'organisation de l'ex-prédicateur Fethullah Gülen, accusé d'être le cerveau du coup d'Etat manqué de mi-juillet en Turquie.

Présent mercredi au Parlement européen pour une conférence de presse sur la situation dans son pays, il avait appelé les Européens à protéger ses collègues, estimant que "la Turquie est aujourd'hui la plus grande prison de journalistes" au monde.

Quant à M. Djemilev, il a consacré sa vie à lutter pour le droit des Tatars à vivre sur leur terre d'origine, la Crimée, un combat qu'il continue de mener de Kiev où il vit en exil depuis l'annexion en 2014 par la Russie de cette péninsule ukrainienne où il est interdit d'accès pour cinq ans.

Le prix Sakharov, doté de 50.000 euros, doit être remis aux lauréates lors d'une cérémonie programmée le 14 décembre à Strasbourg, à laquelle seront également conviés M. Dündar et M. Djemilev.

Avec AFP