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22 soldats tués dans une attaque jihadiste dans un camp de réfugiés au Niger


Réfugiés maliens à Chinegodar dans l'ouest du Niger, le 4 février 2012.

Réfugiés maliens à Chinegodar dans l'ouest du Niger, le 4 février 2012.

Le Niger a été frappé jeudi par une nouvelle attaque "probablement jihadiste" qui a fait 22 morts parmi ses soldats stationnés dans un camp de réfugiés près de la frontière avec le Mali.

Cette attaque a été menée dans un camp de réfugiés maliens à Tazalit, dans la région de Tahoua, à 300 km au nord-est de Niamey, a précisé un responsable des services de sécurité nigériens.

Trente à quarante hommes "lourdement armés parlant le touareg ont mené cette attaque vers 14H00 (13H00 GMT) et fait 22 tués parmi les militaires", a affirmé à l'AFP ce responsable.

Ils "sont allés directement vers le poste de sécurité du camp des réfugiés et ont mitraillé les militaires qui étaient en train de déjeuner", a-t-il expliqué.​

« Les ressources de l’armée nigérienne sont limitées. Donc, les provisions de l’armée nigérienne sont équipées mais pas comme celles des djihadistes qui s’adonnent aux trafics de tout genre. Heureusement, il y a la présence de force étrangère notamment les bases américaines et françaises qui surveillent cette zone. » Moussa Aksar.

Les assaillants sont ensuite repartis en emportant des vivres, des vêtements, des armes et munitions et trois véhicules, dont un appartenant au Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) des Nations unies et une ambulance, selon ce responsable.

Le HCR a confirmé le bilan de 22 soldats tués et ajouté que cinq militaires avaient été blessés. Seuls trois des soldats affectés à la sécurité de ce camp de réfugiés ont réussi à fuir, a indiqué le HCR dans un communiqué.

Des témoins cités par le HCR ont indiqué que les assaillants étaient restés dans cette zone pendant au moins deux heures avant de piller du matériel médical.

Ils ont également incendié une ambulance du HCR qui a précisé que les assaillants s'étaient enfuis à bord d'un véhicule militaire volé avant l'arrivée des renforts nigériens sur place.

Une "bande de criminels non identifiés à bord de véhicules en provenance du Mali a tué (...) 14 gardes nationaux, cinq gendarmes, trois soldats de l'armée et fait trois blessés", a déclaré le colonel Moustapha Ledru, porte-parole du ministère nigérien de la Défense, dans un communiqué. Il a ajouté que les assaillants se sont ensuite enfuis vers le Mali.

- "Venus du Mali" -

Dans le nord-est malien proche de la frontière avec le Niger, deux élus maliens se sont déclarés convaincus que l'attaque a été perpétrée par "le groupe jihadiste malien Ansar Dine et leurs complices d'Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique)".

L'un d'entre eux a dit "ne pas être étonné". "Il est clair que c'est Ansar Dine et ses complices d'Aqmi qui ont quitté le Mali pour aller tuer les militaires nigériens. Dans cette zone, on avait déjà signalé des mouvements suspects", a-t-il affirmé".

Un autre élu a ajouté que les assaillants "sont venus du Mali et sont revenus au Mali".

Le Niger a déjà été frappé par le passé par des attaques. Mi-septembre, deux civils avaient été tués et plusieurs autres blessés dans une attaque contre un camp onusien de réfugiés maliens de Tabareybarey, proche du Mali.

En octobre 2014, un autre camp de réfugiés onusien abritant 6.000 Maliens à Mangaize, également proche du Mali, avait été attaqué par des hommes lourdement armés, qui avaient tué neuf membres des forces de sécurité, selon les autorités nigériennes.

Selon des chiffres du HCR, le Niger accueille actuellement 60.0000 réfugiés maliens. Il abrite aussi plus de 80.000 réfugiés nigérians - dont une grande partie a fui les violences du groupe islamiste nigérian Boko Haram - dans l'est du pays.

-Frontières poreuses-

Malgré des frontières considérées comme poreuses, le Niger constitue un îlot de stabilité relative dans une zone en proie aux troubles. Autour de ce pays, Mali, Libye et Nigeria sont tous confrontés à des groupes armés jihadistes.

Le nord du Mali est tombé au printemps 2012 sous la coupe de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda. Ces groupes en ont été en grande partie chassés à la suite du lancement en 2013, à l'initiative de la France, d'une intervention militaire internationale, qui se poursuit actuellement.

Le Niger est également dans la ligne de mire des jihadistes nigérians de Boko Haram. L'attaque la plus meurtrière du groupe islamiste ces derniers mois s'est déroulée à Bosso, une ville au sud-est du Niger. En juin dernier, des islamistes ont attaqué un poste militaire et tué 26 soldats, et ont tenté de s'implanter dans cette ville frontalière stratégique dans la région du Sahel, avant d'être repoussées.

Fin juillet, la Force multinationale mixte (Nigeria, Tchad, Niger, Cameroun), et notamment le Tchad, avait engagé des moyens importants et avait indiqué avoir repris aux insurgés islamistes les localités stratégiques nigérianes de Doutchi et Damasack, proches du Niger.

Depuis février 2015, Boko Haram mène des attaques autour de Diffa, région frontalière du nord-est du Nigeria, fief des insurgés islamistes. La région de Diffa abrite plus de 300.000 réfugiés et déplacés, alors que la population locale est déjà très pauvre.

Avec AFP

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