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Le Niger dans la ligne de mire des jihadistes de Boko Haram


Des soldats nigérians ont mis la main sur le drapeau de Boko Haram à Damasak, Nigeria, le 18 mars 2015.

Des soldats nigérians ont mis la main sur le drapeau de Boko Haram à Damasak, Nigeria, le 18 mars 2015.

Mise à mal par l'armée nigériane et des divisions internes, une faction du groupe jihadiste Boko Haram s'est repliée sur un mode opératoire régional proche de celui du groupe Etat islamique en multipliant les attaques au Niger et dans d'autres pays voisins.

Le centre international d'analyse du terrorisme, IHS Jane's Terrorism and Insurgency Centre (JTIC), a relevé 22 attaques du groupe au Cameroun, Tchad et Niger en 2014, et 62 en 2015, au moment où le groupe a prêté allégeance à l'EI.

Dans un rapport dévoilé jeudi, ce centre de recherche dénombre 41 attaques régionales à ce jour en 2016, prouvant que le groupe a renforcé ses velléités régionales, dictées, selon Matthew Henman, directeur de JTIC, par le groupe jihadiste international.

"Avant de prêter allégeance à l'EI, Boko Haram a mené des attaques en dehors du Nigeria", explique à l'AFP M. Henman. "Mais depuis 2015, leur nombre a augmenté très fortement", relève-t-il.

Boko Haram peut profiter des frontières "relativement poreuses" de la région, et plus particulièrement au sud-est du Niger, relève Roddy Barclay, autre consultant en sécurité pour Africa Practice.

"Les frontières du Niger ne sont pas assez surveillées et côtoient directement les territoires les plus instables du nord-est du Nigeria", souligne l'analyste.

L'attaque la plus meurtrière du groupe islamiste ces derniers mois s'est déroulée à Bosso, une ville au sud-est du Niger. En juin dernier, des troupes de Boko Haram ont attaqué un poste militaire et tué 26 soldats, et ont tenté de s'implanter dans cette ville frontalière stratégique dans la région du Sahel, avant d'être repoussées.

Début août, l'EI a désigné comme nouveau chef de Boko Haram Abou Mosab Al Barnaoui - le fils du fondateur du mouvement Mohammed Yusuf - remplaçant de fait le leader en place, Abubakar Shekau.

Barnaoui a plusieurs fois critiqué son adversaire Shekau dans des messages audio, lui reprochant notamment de tuer des civils musulmans: l'insurrection a fait plus de 20.000 morts depuis 2009, date à laquelle Shekau a pris les rennes du mouvement.

Divisions géographiques

Selon des sources proches de Boko Haram, les divisions sont également géographiques. Dès 2015, le clan Barnaoui a dispersé ses membres autour du lac Tchad, carrefour régional, tandis que Shekau est resté dans son fief, la forêt de Sambisa, au nord-est du Nigeria, encerclée par l'armée.

Les attaques autour de Sambisa n'ont pas cessé, comme le relève JTIC, notamment contre les civils, tandis que dans la région du lac Tchad, les opérations sont davantage dirigées contre les forces gouvernementales et régionales.

Le weekend dernier, deux militaires de la Force d'intervention conjointe multinationale (MNJTF), force militaire régionale, ont été tués et six autres blessés en réponse à des bombardements contre les positions de Boko Haram dans la région de Diffa (sud-est du Niger).

La recrudescence des combats dans le sud du Niger est une indication que Boko Haram a commencé à se regrouper hors des frontières de son pays d'origine, explique M. Henman à l'AFP.

La force régionale, dont le déploiement a longtemps été retardé, regroupe le Nigeria et ses pays voisins (Cameroun, Niger, Tchad et Bénin). La coopération entre ces différents pays, qui ne se font pas forcément confiance, s'est jusqu'ici avérée difficile. La faction de Barnaoui le sait, et en tire profit pour diviser les forces de sécurité, selon M. Henman, comme le fait l'EI en Irak et en Syrie.

"L'EI a toujours été très efficace pour déchirer les alliances et les coalitions qui luttent contre lui. Ils (Boko Haram) vont tenter de semer la discorde" dans la force régionale, a-t-il souligné, comme lors de l'attaque de ce weekend dans la région de Diffa.

L'armée nigériane s'est targuée d'avoir "techniquement défait" Boko Haram, mais une grande partie du nord-est du territoire reste hors de son contrôle. Le pays de 170 millions d'habitants est confronté à de nombreux autres problèmes sécuritaires, notamment dans le sud avec la résurgence de groupes armés séparatistes qui font régulièrement exploser les installations pétrolières.

"Techniquement, l'armée nigériane a les ressources pour opérer sur plusieurs fronts, mais cela pourrait révéler des problèmes de dysfonctionnement, dans sa gestion, sa discipline et sa logistique", relève M. Barclay.

Avec AFP

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