Au moins 75 personnes tuées par la police dans des manifestations en Ethiopie

Une manifestation dans la région Oromia, en Ethiopie

Human Rights Watch (HRW) accuse les forces de sécurité éthiopiennes d'avoir tué au moins 75 personnes ces dernières semaines dans la région Oromia lors de manifestations contre un projet gouvernemental d'expropriations de terres.

Ces violences ont également été dénoncées par Londres et Washington qui a appelé les autorités éthiopiennes à la "retenue" et au "dialogue".

"La police et les forces armées ont tiré sur les manifestations, tuant au moins 75 manifestants et en blessant de nombreux autres, selon des militants", a déclaré HRW dans un communiqué.

Le gouvernement éthiopien n'a pas immédiatement réagi, mais son bilan officiel était jusqu'ici de cinq morts. Le porte-parole du gouvernement, Getachew Reda, a affirmé que des "manifestations pacifiques" avaient dégénéré en violences et accusé les manifestants de "terroriser les civils".

Les manifestations ont été lancées le mois dernier par des étudiants qui protestaient contre un projet d'agrandissement programmé de la capitale Addis Abeba, suscitant des craintes d'expropriation de terres dans des zones traditionnellement occupées par le peuple oromo, qui s'étendent de l'est au sud-ouest du pays.

"Human Rights Watch a reçu des informations crédibles selon lesquelles les forces de sécurité ont tué des dizaines de manifestants dans les zones de Shewa et Wollega, à l'ouest d'Addis Abeba, début décembre", a déclaré HRW.

"Plusieurs personnes ont dit avoir vu les forces de sécurité dans la ville de Walliso, à 100 km au sud-ouest d'Addis Abeba, tirer sur la foule des manifestants en décembre, laissant des corps étendus dans la rue".

Selon HRW, de "nombreux témoins" ont décrit comment "les forces de sécurité ont frappé et arrêté des protestataires, souvent directement dans leur maison de nuit".

Sur les réseaux sociaux, des photos ont circulé montrant apparemment des manifestants en sang et la police tirant des gaz lacrymogènes sur des manifestants.

"La réponse du gouvernement éthiopien aux protestations de l'Oromia a fait des dizaines de morts et accentué le risque d'un bain de sang encore plus important", a estimé Leslie Lefkow, directrice-adjointe de l'organisation pour l'Afrique.

"Le fait que le gouvernement qualifie des manifestants très largement pacifiques de +terroristes+ et l'envoi de forces militaires représentent une escalade très dangereuse", a-t-elle ajouté.

Les défenseurs des droits de l'Homme ont à plusieurs reprises dénoncé le recours des autorités à une législation antiterroriste pour museler l'opposition pacifique.

La région de l'Oromia, qui compte près de 27 millions d'habitants, est la plus peuplée du pays et a sa propre langue, l'Oromo, différente de la langue officielle, l'amharique.

L'ambassadrice américaine aux Nations unies, Samantha Power, a appelé vendredi le gouvernement éthiopien à la "retenue". "Les Etats-Unis sont profondément préoccupés par les récents affrontements dans la région éthiopienne de l'Oromia qui auraient entraîné la mort de nombreux protestataires", a indiqué l'ambassade des Etats-Unis dans un communiqué publié samedi.

"Nous appelons le gouvernement éthiopien à autoriser les manifestations pacifiques et à s'engager dans un dialogue constructif pour répondre à des préoccupations légitimes", ajoute le communiqué.

Vendredi, le Foreign Office britannique avait déjà fait état de "manifestations étendues à travers la région Oromia ces dernières semaines" dont "certaines ont dégénéré en violences et fait des victimes", et mis en garde contre tout voyage non essentiel dans l'ouest et le sud-ouest de la région Oromia.

"Il y a eu des affrontements violents y compris des coups de feu entre manifestants et les forces de sécurité, le 17 décembre à Sululta, à 20 km au nord d'Addis Abeba, a ajouté le ministère britannique des Affaires étrangères.

Selon HRW, des exploitations agricoles détenues par des étrangers ont été "pillées et détruites" en marge des manifestations près de Debre Zeit, à environ 50 km au sud-est d'Addis Abeba.

Avec AFP