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Mandats d’arrêts et interdiction de sortie du pays contre les opposants en RDC

  • Eddy Isango

La cour suprême de Kinshasa, 22 novembre 2006.

La cour suprême de Kinshasa, 22 novembre 2006.

Le procureur général de la République, Flory Kabange Numbi, a lancé des mandats d’arrêts contre les opposants et instruit les services de migration de ne pas les laisser sortir du pays en raison des violences entre forces de l’ordre et manifestants qui ont fait lundi et mardi au moins 32 morts, selon un mandat provisoire de la police.

"La police nationale congolaise a été saisie depuis hier (NDLR : mardi) pour chercher activement les auteurs matériels et intellectuels de ces faits graves d’assassinats -il y a eu mort d’hommes- des pillages, des vols à l’aide de la violence, de tentative de viol, de viol, partout où ils se cachent, que ce soit dans des hôpitaux ou dans certaines maisons ; la police doit les rechercher", a déclaré à Kinshasa M. Numbi.

Le procureur général de la république a également indiqué avoir instruit les services de migration "pour interdire toute sortie de Kinshasa et de notre territoire national les auteurs de ces faits graves".

Le haut magistrat a même précisé qu’il n’y aurait désormais plus de clémence pour laisser ceux d’entre eux qui seraient inculpés ou condamnés et qui tomberaient malade, pour se faire soigner hors de la prison.

Il a fait entre autres référence sans le citer à l’opposant Moïse Katumbi, inculpé pour recrutement des mercenaires et condamné à son absence à trois ans de prison, qui est sorti du pays pour des soins de santé à l’étranger.

Des violences ont éclaté lundi et se sont poursuivies mardi avant une manifestation pacifique à laquelle l’opposition avait appelé pour exiger la convocation de l’électorat et la tenue de la présidentielle avant le 19 décembre comme prévue dans la Constitution congolaise.

Les sièges des partis au pouvoir et ceux de l’opposition ont été incendiés durant ces violences. La police a annoncé un bilan de 32 morts et d’autres dégâts matériels. L’opposition parle, elle, d’une centaine de morts.

Ces mandats d’arrêts sont émis au moment où l’opposition dont une majeure partie boycotte le dialogue national censé décrisper la tension, pose entre autres comme conditions à sa participation la libération des prisonniers d’opinion et un terme au harcèlement des opposants (qui exigent la tenue de la présidentielle et demandent au président Joseph Kabila de ne pas se représenter au prochain scrutin comme prévue dans la Constitution).

La situation est tendue autour de la tenue des élections dont la présidentielle doit être organisée avant le 19 décembre, selon la Constitution.

La Commission électorale nationale indépendante (CENI) a officiellement saisi la Cour constitutionnelle pour reporter les élections, justifiant sa requête par l’impossibilité par les opérations de recensement en cours, en vue de la refonte du fichier électoral pour au moins plus de 16 mois.

L’opposition accuse la CENI et le pouvoir d’avoir volontairement violé la Constitution en refusant d’organiser les élections pour permettre au président Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001 et avec plus de deux mandats à son actif, de rester au pouvoir au-delà des limites constitutionnels.

La Constitution limite à deux le nombre de mandats présidentiels, interdisant ainsi à M. Kabila de se représenter.

Le 19 septembre a été la date du "dépôt du préavis du mandat présidentiel à toutes les antennes de la CENI afin d’exiger l’organisation des élections dans les délais constitutionnels", a indiqué dans un communiqué Delly Sessanga, membre du Rassemblement, plate-forme réunissant la majeure partie de l’opposition sous la coupe de l’opposant historique Etienne Tshisekedi.

Une autre frange de l’opposition est prête à signer l’accord en discussion.

La conclusion du dialogue a été reportée pour causes des violences. L’Eglise catholique et la société civile ont suspendu leur participation, exigeant qu’il soit plus inclusif mais aussi que l’accord qui sanctionnera la fin des travaux stipule clairement que Joseph Kabila ne se représentera pas à un troisième mandat.

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